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Les « appels aux déserts » de Stéphane Thidet à l’Abbaye de Maubuisson

Publié le : 8 Décembre 2016
Ecrire sur les « Déserts » de Stéphane Thidet tout juste inaugurés à l’Abbaye de Maubuisson revient à vivre un terrible conflit d’intérêt. En effet, pour vous encourager, vous lecteurs, à répondre à cet « appel au désert » en allant sur place, nous serions tentés de vous décrire la scénographie audacieuse, les émotions intenses eues au cours de la visite et à diffuser de nombreuses images … mais cela reviendrait à « spoiler » (dévoiler le mystère). Les œuvres de Stéphane Thidet font partie de celles qui s’éprouvent. En témoigne la riche production d’œuvres de l’artiste pour l’in situ. Après la récente œuvre « Solitaire » créée spécialement pour le collège des Bernardins, l’artiste prend possession de l’ancienne abbaye royale cistercienne de Maubuisson jusqu’au 27 août 2017 et la fait littéralement vibrer….

Stéphane Thidet, D’un soleil à l’autre, Abbaye de Maubuisson, 2016

Pour l’Abbaye de Maubuisson, profondément ancrée dans le paysage urbain du Val d’Oise et pourtant comme coupée du monde et du temps, Stéphane Thidet a créé trois paysages. Trois déserts à traverser, inspirés de la nature alentour, de la géologie mais surtout de l’épure de l’ancienne vie monastique cistercienne du lieu. Trois mises en situation aux formes simples qui font appel aux différentes notions liées au « désert », au sens propre comme au sens figuré : le vide, le silence, l’ascétisme, l’isolement, l’introspection, l’immensité, l’empreinte… Des espaces inspirants qui faisaient dire à Balzac : « Le désert c’est Dieu sans les hommes ».

Le temps est un véritable acteur dans les installations. « D’un soleil à l’autre », œuvre sonore qui convoque le soleil dans un parloir plongé dans l’obscurité, joue avec les fréquences magnétiques réelles de l’astre. Les vibrations du soleil, captées depuis une antenne radioscopique installée dans le parc de l’Abbaye, changent à chaque instant du jour et de la nuit, des semaines, des mois. L’absence de tout objet dans l’espace, et donc de toute résonnance, rend habituellement inaudibles les variations du champ magnétique. Avec Stéphane Thidet elles se matérialisent, deviennent sculpture. L’artiste croise-là science et poésie pour offrir aux visiteurs un voyage immobile qui brouille les sens.

Le temps joue aussi avec les arbrisseaux de gattiliers plantés dans les matelas des lits qui se déploient dans la salle du chapitre. En écho à ceux des anciennes moniales de Maubuisson qui dormaient à l’étage, ces lits évoquent l’objet usuel du quotidien mais qui soudain n’est plus praticable. Ce nouveau paysage autour duquel nous déambulons explore avec ambivalence la question de la fertilité.

Le gattilier, appelé aussi « arbre au poivre » était cultivé par les moines pour ses vertus calmantes et anaphrodisiaques. Ses graines étaient parsemées dans les matelas pour rendre les nuits plus sereines…et si ces graines poussaient ?

Comme à son habitude, Stéphane Thidet situe son œuvre dans un entre-deux, entre ombre et émerveillement, entre fiction et réalité. Elle évoluera au fil des saisons pendant les 10 mois d’exposition, vivra sa propre vie, mystère d’une révélation qui échappe à l’artiste.

Il est question du temps également dans le paysage lunaire et désertique « Un peu plus loin » installé dans la salle des religieuses. Celui qu’il faut aux rochers pour se déplacer à la surface du lac asséché californien de Racetrack Playa aux Etats-Unis. Ce phénomène étrange et inexpliqué par les experts, laisse de longues traces creusées dans le sol aride.

Stéphane Thidet s’en inspire pour revenir aux gestes élémentaires du sculpteur, tels que « tirer » ou « trainer », et qui permet à la matière de conserver toute sa force brute. « Avant même de considérer les matériaux comme des éléments de vocabulaire, explique l’artiste, je les ai appréhendés comme des corps ayant le potentiel de dégager une aura ». Ainsi, l’artiste aime se confronter aux matériaux naturels pour la difficulté qu’ils apportent et leurs possibilités d’évolution. Ils lui permettent d’introduire la notion d’instabilité face à l’érosion du temps et de l’action qui mène à leur disparition.

Stéphane Thidet, Les gattiliers, Abbaye de Maubuisson, 2016

La carte blanche annuelle à un artiste qui s’empare des divers espaces de l’Abbaye pour créer in situ est devenue la spécificité de la programmation de Maubuisson. Ce long temps d’exposition permet une durée d’installation en amont hors du commun. Avec Stéphane Thidet, l’Abbaye s’est mise en danger dans une scénographie de grande ampleur, aux exigences techniques et plastiques dont le résultat ne fut révélé qu’à la veille de l’inauguration…

L’audace de l’artiste, sa curiosité d’explorer des univers scientifiques et matériels qui lui étaient inconnus, son abandon face aux mutations naturelles de son œuvre et la confiance de l’équipe de l’Abbaye, offrent au visiteur un voyage initiatique dans l’inconnu. Il repart avec la fugace et puissante impression d’avoir un peu assisté à l’éclosion du monde.


Informations pratiques
« Désert » de Stéphane Thidet à l’Abbaye de Maubuisson
site d’art contemporain du Conseil départemental du Val d’Oise
jusqu’au 27 août 2017

avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen l’Aumône
tél. + 33 (0)1 34 64 36 10
abbaye.maubuisson@valdoise.fr / www.valdoise.fr
Horaires
En semaine, sauf le mardi, de 13h à 18h
Le week-end et les jours fériés (sauf les 01/01, 01/05 et 25/12) de 14h à 18h
Fermé entre les expositions temporaires et le mardi

Accès à l’exposition : gratuit

ci-dessus : Stéphane Thidet, Un peu plus loin, Abbaye de Maubuisson, 2016
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