L’œuvre se déploie sous la forme d’un polyptyque monumental composé de cinq bas-reliefs de cinq mètres de hauteur sur trois mètres de largeur, soit 2 000 m² de papier en fibre de mûrier teinté par l’artiste, qui en volume donné représente près de 75 m². Chaque opus est composé de 12 000 gouttes de papier, soit 60 000 éléments façonnés à la main, formant une vaste tapisserie organique. Par l’assemblage patient de dizaines de milliers de feuilles colorées, l’artiste façonne un paysage total où se rencontrent les éléments : cieux et abîmes, forêts luxuriantes et fonds marins, nuées célestes et écumes primordiales. Cette œuvre immersive invite à une contemplation attentive rappelant comment l’eau est à l’origine de toute vie.
L’exposition intègre une création sonore et lumineuse réalisée en collaboration avec plusieurs scientifiques. La dimension sonore a été développée avec le bioacousticien Olivier Adam, les dispositifs lumineux s’appuient sur des données océaniques issues de flotteurs Argo, collectées par Virginie Thierry, océanographe à l’Ifremer.
Initié il y a quatre ans, le projet Eaux vives de Caroline Desnoëttes procède d’une recherche exigeante visant à concevoir une forme plastique sobre en ressources, tant matérielles qu’énergétiques. Pensée comme une œuvre modulable et itinérante, elle se déploie selon une logique proche du biomimétisme : à la manière d’un organisme vivant, elle croît, s’étend et épouse les espaces qui l’accueillent, laissant affleurer une végétalité d’encre et de papier, comme une trace fragile de la vie en expansion.
Avant même la création du monde, il est dit dans la Genèse « les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » (GN 1,2). Les eaux sont cette réalité primordiale, un état initial du monde encore informe. L’exposition s’inscrit dans cette méditation contemporaine sur la Création, depuis le souffle originel de la Genèse jusqu’à la profusion du monde donné à contempler et à préserver.
Création artistique et scientifique, c’est dans une démarche de dialogue interdisciplinaire que l’artiste s’entoure de chercheurs dont les travaux éclairent les dimensions invisibles du vivant. Elle collabore avec le bioacousticien, Thierry Aubin (CNRS), le biologiste marin, Philippe Potin (Station biologique de Roscoff, CNRS, Sorbonne), le chimiste des matériaux, Jean-Luc Audic (Université de Rennes) ainsi qu’avec l’océanographe, Virginie Thierry (Ifremer). Cette convergence entre art et science participe d’une même exigence : rendre perceptibles la complexité, la vulnérabilité et la beauté du vivant.
Pendant la durée de l’exposition, des temps d’échanges sont organisés avec l’artiste et les scientifiques et le public sera invité à participer à une œuvre collective.