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Hélène Mugot. Toute personne qui tombe a des ailes.

Tout artiste est un regard singulier porté sur le monde réel, dans sa matérialité, ses blessures, ses promesses. De ces contradictions qui nourrissent le temps pascal – Passion et Résurrection- Hélène Mugot est porteuse dans ses œuvres trop rares, exposées temporairement dans des églises (fig. 1) ou présentes dans des collections permanentes comme le Musée du Hiéron de Paray le Monial.
Publié le 08 avril 2026
Écrit par Paul-Louis Rinuy
(Fig. 1) La grande Marée, 2003, Chapelle de la Trinité, Lyon, photographie Joël Damase.

On peut en voir en ce moment à Paris, Galerie Saint-Séverin; l’exposition-installation reprend la formule Toute personne qui tombe a des ailes, de la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann (Le jeu est fini, 1956),  et met en lien deux œuvres a priori indépendantes. 

L’une est un cep de vigne (fig. 2), glané dans l’espace d’un champ. Hélène Mugot y a vu une ombre de figure,  a ramassé le bois,   l’a écorcé et poli. Ensuite, elle en a soigneusement ponctué et pansé les brisures avec des cachets de  cire rouge. En ce cep s’est révélé quelqu’un  qui peut se  relever, se redresser,  tout en n’étant R.I.E.N., titre énigmatique de la sculpture. L’étymologie du mot RIEN renvoie à REM, la chose en latin, mais cette sculpture n’est pas une simple chose. De fait, ce cep  est réellement un morceau  de bois mort ; il ne connaitra plus de nouveaux printemps, ne portera plus de sarments, de feuilles, de vrilles ou de grappes de raisin. Sauf  dans  notre désir et notre regard, ici et maintenant.   Le visible est l’attestation de l’invisible, sans quoi il  serait  vide et vain. R.I.E.N. est une promesse ouverte, qui fait écho à I.N.R.I. -Jésus de Nazareth Roi des  Juifs-  le titulus moqueur avec lequel on ironisa sur la mort de Jésus, le vendredi Saint. 

(Fig.2) R.I.E.N., 2011, cep de vigne écorcé et noirci au feu, coll. particulière, photographie Paul-Louis Rinuy.

Les quatre disques d’Icare (fig. 3) s’ajoutent,  après la Nuit pascale, à  R.I.E.N.. le cep-crucifix, qui est allongé et transformé en  Pieta sans  la présence de Marie. L’installation inaugure   un  avenir,  marqué par l’union essentielle entre le ciel et la terre. Dans la mythologie antique, Icare était ce héros présomptueux tombé dans la mer pour s’être approché  du soleil. A l’inverse du mythe, nous pouvons découvrir aujourd’hui en Icare une préfiguration de notre Assomption, à tout  instant possible. La pupille dilatée qu’on voit dans ces disques, comme brûlée par la lumière, nous invite à accepter de tomber, de mourir. Pour expérimenter une vie autre.

(Fig. 3) Icare, 1986, quadriptyque vertical, photographies Cibachrome et cadres en laiton doré, Musée du Hiéron, Paray-le-Monial et collection particulière, photographie Hélène Mugot.

Car la vraie singularité du christianisme  n’est pas de croire au ciel et à la terre, comme  beaucoup d’autres religions. Les chrétiens seuls   font du   lien  et de la circulation mystérieuse entre la terre et le ciel,  de l’Ascension à la Pentecôte, le cœur de leur vie, de leur expérience humaine. En témoigne cette Echelle double (fig. 4) qui évoque autant la Déposition de croix du Christ que l’échelle de Jacob qu’emprutent sans fin les anges, de la terre au ciel et du ciel à la terre ;

(Fig. 4) Echelle double, 1992, barreaux de verre, Centre d’art sacré de Pontmain, photographie Hélène Mugot.

Hélène Mugot est inventeuse d’une diversité de formes  plastiques, visant à révéler l’irréductible complexité du monde réel. « Depuis ma rencontre avec la lumière, écrit-elle, tout mon travail tente de la révéler dans la chair multiple du monde, par fidélité à son extravagance, je me refuse fermement à la réduction déformante d’une seule stratégie, d’un unique point de vue ou d’un moyen récurent », 

Dans ses œuvres, la contemplation artistique nous invite à expérimenter que   toute  chute est une  résurrection, promise.

 

Paul-Louis Rinuy

Notes

  • Toute personne qui tombe a des ailes, Galerie Saint-Séverin, Paris 5e, jusqu’au 2 juin 2026
  • Rencontre avec l’artiste, Odile de Loisy et Paul-Louis Rinuy, mercredi 15 avril à 18h30, 3 rue des Prêtres Saint-Séverin, Paris 5e, entrée libre.
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