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La Chronique de Noël (2/7) : « Préparez les chemins du Seigneur ! »

Publié le : 6 Décembre 2013
Jean, dont le nom signifie « Dieu-fait-grâce », nous invite à préparer les chemins du Seigneur. Le Jean-Baptiste de Philippe de Champaigne (1602-1674), par sa grâce et sa présence singulière, nous le révèle : nous ne devons avoir aucune crainte à nous laisser gagner en profondeur par un véritable mouvement de conversion.

Avec sa rigueur habituelle, Champaigne s’appuie avec précision sur les textes évangéliques. La composition illustre littéralement et sans surcharge narrative la mission du dernier des prophètes, celui qui précède le Christ et annonce sa venue : « comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : ‘Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était » (Jn 1,29-30).

Philippe de CHAMPAIGNE, Saint Jean-Baptiste – 1657 – Huile sur toile, 131 x 98 cm – Musée de GRENOBLE – © Cliché Musée de Grenoble

Jean-Baptiste occupe donc le devant de la scène, au bout d’un chemin à peine suggéré, devançant Jésus dont il désigne la silhouette irradiante esquissée comme pour évoquer la prophétie.

Son geste éloquent, le bras et l’index tendus, est intensifié par un regard implorant et l’annonce émanant de la bouche entrouverte - car Jean s’adresse à moi et me parle - dont les mots sont retranscrits sur le phylactère : « ECCE AGNVS (DEI QUI TOLLI)T PECATVM MVN(DI) ». Cette interpellation directe du spectateur par les sens premiers de la communication – le signe, le regard, la parole et l’écrit – donne au tableau une véritable fonction évangélisatrice qui dépasse sa matérialité, le sujet représenté transcendant la représentation.

L’importance donnée au paysage et à ses denses frondaisons montre l’intérêt de Champaigne pour ce genre à ce moment de sa carrière. Mais ce paysage est aussi un élément important du discours. En effet, l’horizon laisse deviner les contours bleutés du bourg de Béthanie, et, plus proche, le cours tortueux du Jourdain, par allusion à cette autre parole du prophète : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies » (Lc 3, 4-5).

Le geste de Jean incarne cette invitation en un saisissant raccourci. Les jeux de lumière, rejetant une partie de son bras dans l’ombre, participent aussi de la symbolique des Ecritures. Pour que le Seigneur puisse trouver le chemin de notre cœur, il nous faut, impérativement, nous tourner davantage vers lui, en suivant, en quelque sorte, la direction du doigt pointé par le prophète.

Philippe de CHAMPAIGNE, Saint Jean-Baptiste (détail) – 1657 – Huile sur toile – Musée de GRENOBLE – © Cliché Musée de Grenoble

 

Enfin, comment ne pas être frappé par la sensualité de la figure. Peut-être inspiré par plusieurs modèles de Raphaël et de Carrache, ce Jean-Baptiste à mi-corps paraît traité à la manière d’un portrait, le visage pleinement de face. Son regard est plein de douceur, tout en restant vif et intense, accentuant la proximité avec le spectateur et le mettant en demeure de se convertir.

Homme du désert, homme d’absolu, il est sans concession. L’interpellation qu’il lançait dans le désert de Judée est réactualisée en ce temps de l’Avent qui nous prépare à une nouvelle venue du Seigneur en nos cœurs. Ce n’est pas inutile, car nos cœurs sont souvent fermés à cette venue qui remet en question nos lâchetés quotidiennes.

Philippe de Champaigne, La Madeleine pénitente – 1657 – Huile sur toile, 128 x 96 cm – Musée des Beaux-Arts, RENNES – © Cliché P. Merret

Conçue en pendant à la Madeleine pénitente conservée au musée des Beaux-Arts de Rennes, ce tableau ne peut se lire sans l’autre, les deux iconographies et leur symbolique se répondant et se complétant.

Leur conception semble liée aux circonstances de la vie de l’artiste qui livre ici un message dont la richesse est comparable à la beauté picturale. Alors que sa fille aînée décide de vouer sa vie à Dieu, se retirant du monde en prenant le voile à Port-Royal, Champaigne lui offre parmi les plus beaux exemples de vocation biblique et de renoncement, Madeleine incarnant la pénitence et Jean-Baptiste la foi prophétique.

Ces modèles d’une vie exemplaire toute consacrée à Dieu, faite de rigueur et de privation, seront exposés au regard des religieuses du couvent dans le chœur de l’église. Le vœu de sa fille est aussi un renoncement pour le peintre lui-même puisqu’il se retrouve seul après les décès successifs de sa femme (1638), de son fils aîné (1642) et de sa fille cadette (1655).

Laissons retentir en nous la vitupération de Jean le Baptiste qui bouscule notre tiédeur et ayons le courage de changer quelque chose dans notre train-train quotidien. Une manière de préparer le chemin du Seigneur…

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