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Faire l’expérience de la nuit au centre Pompidou-Metz

Publié le : 22 Novembre 2018
Jusqu’au 15 avril 2019, le Centre Pompidou- Metz consacre une exposition de grande ampleur au thème de la nuit dans la peinture moderne et contemporaine, accompagnée d’une publication et d’une riche programmation d’événements associés. Source d’inspiration majeure de l’histoire de l’art, la nuit demeure aujourd’hui encore un terrain d’expériences fécond. Revenir à un sujet aussi vaste que la nuit permet de poser des questions essentielles sur notre condition et notre place dans l’univers, comme sur le rôle de l’art.

Peter Doig, Voie lactée [Milky Way], 1989/1990 - Huile sur toile, 152 x 204 cm - Collection de l'artiste © Peter Doig. All Rights Reserved, DACS/Artimage 2018. Photo : Jochen Littkemann / ADAGP Paris, 2018

Si la proposition peut paraître d’emblée comme une contradiction, « peindre la nuit » se révèle au contraire riche de sens. Le titre contient volontairement une ambiguïté : peindre la nuit signifie soit représenter la nuit, soit peindre de nuit. Peindre l’obscurité ou peindre dans l’obscurité, c’est déjà faire un choix, celui d’affiner sa vision extérieure ou bien celui de l’abandonner. La nuit permet, tant sur le plan physique que symbolique, ce « détachement du monde » si cher à la modernité. Le moment du crépuscule pourrait d’ailleurs être la parfaite métaphore de la volatile frontière entre figuration et abstraction.

Helen Frankenthaler, Observer les étoiles [Star Gazing], 1989 © 2018 Helen Frankenthaler Foundation, Inc. OEuvre présentée avec le soutien de la Fondation Helen Frankenthaler © Adagp, Paris 2018.
Amédée Ozenfant, Lumières sur l'eau, 1949 - Huile sur toile, 1,04 x 1,3 m - Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne © Adagp, Paris 2018 © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Dist. RMN-GP / Philippe Migeat,

Une expérience de la nuit

La première salle de l'exposition, entièrement plongée dans le noir, nous incite tout de suite à mobiliser notre corps et notre esprit pour se confronter brutalement à cette obscurité. Au-delà d’une expérience artistique, le visiteur sait d’emblée qu’il va devoir éprouver la nuit. En effet, la scénographie de l’exposition repose avant tout sur une expérience sensorielle de la nuit.

Jean-Marie Gallois, commissaire de l’exposition, explique que « Le fil conducteur, c’est la notion de perception. Cette nuit, comme le peintre, je la vois, je l’écoute, je la sens et je la ressens. C’est avant tout mon corps face à la nuit. Le parcours s’est dessiné ensuite assez naturellement : cette perception, dans l’obscurité de la nuit, est altérée, nous donne le vertige, que ce soit à la campagne ou à la ville (section 1), puis l’œil s’accoutume et voit des apparitions, la face cachée de l’Homme (section 2), plus l’heure passe dans cette errance nocturne et plus la mélancolie d’un monde intérieur laisse son empreinte, faisant surgir des obsessions intimes (section 3) ou des hallucinations, des désirs, des pulsions et des rêves (section 4). Sur un autre niveau, la perception du ciel étoilé me donne d’abord l’impression de pouvoir toucher les étoiles, de faire partie de l’univers (section 5), avant de me rendre compte que cette nuit est impalpable, insaisissable (section 6). »

Lee Karsner, Créatures nocturnes [Night creatures], 1965 - Acrylic on paper, 76 x 108 cm - New York, Collection of the Metropolitan Museum of Art © Adagp, Paris 2018 / Photo © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-GP / Image of the MMA

L’ambivalence de la nuit

La peinture de nuit, comme le ciel étoilé, ne se laisse pas capter d’un coup d’œil, et ne se laisse pas reproduire facilement : l’expérience de l’œuvre est irremplaçable. - Jean-Marie Gallois, commissaire de l'exposition.

Tous nous expérimentons la nuit, composante invariable de notre vie. Enfants, à la faveur de l’obscurité, elle a pu nous inspirer de la terreur, il nous a fallu en grandissant l’apprivoiser, la connaître et la dompter. Malgré tout, la nuit reste l’univers de tous les possibles, de tous les fantasmes et de tous les mystères. L’exposition permet d’expérimenter cette ambivalence que nous possédons tous face à la nuit, sentiments mêlant crainte, méfiance, mélancolie, mais aussi contemplation, sérénité, repos.

Les artistes n’ont pas échappé à ces sentiments équivoques et leurs œuvres, jalonnant le parcours, en sont le témoignage éclatant. Lee Krasner combat ses insomnies et ses démons nocturnes par la peinture ; les surréalistes tels Man Ray ou Max Ernst, profitent de la nuit pour explorer le royaume de l’inconscient et de l’errance, faisant du noctambulisme un acte créateur et libérateur ; d’autres, tels Peter Doig ou Gerhard Richter, trouvent dans le ciel étoilé les visions qui assouvissent leur soif d’infini. La nuit résiste et, si elle se transforme, elle ne s’épuise jamais. La peinture s’essaie à cette alchimie pour devenir substance nocturne.

Gerhard Richter, Constellation [Sternbild], 1969 - Huile sur toile, 92 x 92 cm - Museum Frieder Burda, Baden-Baden © Gerhard Richter 2018 (24042018)

« Faire une exposition sur la nuit et l’art, explique Jean-Marie Gallois, c’est inévitablement parler de peinture car les expériences sont semblables : lorsque je regarde un ciel étoilé, mon œil doit s’habituer, s’accoutumer, et plus je le regarde, plus je vois de détails, pourtant toujours quelque chose m’échappe, ne se laisse pas expliquer clairement. C’est exactement ce qui se produit devant une peinture. Cette exposition invite à ralentir, à s’accoutumer, à comprendre comment un médium par essence bidimensionnel a mis au point des stratégies pour tenter de se saisir de cette substance immatérielle et enveloppante qu’est la nuit. La peinture de nuit, comme le ciel étoilé, ne se laisse pas capter d’un coup d’œil, et ne se laisse pas reproduire facilement : l’expérience de l’œuvre est irremplaçable. »

 

Toutes les informations pratiques pour visiter l'exposition en cliquant ici.

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