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Eva Jospin et Claire Tabouret : l’esprit souffle où il peut et où il veut

La double exposition que le Grand Palais consacre à ces deux jeunes stars de l’art français permet, d’abord, de se faire une idée grandeur nature de la commande, controversée, des six nouveaux vitraux destinés à une chapelle du bas-côté sud de la Cathédrale Notre Dame.
Publié le 07 janvier 2026
Écrit par Paul-Louis Rinuy

L’affaire fait grand bruit puisqu’il s’agit d’installer des vitraux contemporains en  déposant des grisailles de Viollet le Duc, ce qui ne s’imposait sans doute pas après la monumentale,  coûteuse, et tout à fait réussie,  restauration de l’ensemble de l’édifice. Sur le thème de la Pentecôte, Claire Tabouret, représentante du renouveau figuratif si marquant depuis 20 ans, s’impose à nos yeux par son sens si personnel de la couleur -encore plus marquée dans les esquisses, au demeurant !. Prenant le parti d’une illustration littérale des Actes des Apôtres, la peintre dresse les figures de Marie (fig. 1) et des apôtres (fig. 2),

Fig. 1 Claire Tabouret Maquette, détail de la baie pour la chapelle Sainte-Geneviève, 2025 Encre sur papier, 78.3 x 73.6 cm © Claire Tabouret / photo Marten Elder, 2025
Fig. 2 Claire Tabouret Maquette, détail de la baie pour la chapelle Saint-Paul-Chen Encre sur papier, 71.5 x 80.9 cm © Claire Tabouret / photo Marten Elder, 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

comme du coup de vent et de la colombe qui marquent cette effusion de l’esprit. Je reste pour ma part peu convaincu par son sens du dessin et des portraits – de Marie notamment-, par la composition surtout dans laquelle les parties maçonnées entre les vitraux  coupent simplement l’image,  ce qui donne  à telle tête d’apôtre ou aux bras de Marie une allure maladroite, démesurément agrandie. L’audace énergique  du renouveau figuratif du   XXIe siècle, qu’on applaudit évidemment,  risque de paraître finalement  peu inspirée au regard des  vitraux de la génération précédente,  réalisés depuis les années 1980, ceux  de la cathédrale de Nevers, de Robert Morris à Villeneuve de la Maguelone, Sarkis à Silvacane ou  tant d’autres qu’on ne peut tous citer (voir, entre autres, L’affaire des 1052 m2. Les vitraux de la cathédrale de Nevers et « Lumière et création » aux Ateliers Duchemin).

Nous attendons 2026 pour expérimenter en vrai la réalité, ou non, de ce  miracle de lumière,  de couleur  et de dessin qu’est le vitrail, la commande suit son cours. Illustrer la Pentecôte ne garantit rien, l’esprit souffle où il peut.

Avec Grottesco, d’Eva Jospin, sans commande ni thème imposé, sans intervention de l’Etat ou d’un commanditaire,  la liberté de l’artiste et son inventivité plastique conduisent à  une réussite autrement  incontestable. On sait que l’artiste a dès ses débuts choisi ce matériau délaissé, fragile, irregardable sans doute, qu’est le carton pour y sculpter des arbres, des forêts, des rêves d’ombres et de lumière dans lesquels elle nous invite à pénétrer (fig.3). Dans la vaste salle du Grand Palais, Eva Jospin nous invite à pénétrer  un monde d’architectures et de visions, et nous nous perdons dans les détails de stalactites et de stalagmites, où nos yeux comme notre esprit jouent avec bonheur à qui perd gagne. Ou plutôt à qui se perd se trouve, qui se laisse tromper par l’ambition de ces palais gigantesques et minuscules se sent grisé, envoûté, emporté dans des espaces utopiques, des monuments au passé comme à l’avenir (fig.4).

Fig. 3 . Eva Jospin Forêt (détail), 500 x 300 cm, 2024 Bois et carton © Benoît Fougeirol Courtesy Eva Jospin © Adagp, Paris, 2025
Fig. 4. Eva Jospin Panorama, 480 x 900 x 900 cm, 2016 Bois et carton © flufoto (Barış Aras & Elif Çakırlar) Courtesy Noirmontartproduction © Adagp, Paris, 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

Telle est l’expérience miraculeuse de cette plongée dans un monde qui est aussi bien celui de la forêt des contes de notre enfance que le Panthéon de Rome, les façades de Borobudur, les grottes de la Renaissance, de la préhistoire, de nos rêves aussi.  Fascination de la magie des formes qui nous entourent et nous transportent. Nous nous promenons dans cette exposition en découvrant sans cesse de nouvelles associations d’ombres et de lumières, des germinations de détail minuscules où le détail renvoie, sans transition, à l’ensemble qui nous environne. Eva Jospin, récemment élue à l’Académie des beaux arts et qui va être installée au fil de l’année 2026, prouve avec éclat que cette institution a su, comme par miracle, se renouveler avec audace, en élisant Fabrice Hyber, Gérard Garouste, Jean-Michel Othoniel, Anne Poirier.  L’esprit, toujours facétieux, se moque de nos a priori et il  souffle, décidément, où il veut !

 

 

Paul-Louis Rinuy
Claire Tabouret D’un seul souffle, Eva Jospin Grottesco, Paris, Grand Palais, jusqu’au 15 mars 2026

 

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