
Découvrir le château de Chaumont sur Loire et son Festival des jardins comme ses sculptures installées dans le parc D’année en année, la programmation lie la beauté du site et de la nature à des créations artistiques contemporaines, de qualité toujours remarquable. Dans le parc, Bob Verschueren artiste belge proche du Land Art, nous invite à suivre son Chemin de vie (fig. 1), tressé de branches et d’arbres, qui nous parle de tous ces sentiers que sont nos existences. Cette installation nous ouvre l’expérience des sentiers sinueux et parfois tâtonnants qui constituent, finalement, un trésor de beauté singulière et de sagesse.

Plus loin, nous accueille L’Oiseau de nuit du grand sculpteur du Nord Dodeigne (1923-2015), comme un élan figé dans la silencieuse masse de son granit (fig.2). De surprise en surprise, on voit ou revoit bien des artistes évoqués sur Narthex, Lionel Sabatté, Anne et Patricl Poirier, Pascal Convert, bien d’autres encore. Et tout cela, dans une nature qui n’est pas un simple cadre, mais un vrai lieu d’accueil, un objet d’émerveillement silencieux.

Dans le Domaine de Saint-Cloud, tout près de Paris, le vaste parc qui domine Paris reçoit un ensemble sans pareil de grands bois de Christian Lapie, en une exposition poétiquement nommé Un temps infini. Les grands bois verticaux composant l’ensemble Dans le vaste ciel (fig. 3) ouvrent notre regard à la contemplation de la voûte céleste. Tel est le rôle divin de la sculpture, comme le disait Baudelaire, de nous arracher au quotidien terrestre pour nous installer dans un monde plus spacieux, où l’on tutoie l’infini du temps comme de l’espace. Moment suspendu, Espace entre ciel et terre, pour une véritable respiration.

Plus modestement, les parisiens peuvent poser simplement leur regard sur la simple galerie-vitrine Saint-Séverin pour découvrir Déposition au cœur (fig. 4), cette statue couchée devant une toile où deux silhouettes-arbres se détachent sur un fond de forêt. Les arbres, dans les forêts et les parcs, dressent leur verticalité en trait d’union entre la terre et le ciel. Ici, un tronc allongé à l’horizontale nous arrête, radicalement.
Dans l’enchevêtrement de pierres assemblés que constitue la ville, il nous fait basculer en un autre univers, il nous met en lien avec l’ensemble du règne végétal. En écho à nos rêves les plus forts, les plus fous, l’extraordinaire énergie de la nature nous entraîne.
Sous l’égide de saint Séverin présent en son église, l’arbre-statue nous apostrophe : « Dépose ici tes soucis, apaise tes tourments et tes bruits intérieurs. Prête l’oreille à tout ce qui se dit dans le murmure et les failles du bois taillé. Regarde ! ». De la sculpture à l’homme s’expérimente un réel échange, s’invente un étrange corps à corps fait de silence et de regard, tant nous sommes, êtres humains et monde végétal, faits en réalité du même bois.
Contempler cet homme-arbre, ou cette œuvre découverte au hasard d’un chemin, c’est se laisser toucher par ce qui nous émeut au plus profond. Saisir dans ce cœur à cœur, en la grâce d’un été libéré du vacarme des turbulences quotidiennes, ce à quoi nous tenons le plus, une parole de silence et de vie qui se dépose au plus intime de nous-mêmes.
Paul-Louis Rinuy







