L’affaire fait grand bruit puisqu’il s’agit d’installer des vitraux contemporains en déposant des grisailles de Viollet le Duc, ce qui ne s’imposait pas après la monumentale, coûteuse, et tout à fait réussie, restauration de l’ensemble de l’édifice. Sur le thème de la Pentecôte, Claire Tabouret, représentante de la génération très nombreuse du renouveau figuratif s’impose à nos yeux par son sens si personnel de la couleur encore plus marquée dans les esquisses, au demeurant ! Prenant le parti d’une illustration littérale des Actes des Apôtres, la peintre dresse les figures de Marie (fig. 1) et des apôtres (fig. 2),


comme du coup de vent et de la colombe qui marquent cette effusion de l’esprit. Je reste pour ma part peu convaincu par son sens du dessin et des portraits – de Marie notamment-, par la composition surtout dans laquelle les parties maçonnées entre les vitraux coupent simplement l’image, ce qui donne à telle tête d’apôtre ou aux bras de Marie une allure maladroite et démesurément agrandie. L’audace énergique du renouveau figuratif du XXIe siècle, qu’on applaudit évidemment, risque de paraître finalement assez peu inspirée au regard des chefs d’oeuvre réalisés depuis les années 1980, les vitraux de la cathédrale de Nevers, de Soulages à Conques, de Robert Morris à Villeneuve de la Maguelone, Sarkis à Silvacane ou tant d’autres qu’on ne peut tous citer (voir, entre autres, L’affaire des 1052 m2. Les vitraux de la cathédrale de Nevers et « Lumière et création » aux Ateliers Duchemin)
Nous attendons 2026 pour expérimenter en vrai la réalité, on non, de ce miracle de lumière, de couleur et de dessin qu’est le vitrail, la commande suit son cours. Illustrer la Pentecôte ne garantit rien, l’esprit souffle où il peut.
Avec Grottesco, d’Eva Jospin, sans commande ni thème imposé, sans intervention de l’Etat ou d’un commanditaire, la liberté de l’artiste et son inventivité plastique conduisent à une réussite autrement incontestable. On sait que l’artiste a dès ses débuts choisi ce matériau délaissé, fragile, irregardable sans doute, qu’est le carton pour y sculpter des arbres, des forêts, des rêves d’ombres et de lumière dans lesquels elle nous invite à pénétrer (fig.3). Dans la vaste salle du Grand Palais, Eva Jospin nous invite dans ce monde d’architectures et de visions, et nous nous perdons dans les détails de stalactites et de stalagmites, où nos yeux comme notre esprit jouent avec bonheur à qui perd gagne. Ou plutôt qui se perd se trouve, qui se laisse tromper par l’ambition de ces palais gigantesques et minuscules se sent grisé, envoûté, emporté dans des espaces utopiques, des monuments au passé comme à l’avenir (fig.4). Telle est l’expérience miraculeuse de cette plongée dans un monde qui est aussi bien celui de la forêt des contes de notre enfance que le Panthéon de Rome, les façades de Borobudur, les grottes de la Renaissance, de la préhistoire, de nos rêves aussi. Fascination de la magie des formes qui nous entourent et nous transportent. Nous nous promenons en découvrant sans cesse de nouvelles associations d’ombres et de lumières, des germinations de détail minuscules où le petit renvoie, sans transition, à l’ensemble qui nous environne. L’esprit, toujours facétieux, souffle, décidément, où il veut !


Paul-Louis Rinuy
Claire Tabouret D’un seul souffle, Eva Jospin Grottesco, Paris, Grand Palais, jusqu’au 15 mars 2026










