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Représenter l’Autre et l’Ailleurs, exposition au musée du Quai Branly

Publié le : 7 Mars 2018
Jusqu’au 6 janvier 2019, lumière sur la collection de peintures conservée au musée du quai Branly - Jacques Chirac dans l'exposition "Peintures des lointains". Près de deux cents œuvres inédites révèlent l’évolution du regard porté en Occident sur les peuples, sociétés et territoires plus ou moins lointains.

Vue de l'exposition "Peintures des lointains, la collection du musée du quai Branly - Jacques Chirac". © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Gautier Deblonde

La collection de peintures du musée du quai Branly – Jacques Chirac voit en le jour avec l’Exposition coloniale internationale de 1931 au palais de la Porte Dorée. Entre onirisme et naturalisme, fantasme et documentaire, romantisme et propagande coloniale, cette collection de peintures est le reflet de l’histoire artistique et politique, mais aussi du discours et de la visée des institutions qui se sont succédé au palais de la Porte Dorée, qui fut entre autres musée des colonies.

Cette collection permet d’explorer la thématique du regard sur l’autre, et en l’occurrence de l’homme européen sur le vaste monde à l’heure des grandes expéditions. Face à l’étranger et à l’inconnu, les artistes occidentaux expriment sensations, émotions et points de vues variés. Nées d’initiatives individuelles ou exécutées sur commande, leurs créations retranscrivent la mutation du regard porté en Occident sur les peuples, sociétés et territoires plus ou moins lointains, sans occulter la part de stéréotypes et de racisme.

François-Auguste Biard, deux indiens en pirogue, vers 1860 © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Enguerran Ouvray

Face au choix d’un monde qui lui ouvre ses portes, l’art occidental emprunte différentes voies : cédant d’abord à la tentation de l’exotisme – où l’exaltation de la couleur et de la lumière sert les rêves d’un Orient de luxe et de volupté – il figurera par la suite un regard plus réaliste, ethnographique, attentif à l’autre.

Le parcours de l’exposition se divise en trois sections principales : la séduction des lointains, sur l’entretien des mythes et légendes des terres inconnues et le développement de l’exotisme dans l’art, une deuxième section intitulée Altérité Plurielle, qui se concentre sur les différentes tendances dans la représentation de ces Autres, ces personnes appelées alors « indigènes », et enfin une troisième partie appelée Appropriations des lointains tend à montrer comment l’art a été utilisé à des fins de propagande pour célébrer la colonisation.

George Catlin, Portrait de Wa-ta-we-buck-a-nak (Général Commandant), vers 1846 © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Patrick Gries, Bruno Descoings

Partir pour peindre d’autres horizons ... Les déplacements d’artistes évoqués dans cette exposition ne sont pas ceux d’exilés. Le voyage est avant tout une promesse heureuse, une rupture avec le familier, le quotidien, il est synonyme de dépaysement et de découvertes. Il rend possible dès lors un renouveau de la création au contact d’une lumière nouvelle, de couleurs inédites, de motifs et sujets d’inspiration inhabituels. Sensations et émotions face à l’inconnu sont recueillies à la surface de la toile et de la feuille. L’œuvre se veut séduisante pour l’œil, invitant celui qui la regarde au rêve et à l’évasion, marquant profondément l’histoire culturelle occidentale. Les peintres ont cédé à cette tentation et décliné l’exotisme en diverses nuances.

La rencontre avec les êtres originaires d’autres continents peut s’accomplir dans un espace proche du peintre, mais implique le plus souvent un voyage lointain. La plupart de ces portraits ont été peints, dessinés ou gravés entre le milieu du 19e siècle et la fin de la première moitié du 20e siècle. La hiérarchie des races et une conception évolutionniste de l’être humain, du plus sauvage au plus civilisé, étaient dominantes à cette période dans les milieux scientifiques européens. D’une œuvre à l’autre, un glissement s’observe d’une représentation stéréotypée de l’étranger à une observation plus sensible de l’individualité. Dans ces tableaux et dessins, les figures de l’altérité oscillent ainsi entre objectivité et subjectivité, perspectives ethnographiques et revendication du style de l’artiste.

Théodore Frère, Halte de la caravane, dit aussi Halte sous les palmiers. Désert de Syrie, années 1850-1870 © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain

À la fin du 19e siècle, la plupart des pays européens se constitue de vastes empires coloniaux. L’État passe commande aux artistes d’œuvres pour commémorer les héros de la conquête des territoires lointains, les batailles, les redditions, l’appropriation des terres et leur mise en valeur. L’art est utilisé à des fins de propagande pour célébrer l’impérialisme colonial, en particulier dans les expositions coloniales organisées dans différentes villes françaises et européennes entre la fin du 19e siècle et le milieu du 20e siècle. La collection de peintures comporte un ensemble d’œuvres, souvent de grand format, présentées à l’Exposition coloniale internationale qui se tient à Paris en 1931.

Les sections artistiques de ces événements tendent à montrer que les artistes ont eux aussi, avec leurs pinceaux, conquis d’une certaine manière les espaces lointains. L’imaginaire exotique ne disparaît donc pas, car il s’agit de mettre en valeur les colonies. Un système artistique, reposant sur l’attribution de bourses de voyage et l’organisation d’expositions, y contribue largement.

L'exposition "Peintures des lointains" nous questionne sur notre rapport à l'altérité. De tout temps, qui que nous soyons, il nous a fallu nous confronter à cet Autre, notre voisin comme notre plus lointain semblable, et cette quête infinie de la compréhension de l'Autre qui nous anime encore aujourd'hui et ne cessera de nous bousculer dans nos idées préconçues. Embrassons l'Humanité !  

 

Toutes les informations pratiques pour visiter l'exposition en cliquant ici.

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