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AU BOUT DE L’HIVER …

En ce temps de carême, alors que les évènements du monde semblent plonger dans l’hiver au lieu de s’ouvrir au printemps, la musique et les musiciens sont là pour nous montrer où se situe la lumière, si ténue soit-elle.
Publié le 31 mars 2026
Écrit par Emmanuel Bellanger

Il est d’usage, avant de regarder un tableau ou d’écouter une musique, de glaner quelques renseignements sur l’artiste ou sur l’œuvre que l’on aborde. Pour goûter pleinement ce que je vous propose aujourd’hui, cela non seulement n’est pas nécessaire mais risquerait de nuire à ce qui va nous être donné d’entendre.
Alors, tout simplement, sans a priori, le cœur tout de bienveillance et d’accueil, écoutons et regardons :

 

Une musique à regarder

Ce que nous voyons dans cette vidéo est aussi important que ce que nous entendons. Bien plus : nous entendons ce que nous dit cette musique parce que nous voyons. Nos yeux ouvrent nos oreilles.

Le visage de notre pianiste est peu expressif, ses yeux sont presque toujours fermés, quelques mouvements agitent doucement la tête ou le buste formant contraste avec la virtuosité croissante des mains : quelle maîtrise ! Tout se passe à l’intérieur de l’interprète : les yeux fermés nous révèlent la densité de son écoute intérieure ; la pianiste ne se donne pas en spectacle, elle se laisse habiter par ce que lui offre le compositeur, elle nous invite à entrer à sa suite dans ce monument musical que sont les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach. 

 

La musique d’une renaissance

Les variations Goldberg ont été composées par Bach autour des années 1740, c’est-à-dire au cours de la dernière décennie de sa vie : il y a mis toute sa science d’écriture, qui était immense.
Ces variations sont construites à partir d’une sarabande (que nous entendons au début de l’œuvre) que Jean-Sébastien avait écrite pour sa femme Anna-Magdalena, sarabande qui nous est parvenue grâce à un manuscrit qu’elle avait elle-même recopié. 

Mais pour nous, il s’agit de bien autre chose.
Les variations Goldberg sont pour notre pianiste chinoise Zhu Xiao-Mei le chemin d’une sortie de l’enfer, d’un retour à la lumière et à la vie.
Après avoir accompli de brillantes études au conservatoire de Pékin, elle s’est retrouvée emportée dans la tourmente révolutionnaire de Mao au cours des années 1960. Elle a vécu le régime des camps du « grand bond en avant » et l’endoctrinement totalitaire au point de renier ses parents « exploiteurs du peuple » et la musique « culture de classe » … Plus de piano, jusqu’à ce que ses yeux et son esprit s’ouvrent très progressivement sur la réalité. Elle s’est engagée, loin de la Chine, dans un long chemin de retour à la musique et au piano jusqu’à devenir la grande pianiste d’aujourd’hui.

 

Le poids des notes

Qu’y a-t-il derrière ces yeux fermés ? Quelles images de violence et d’horreurs ? Que sont pour elle ces thèmes et ces harmonies ? Que deviennent-ils pour nous qui découvrons son histoire ? 

Au plus profond de sa détresse, la petite lumière de la musique ne s’est pas éteinte. N’en est-il pas ainsi toujours ? L’art, la beauté, la musique, demeurent pour répandre leur clarté, même ténue, au fond de nous alors que le monde semble se déchaîner dans de redoutables agitations.
Le message chrétien ne dit pas autre chose, simplement il donne un nom à cette lumière, comme le chante le psaume 56 :

Je suis au milieu des lions
et gisant parmi les bêtes féroces ;
ils ont pour langue une arme tranchante,
pour dents des armes et des flèches…

Ton amour est plus grand que les cieux,
ta vérité plus haute que les nues.
 

Emmanuel Bellanger
   

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