C’est le 21 janvier 1725 que fut créée la cantate BWV 111 Was mein Gott will, das g’scheh allzeit = Ce que mon Dieu veut arrive en tout temps. Autrement dit que Ta volonté soit faite !
Cette cantate est construite sur le choral du même titre. La mélodie et le texte sont inspirés d’une chanson française de Claudin de Sermisy (1492-1562) que voici :
Il me suffit de tous mes maux,
puisqu’ils m’ont livré à la mort,
j’ai enduré peine et travaux ;
tant de douleur et desconfort,
que faut-il que je fasse
pour être en votre grâce ?
De douleur mon cœur est mort
s’il ne vit en votre face.
Le choral luthérien dit ceci :
Ce que mon Dieu veut, cela arrive toujours,
C’est sa volonté qui est le meilleur ;
car il est prêt à aider ceux qui ont foi en lui,
il nous aide dans notre misère
et punit avec mesure.
Celui qui met en lui sa confiance
construit fermement sur lui,
il ne sera pas abandonné.
La tonalité de ce texte se distingue évidemment de celle de Sermisy : cela explique l’atmosphère générale de la cantate. Voici ce choral tel qu’il était chanté au temps de Bach :
La cantate BWV 111 de Jean-Sébastien Bach est construite à partir de l’évangile de la guérison d’un lépreux par Jésus en Mathieu 8, 2-3 ;
02 Et voici qu’un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » 03 Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt il fut purifié de sa lèpre.
On peut être surpris de la joie dansante qui habite cette cantate, en contradiction avec la gravité du sujet. Ce que nous dit la musique complète ce que ne nous disent pas les mots : il ne s’agit pas de tomber dans l’affliction et le découragement mais au contraire, de lever les yeux vers Celui qui nous relève en tout temps allzeit dit le texte original.
Dès l’air d’ouverture, la musique nous entraîne dans un mouvement d’anapeste (deux brèves suivies d’une longue) sans interruption du début à la cadence finale. Le chant du choral est entonné par les sopranes à la voix supérieure accompagnée par les autres voix et l’orchestre qui évoque un concerto pour cordes et hautbois. Une quarte descendante relance régulièrement le mouvement.
Suit un air de basse tout aussi dynamique construit sur un motif de quatre mesures aux violoncelles qui sont comme la charpente de cet air :
Ne t’effraie pas, mon cœur, car Dieu est ton réconfort et ton espoir.
Subtilement, et cela forcément nous échappe car nous ne connaissons pas cet air, mais les auditeurs du temps ne s’y trompaient pas, Bach cite une phrase d’un choral bien connu Dieu est espoir et consolation. La musique ne s’adresse pas qu’à l’appréhension consciente, elle fait jouer la mémoire presque comme un réflexe : chaque auditeur entre avec tout son être dans ce qui devient une prière.
Après un bref récitatif de l’alto nous est donné un très beau duo alto/ténor dont la musique en dit déjà beaucoup : le rythme pointé, le ton optimiste de sol majeur, le canon entre les deux chanteurs (l’alto reprenant le chant du ténor), tout cela exprime la confiance du chrétien qui s’engage résolument sur les pas du Christ, le suivant jusqu’à la mort comme le dit le texte.
Un récitatif bref de soprano chante lui aussi la confiance entre les mains paternelles de Dieu qui nous arrache aux griffes du diable, récitatif qui se conclue sur ce qu’on appelle un arioso : le chant se déploie en une ligne plus lyrique, accompagné par quelques dessins des cordes, comme pour nous transporter déjà dans la béatitude promise.
La cantate 111 se conclue sur la reprise du choral, repris au temps de Bach par toute l’assemblée.
Emmanuel Bellanger


