C’était une crèche vivante avec des animaux, la présence des frères de Greccio et de tous les villageois. Lui-même revêtit la dalmatique et donna l’homélie. Il prêcha comme s’il avait vraiment sous les yeux la présence du divin enfant. Non pas, précise toujours Vatican News, que François inventa les crèches, des représentations de la Nativité existaient auparavant dans les vieux manuscrits sous forme de miniatures ou quelquefois partiellement dans les églises. Mais cette façon très simple, populaire, villageoise, de représenter la crèche, saint François en est bien à l’origine.Après la mort et la canonisation de François, les Frères mineurs dans leurs prédications et leurs œuvres apostoliques, s’empressèrent de communiquer la contemplation de Jésus, homme parmi les hommes, pauvre parmi les pauvres. Ils le firent quelquefois en proposant des représentations imagées de la scène de Noël. Puis, progressivement, à partir des XIVe et XVe siècles, oncommencera à représenter la crèche avec des figurines qui invitent le peuple à une contemplation concrète : il fallait voir et toucher.
Ce très bref retour en arrière pour revenir aux récentes festivités de Noël et à l’initiative prise par Saint-Eustache qui, tout en installant, cette fois-ci, une crèche traditionnelle a également proposé aux visiteurs et aux paroissiens un parcours sur l’enfance de Jésus à travers les œuvres présentes dans l’église. C‘est un des paroissiens, Jean-Louis Boscardin (2), qui effectue régulièrement des visites commentées de l’édifice qui a catalogué les œuvres où il était question de la naissance et la vie de Jésus. On remarque bien souvent en premier lieu les tableaux signalés par les guides, mais cette initiative devrait permettre de découvrir des œuvres plus discrètes et utilisant d’autres mediums : vitraux, peintures murales, sculptures. Prendre le temps de regarder, de bien connaitre son église et son patrimoine est un donc un premier objectif de cette initiative.
Le second, et le livret conçu à cette occasion pour accompagner tout un chacun au long de l’année en est un bon support, est d’éveiller le regard sur la façon dont les artistes ont donné forme à la représentation du récit de l’Evangile. Si celui-ci est toujours le même depuis plus de 2000 années, les œuvres d’art par contre n’ont pas obéi à des règles immuables et chaque époque, y compris la nôtre, en a matérialisé différemment la « manière ». On pourra à ce propos se référer à l’ouvrage récemment paru « L’Atelier de la Grâce » où il est notamment question de Fra Angelico, fait patron des artistes par Jean-Paul II et dont l’œuvre nous fait entrevoir la paix et la douceur du paradis (4). Beaucoup plus tard, d’autres artistes comme Sylvain Dubuisson (5), empruntent un chemin radicalement différent, celui de l’abstraction. Mais même abstraites, leurs œuvres donnent à celui qui prend le temps de s’initier à la matérialité de leur présence le pouvoir d’être touché et de méditer le mystère de l’incarnation. 
Enfin, le troisième objectif est justement d’inviter à un éveil contemplatif et silencieux devant des œuvres qui portent en elles ce message de l’écriture Sainte. C’est une banalité de dire que par le biais des écrans ou des téléphones portables, les images s’accumulent et accompagnent de plus en plus notre quotidien. Bien souvent sans légendes et plus rapides qu’un film, elles peuvent se succéder à grande vitesse sans même nous laisser le temps d’en percevoir le contenu et d’en comprendre le sens. Est-il possible d’évoquer une possible « écologie » du regard qui supposerait de prendre ce temps de pause pour observer, penser, méditer voire une seule image ou une seule œuvre.
Voir concrètement quelque chose du mystère de l’incarnation du Sauveur, quelle qu’en soit la facture ou le medium, s’en émouvoir, s’en nourrir, Saint-François l’avait bien compris, lui qui voulait être un contemplatif de la vie humaine de Jésus.
Françoise Paviot











