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© galerie Eric Dupont, Paris
Ecorces, ces lambeaux arrachés à un bouleau par Georges Didi-Huberman aux abords du crématoire V où furent exterminés ses grands-parents et des centaines de milliers de juifs dessinent l’ombre de mains dans la douleur et la souffrance. Ecorces d’écorces, la « cristallisation » photographique de ces écorces « grisâtres, friables, presque déjà cendres » par
Pascal Convert transforme ce qui en se consumant était devenu semblable à de la poudre de graphite en verre ayant la fulgurance du diamant.
Ecorce écorchée de l’empreinte du cerisier atomisé le 6 août 1945 dans le jardin du Seiju-Ji temple à Hiroshima : la relique peinte minutieusement, couche après couche, jour après jour, par un maître laqueur japonais, est « convertie par ce laquage en une extraordinaire sculpture noire et brillante ». Dans son récit sur cette sculpture Georges Didi-Huberman se souvient « avoir raconté, à Pascal Convert, il y a quelques années de cela, l’histoire de ces moines d’Extrême-Orient qui construisent leur propre sainteté sur un modèle essentiellement minéral et sculptural : ils finissent par ne se nourrir que de thé, de terre et de cailloux. Ils meurent desséchés dans la position du Bouddha, si possible avec le fameux sourire aux lèvres. Ils demeurent ainsi, incorrompus, dans quelque repli de la montagne. Quand les villageois découvrent le corps, celui-ci est porté en procession jusqu’à un temple où il est tout entier laqué de noir ».
Ecorce de pierre, en prenant l’empreinte par frottage de la surface des khatchkars sauvés de la destruction du cimetière de Djoulfa, l’irrévocable de la destruction ne peut être annulé. L’événement a eu lieu. De ces centaines de pierres sculptées en bas relief et en méplat datant du VIIIème au XVIIIème siècle, étudiées par Jurgis Baltrusaitis et qui évoquent par leurs entrelacs le célèbre manuscrit enluminé de Kells, il ne reste que des débris engloutis dans l’ombre du fleuve Araxe à la frontière de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan.
« Pour l’église arménienne, la croix décorée ou simplement la croix ailée se présente comme une croix fleurie, c’est-à-dire qu’elle est le symbole de l’arbre de vie, la victoire de la vie sur la mort, l’éternité et la floraison éternelle » . L’empreinte directe qui permet de conserver la taille d’origine, parfois hybridée avec des scanners réalisés avec des drones, et les diverses techniques de tirages photographiques, contact palladium ou Lambda, n’effacent ni la souffrance ni le remords mais redonnent vie dans l’entrelacs inouï des lignes. L’hybridation processuelle produit un trouble entre réel et artificiel qui ouvre les temps du regard. La mémoire n’est plus sous l’emprise du passé.
Informations pratiques
Exposition « Pascal Convert – Trois arbres » à la galerie Eric Dupont, 138 rue du Temple, 75003 Paris
Jusqu’au 23 novembre 2019.
HORAIRES
Mardi – samedi 11H-19H et sur rendez-vous
Entrée libre
Contacts : 01 44 54 04 14 – info@eric-dupont.com / Site internet www.eric-dupont.com