Sylvie Bethmont pour Narthex.fr- Père Nicolas Jalenques, vous êtes curé de la paroisse parisienne de Notre-Dame-de-l’Arche-d’Alliance, à ce titre vous étiez présent le 8 décembre 2024 à Notre-Dame-de-Paris. Nous vous remercions de partager, avec les lecteurs de Narthex.fr, votre ressenti, vos émotions, vos réflexions à ce propos. Tout d’abord comment avez-vous vécu ce moment, en revêtant ces vêtements, conçus par Jean-Charles de Castelbajac et réalisés sous sa direction artistique ?

P. Nicolas Jalenques – Comme chacun des célébrants du 8 décembre, j’ai effectivement revêtu une chasuble signée Jean-Charles de Castelbajac (Fig 1). La presse s’est largement faite l’écho de la réalisation des 2000 pièces de vêtements et ornements qui ont été produits pour les 700 officiants, réunis autour de leur archevêque et de la plupart des évêques de France. Les chasubles étaient proposées en trois tailles : petite, moyenne et grande.
Dans un premier temps nous n’avons pas reçu plus d’explications… Autour de moi j’ai entendu des réactions qui ont pu être parfois un peu mitigées. Cependant j’ai été frappé par la qualité du travail et des matières choisies pour ces vêtements de paramentique. Ensuite, une fois réunis dans la cathédrale, tous ont été saisis par la grandeur et la dignité que cela apportait à un tel évènement.
Le lendemain de cette célébration de la consécration de l’Autel -le lundi 9 décembre- tous les prêtres du diocèse étaient invités à concélébrer, autour de leur archevêque, pour la solennité de l’Immaculée Conception. A la fin de la cérémonie chacun pouvait recevoir en souvenir quelques morceaux de ganse aux couleurs-signature de Jean-Charles de Castelabjac (rouge, jaune, bleu et vert), ces petits bouts de biais ont été utilisés pour souligner le bord des chasubles (Fig. 2).

SB – Ces ganses colorées aux couleurs des éclats entourant la croix, ourlent le bas des chasubles, amples vêtements venus de l’Antiquité. Placées sur la face intérieure du vêtement, elles accompagnent les mouvements du célébrant. C’est comme une chorégraphie qui révèle l’éclat joyeux des couleurs pures privilégiées par le couturier. Cela me fait penser aux ailes intérieures de certains papillons de nuit, qui se révèlent lors du vol.
Ces vêtements liturgiques font échos aux célébrations des JMJ en 1997. Notons que la chasuble que portait alors saint Jean-Paul II est conservée dans le trésor de Notre-Dame aux côtés de la tunique de saint Louis. Ces deux vêtements portés par des saints ont été épargnés lors de l’incendie du 15 avril 2019. Jean-Charles de Castelbajac dit à ce sujet « j’ai habillé un saint ( Jean Paul II) ».
A propos de la réalisation de ces vêtements, qu’il souhaite voir s’inscrire dans le renouveau de l’Art sacré, il parle de « lux », la lumière, plutôt que de « luxe ». Qu’est-ce que cela vous inspire ?
P. NJ- Oui, nous pouvons témoigner du Christ ressuscité par l’art et la beauté. Ainsi, la croix dorée placée au centre des chasubles -d’où partent les éclats de couleurs- évoque celle, dorée, monumentale, rayonnante, de Marc Couturier, dans l’abside de Notre-Dame. Elle a survécu au cataclysme de l’incendie durant la nuit du 15 au 16 avril 2019. Beaucoup gardent la mémoire de cette image, prise le lendemain : la croix rayonnait au fond de l’édifice, au milieu des décombres, éclairée directement par le soleil sous la voûte percée (Fig 3 et 4).


Baigné de lumière, au fur et à mesure de la messe de consécration, j’ai pu sentir que le minimalisme des couleurs faisait écho aux vitraux qui nous entouraient.
SB – Monseigneur Lustiger dans son homélie du 16 octobre 1994, disait que cette croix est « un signe par l’or qui la revêt : le signe d’une gloire divine, de la présence divine du Fils de Dieu fait chair au milieu de nous, de la présence de l’Amour au cœur même de ce qui nous révolte …(Signe de) la vie qui nous est donnée, plus forte que la mort, plus forte que nos péchés, plus forte que nos obscurités, vie qui nous est donnée pour, qu’à notre tour, nous vivions et nous aimions. »
Pour vous quel signe est donné par ces vêtements ?
P. NJ- J’ai la conviction profonde que, lors de l’inauguration, nous a été offert le signe de l’unité de l’Eglise.
Cet évènement n’a pas été marqué par un logo de type événementiel, avec une date, comme cela peut parfois être le cas, mais par l’union de tous dont témoignaient visuellement les vêtements. Pour nous, célébrants, cela signifiait notre unité qui vient du Christ, mais de l’intérieur. Ces chasubles portées en commun, rendaient sensible le lien unissant l’archevêque et son presbyterium.
Ce signe s’est poursuivi par un don : en juin dernier, l’archevêque a décidé d’offrir, à chaque paroisse de son diocèse, une des chasubles portées le 8 décembre. Ce don a eu lieu le 28 juin, 2025, premières célébrations d’ordination de prêtres à Notre-Dame depuis 2018. Ce don est signe de l’union des paroisses avec leur archevêque, successeur des apôtres, autour de sa cathédrale Notre-Dame, la mère de toutes les églises du diocèse. Oui Eglise est bien « une réunion de fête » :
« Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, d’une réunion de fête » (He 12, 22).
Sylvie Bethmont







