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DOM ROBERT, Moine et artiste – Éditions Hazan, Vanves, 2025, 208 pages, 29,95 €

Il y a l’œuvre, de mieux en mieux connue, les tapisseries, les cartons, les aquarelles et enluminures, et il y a l’artiste, Dom  Robert, Guy de Chaunac-Lanzac, certes un moine, mais qui reste  mystérieux pour le plus grand nombre. 
Publié le 27 novembre 2025

Dans le cas de Dom Robert, l’homme –vu de l’extérieur–  semble devoir être appréhendé sur deux registres bien  différenciés, voire inconciliables, celui de la vie d’artiste et celui  de la vie monastique. En guise de synthèse, un amalgame trop  rapide serait trompeur: on projetterait sur le moine, à partir des  tapisseries, des mille fleurs, des arbres aux oiseaux, de quelques  vierges primitives (que lui-même traitait d’« erreurs de  jeunesse »!) une espèce de « Fra Angelico » idéalisé du XXème  siècle, un doux rêveur très pieux, contemplatif comme pas un,  l’auréole en filigrane…
Eh bien c’est tout faux!
Ce livre est complètement nouveau, il nous fait faire un  parcours passionnant, une vraie découverte, il dissipe certaines  légendes aussi, du fait du travail extraordinaire de Sophie  Guérin Gasc pour retrouver et raconter les traces de l’homme,  traces historiques, familiales, dans ses relations avec son temps,  avec de grandes figures et avec des gens très simples, avec des  artistes et avec des chercheurs de Dieu.
Ceux qui ont connu Dom Robert, à commencer par les moines qui ont vécu avec lui, une vie durant, en témoignent: l’homme  était tranchant, terriblement original, redoutablement personnel,  pas toujours facile à vivre, et sans doute fut-il le premier à  éprouver cette difficulté à trouver son chemin, puis à assumer  ses choix, ses fidélités et ses foucades. Sa vie ne fut pas un long  fleuve tranquille! Bien plus, sa vie fut un roman, imprévu et  rebondissant, trépidant, au moins jusqu’aux années soixante, où  un certain assagissement de l’homme commença à opérer, lors  du retour à En Calcat, après l’exil anglais, permettant à l’œuvre  alors de montrer sa pleine maturité.
L’aristocrate provincial, le dandy des années folles à Paris, le  spahi au Maroc, le spirituel tourmenté, les facettes multiples de  celui qui allait devenir Dom Robert se dévoilent et s’enrichissent  mutuellement. Un trésor de documents rend la lecture  particulièrement attrayante: les photos abondent, et aussi  quantité d’images encore jamais publiées, dessins, aquarelles,  travaux divers et bien sûr tapisseries.
Nulle publication ne pouvait mieux célébrer les dix ans du  Musée Dom Robert à Sorèze! Grâce à ce livre, c’est une présence  vivante qui nous est restituée, source d’émerveillement qui fait  découvrir à la fois un processus de création artistique et une  trajectoire spirituelle singulière.
Dans la préface du livre, Père Thierry, qui fut son abbé mais  aussi un véritable ami, ressaisit la lumière intérieure que révèle  un tel parcours, « la grande leçon reçue de cet ancien » :
« En dépit d’incartades indéniables et de réelles entorses à la  Règle, avoir l’audace d’être soi-même, librement, dans un cadre  aussi contraignant que celui de la vie monastique, sans jamais  douter de son art ni de sa vocation, ne jamais les remettre en cause, les vivre jusqu’au bout, en sachant, courageusement et  quelquefois dans les larmes, sacrifier ce qui, en nous, ne leur est  pas compatible. Croire en son étoile humaine et spirituelle et en  remercier Dieu. »
Relue avec le recul nécessaire, la trajectoire de Dom Robert  montre d’une façon éclatante que la vie monastique n’est pas une  machine qui raboterait tout ce qui dépasse, cherchant à  uniformiser, renvoyant chacun à une sorte de néant indifférencié.  Bien au contraire, elle essaie seulement, par le frottement  d’autres pierres, de tailler la pierre précieuse déposée en chacun  par le Créateur, mais qui reste, à l’état natif, prisonnière de sa  gangue de minerai opaque et sombre.
Avec ce livre, c’est pour l’heure à Sophie Guérin-Gasc que va  notre reconnaissance et notre admiration: son travail depuis plus  de vingt ans avec les frères de l’abbaye, avec les liciers  d’Aubusson, tout au long de l’élaboration du Musée de la Cité  de Sorèze, et son exploration d’historienne dans de multiples  archives lui ont donné une connaissance très fine et juste de  l’homme qu’elle nous présente ici sous un jour passionnant. 

 

frère David

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