
La provenance de l’anneau que l’évêque reçoit lors de sa messe d’ordination, est un sujet complexe. Le futur « Prince d’Église » peut se doter de l’anneau d’un prédécesseur, que lui prête le diocèse, il peut le recevoir de paroissiens ou de sa famille, en guise de cadeau, ou le commander à des artisans plus ou moins renommés (locaux ou nationaux comme Chéret, Piéchaud, Mellerio).
D’autres cas de figure existent, depuis que ce bijou doit équiper l’annulaire de l’ecclésiastique – un rite apparu au moins au 4ème siècle. Mais un chemin plus audacieux, qui intéressera les lecteurs de Narthex, consiste à confier l’exécution de son anneau à un artiste.
C’est le choix qu’a fait, il y a treize ans, Laurent Le Boulc’h, qui allait devenir évêque, en poste à Coutances. Depuis promu archevêque de Lille, il garde au doigt son anneau de consécration et je me suis rapproché cet été, d’Isabelle Blanchard, bronzière en Bretagne, à Plérin, qui lui a dessiné et fondu son anneau.

Première fois
Nous sommes dans son atelier. C’était la première fois que l’artiste réalisait un anneau – avant, elle avait déjà oeuvré pour l’Eglise, au travers notamment de l’autel d’une église. Création monumentale s’il est, commandée déjà par Laurent Le Boulc’h, alors curé du diocèse de Saint-Brieuc et son « accompagnateur spirituel ». Sachant sa future ordination, il la sollicite pour sa croix. Isabelle accepte – « je n’avais jamais fait de bijou ». Et comme « il tardait à trouver l’anneau et la crosse qui lui conviennent, il me demande de les faire » complète-t-elle.
L’artiste, qui fait surtout des sculptures profanes, travaille le plomb et le verre, « matières réputés incompatibles » qu’elle réussit à associer dans ses pièces. « Il y a parfois de la casse » reconnait-elle. Elle en composera les ornements épiscopaux, ajoutant du bois à la crosse (1).
Je lui demande comment elle a dessiné l’anneau. Elle parle avec le futur évêque – il veut « des ornements sobres, sans or ou argent » -, elle « fait silence » en elle et propose des esquisses. « Je n’ai pas regardé à quoi ressemblent les anneaux dans l’Histoire, avec ou sans pierre, d’inspiration Vatican II ou pas, j’ai laissé les images venir à moi » indique-t-elle.
Elle ne pénêtre pas, non plus, le symbolisme de l’anneau, qui signe l’union indéfectible de l’évêque avec l’Église; elle ne veut pas d' »influence » (je reprends son terme).

« Nous sommes des canaux »
J’enregistrai Isabelle Blanchard dans le cadre d’un podcast, car je suis aussi journaliste pour une station de la radio RCF-Notre Dame (2), et je lui demande ce que cette commande, rare, d’un anneau et deux autres ornements, lui a apporté.
Elle ne me parle pas d’argent, mais de foi et d’amitié – Laurent Le Boulc’h et elle sont toujours en lien. « Quand on crée pour l’Église (un lieu, un ecclésiastique…), nous dit-elle, on prie, on médite, on s’ouvre à ce qui va émerger. On « veille » et se transforme, je suis devenue plus proche du Christ. L’anneau par exemple, m’a fait réfléchir à ce qu’est « faire alliance », voire « (faire) corps » avec Jésus ».
Isabelle se voit aussi confortée dans une certitude, que l’artiste n’invente pas ses oeuvres. « Plus encore en matière d’art sacré, nous ne devons nous enorgueillir de nos travaux. Nous sommes seulement des « canaux » qui accueillons l’inspiration, la « matérialisons » pour faire sculpture, tableau ou bijou. Et quand l’oeuvre est sacrée, l’inspiration est plus généreuse, profonde, forte – surtout si l’on est chrétien ».
Vient le moment de la quitter, alors qu’une collègue la rejoint afin de préparer une exposition. Je demande à Isabelle si, depuis ces pontificalia, elle en a fait d’autres. Elle me dit que oui, « et un sacraire, des croix monumentales, des autels et ambons ». Il s’agissait d’un anneau de « soeur prieure », fondu avec des anneaux d’or que lui fournit la congrégation et « ayant appartenu à des soeurs décédées ». « J’ai conçu là, comme pour Laurent, un anneau « d’épousaille ». Car ces ecclésiastiques sont mariés – avec un ordre, Dieu, des croyants: ils ne sont pas célibataire ».
Promesse d’enfance
Je lui demande un souvenir, lié à son travail pour l’évêque, et elle me dit ce moment où lors de la messe d’ordination épiscopale, le 27 octobre 2013 à Coutances, elle apporte aux évêques consécrateurs, qui entourent Laurent Le Boulc’h, sa crosse – « Ce fut très fort, d’arpenter la cathédrale devant des centaines de personnes, de porter ma création, de témoigner de mon soutien ». Son anneau est alors posé, par ailleurs, sur un coussin attendant d’être remis.
Elle conserve une gratitude pour le prélat: « Mgr Le Boulc’h a éte parfait, à juste distance: il m’a laissé de la liberté tout en s’impliquant – il a par exemple assisté ici à la coulée de son anneau ». Sur le pas de porte, Isabelle Blanchard nous confie chose plus personnelle: « Les commandes de Laurent m’ont renvoyée à un souvenir: j’ai 10-12 ans, je fais la vaisselle et je prie, je demande à Jésus de m’aider à « laver les fenêtres de mon coeur » et m' »apprendre à aimer ». Je Lui dis: « Si Tu m’exauces, je deviendrai ton Crayon ! ». Eh bien quand la commande d’autel est survenue, j’ai compris que Dieu ne m’avait pas oubliée, et que je devais accepter, même si je n’avais jamais fait d’oeuvre religieuse. Ce fut pareil avec les ornements, j’ai pensé à cette promesse et j’ai dit Oui; depuis, quand je crée pour l’Église, j’essaie d’être toujours, un peu plus, ce crayon de Jésus ».
Je remercie Isabelle pour son accueil, son partage et témoignage, et les lecteurs de Narthex; j’espère vous avoir traduit les sentiments qui saisissent un créateur d’art sacré – et mieux fait connaître l’anneau, glissé je le rappelle à l’annulaire de main DROITE, de nos Princes d’Eglise.
Bruno Leprat





