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Jour 10 : Deuxième dimanche de l'Avent - Saint Jean-Baptiste au désert

Publié le : 10 Décembre 2017
Pour ce deuxième dimanche de l'Avent, nous vous invitons à une méditation sur le "Saint Jean-Baptiste au désert" du Caravage…

Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage (1571-1610)
Saint Jean-Baptiste dans le désert (attribution contestée)
1603-1604
Huile sur toile, 94 x 131 cm
Galerie nationale d’art antique, Rome

Un adolescent quasi-nu, semble se reposer au pied d’un arbre mort, dont on distingue à gauche le tronc noueux et une branche morte, portant une seule feuille (à moins que ce ne soit la cassure d’une branche), derrière le jeune homme. Il est assis, légèrement contorsionné, ne portant qu’un pagne blanc et un grand drap rouge couvrant sa nudité. Sa main droite repose sur sa croix de roseau, posée sur une pierre plate où l’on distingue un bol de terre cuite et un pain. La blanche lumière lunaire, venant de la gauche, met en valeur sa carnation imberbe et claire et sa chevelure bouclée châtain. Une moue, comme désabusée, se dessine sur son visage. Le corps est maigre, triste, mais tellement lumineux et beau !

Notre regard est d’abord attiré par ce torse rayonnant, puis il remonte vers ce visage caché par l’ombre et l’abondante chevelure. En fin, nous voyons sa main droite et les quelques objets qui reposent à ses côtés. Notre sentiment est mitigé… On ressent à la fois une certaine paix, un calme serein. Mais aussi une inquiétude, une insatisfaction.
C’est Jean-Baptiste. Même si rien ne l’indique directement, comme dans tant d’autres images religieuses où l’auréole, l’agneau et le vêtement nous permettent de le reconnaître immédiatement, c’est bien lui, avec sa croix en main, et la force de sa juvénilité, avec sa présence humaine dramatique d’adolescent qui semble prisonnier de son monde intérieur.

Jean se repose. Est-il fatigué d’avoir prêché dans le désert, sans être entendu ? Réfléchit-il sur sa mission ? Médite-t-il sur sa condition ? Se désespère-t-il de ne plus rien avoir ni à boire, ni à manger, rien pour couvrir sa nudité ? On ressent bien le combat intérieur qu’il livre. Sa vie, sa jeunesse et son corps l’appellent à la joie, à l’avenir. Et pourtant, il paraît inquiet, désespéré, confronté à la réalité des choses, aux choix à faire. Tout est si noir, tout est si mort… Sa chair est le seul élément vivant au milieu d’un monde de ténèbres, d’un désert d’hommes et de joie.

Est-il désespéré de sa mission ? Il crie dans le désert… Mais Jean, « Ce combat n’est pas le tien, mais celui de Dieu ! » (2 Chroniques 30, 15) Tu vis la même inquiétude que celle de ton prédécesseur, habillé comme toi (2 Rois 1, 8), Élie le grand prophète. Lui aussi s’est réfugié seul dans la montagne, ne se nourrissant que de l’eau du torrent, et simplement nourri par les corbeaux (1 Rois 17, 4). Lui aussi s’est apitoyé sur sa le peu de réussite de sa mission, se reposant au pied d’un genêt (1 Rois 19, 5). Tous les deux, vous vivez ce même drame. Mais toi, Jean, tu as pour toi, et contre toi, ta jeunesse !

Il est vrai que nous pourrions avoir l’impression d’être dans un désert chrétien, que nos appels ne résonnent que dans le vide. Comment donc, en ce monde et en ce temps, préparer le chemin du Christ ? Comment aplanir toutes les difficultés de nos vies ? En suivant Jean-Baptiste. Il est apparu dans le désert de nos vies pour nous montrer le chemin vers Jésus.
Que nous demande ce jeune homme ? D’abord de nous convertir, de reconnaître nos péchés, tous ces liens que nous avons rompus avec Dieu, avec nous-même, avec les autres, avec notre monde, avec notre corps. Ensuite d’attendre celui qui viendra nous baptiser à nouveau dans l’Esprit-Saint, qui nous rendra cette joie dont nous avons tant besoin, cet enthousiasme qui nous manque, cet amour dont nous avons tellement soif…

Tenir dans l’espérance, car même si tout semble disparu, une feuille peut renaître sur l’arbre que l’on croyait mort. Seul le dépouillement permettra de redonner vie à nos corps et à nos cœurs.

Mais pour cela, comme lui, il faut nous retirer au désert. C’est là, là où il n’y a rien, là où l’on voit à perte de vue que notre péché se montrera. Il ne sera plus noyé dans les lumières de la ville. Se retirer au désert, comme Jésus l’a fait tant de fois. Prendre, comme le Baptiste, le temps de nous dépouiller, de nous mettre à nu, de nous découvrir. Ne garder avec soi que le minimum : un peu d’eau, un peu de pain et… la Croix.

Puis, il vient derrière moi, je ne le vois pas. Sa lumière m’environne, m’éclaire, me réchauffe. Il vient… 

Père Olivier Plichon,

Aumônier de la communauté des français expatriés à Milan

 

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