
Le Serpent d’Airain et les débats esthétiques du XIXᵉ siècle
Présentée au Salon de 1819, cette œuvre s’inscrit dans un moment charnière de l’histoire de l’art français, marqué par l’affrontement entre deux courants majeurs : le néoclassicisme, héritier de l’Antiquité et de la rigueur formelle, et le romantisme, qui privilégie l’émotion et la liberté expressive. Élève de Jacques-Louis David et de Girodet, Constant-Smith s’affirme clairement dans le camp néoclassique. Reconnu pour ses peintures d’histoire et ses portraits, dont certains sont aujourd’hui conservés au château de Versailles, il livre avec Le Serpent d’airain une composition ambitieuse, savante et profondément méditative.
Le tableau illustre un épisode de l’Ancien Testament relaté dans le Livre des Nombres. Pour avoir murmuré contre Dieu et contre Moïse, les Israélites sont frappés par une invasion de serpents venimeux. Sur ordre divin, Moïse érige alors un serpent d’airain : quiconque le regarde avec foi est sauvé.

Constant-Smith compose la scène de façon symbolique : à gauche, les corps tourmentés des Hébreux expriment la souffrance et le châtiment. Au centre, Moïse se dresse comme médiateur entre Dieu et son peuple. À droite enfin, des figures féminines plus apaisées incarnent l’espérance et annoncent la rédemption à venir.


Un état de conservation préoccupant
Deux siècles après sa création, Le Serpent d’airain nécessitait une restauration approfondie. La toile présentait un encrassement généralisé de la couche picturale, qui altérait fortement la lisibilité des scènes et assombrissait les couleurs d’origine. Une esquisse préparatoire conservée au Petit Palais permet toutefois d’appréhender la palette initiale de l’artiste, alors voilée par les dépôts accumulés au fil du temps.

Par ailleurs, la toile montrait des signes de tension insuffisante, faisant craindre l’apparition de craquelures et de déformations à moyen terme. Le châssis d’origine ne répondait plus aux exigences de conservation actuelles.
Afin d’assurer la pérennité de l’œuvre, le projet prévoit un nettoyage complet de la surface peinte, une retension de la toile et le remplacement du châssis par un support adapté.
Une œuvre inscrite dans un ensemble patrimonial exceptionnel
Construite entre 1863 et 1881, après l’annexion de Ménilmontant à Paris, l’église Notre-Dame-de-la-Croix est l’un des édifices religieux les plus monumentaux de l’est parisien. Son architecture néo-romane, enrichie d’éléments néo-gothiques et d’une structure métallique innovante, témoigne des expérimentations du Second Empire. L’église conserve un ensemble remarquable de peintures du XIXᵉ siècle, dont trois tableaux issus du Salon de 1819, renforçant le lien entre art religieux et grands débats esthétiques de l’époque.

La restauration du Serpent d’airain s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de conservation et de valorisation du patrimoine de l’est parisien. En redonnant toute sa lisibilité et sa force expressive à cette œuvre majeure du néoclassicisme religieux, le projet permettra aux visiteurs et aux fidèles de renouer avec une part essentielle de l’histoire de l’art français.
Au-delà du geste technique, cette restauration rappelle combien la transmission du patrimoine passe par un engagement constant. Préserver ces œuvres, c’est maintenir vivant un dialogue entre l’art, l’histoire et la spiritualité, au cœur même de la ville contemporaine.











