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L’icône Salus Populi Romani et Marie qui défait les nœuds

Quel lien peut-il y avoir entre l’icône Salus Populi Romani et Marie qui défait les nœuds ? Une petite escapade historique en Bavière, proposée par Isabelle Rolland, résoudra cette question…
Publié le 25 février 2026
L’icône Salus Populi Romani. Dom. Public, via Wikimedia Commons.

La lutte des jésuites contre la Réforme 

Les jésuites ont ardemment lutté contre le protestantisme au XVIès, et notamment contre la Réforme luthérienne en Allemagne, en développant la dévotion mariale, selon deux modalités : la promotion des Litanies de Lorette, mais aussi la diffusion par reproduction de la fameuse icône Salus populi Romani(1).

Les Litanies de Lorette

Les Litanies de Lorette et les attributs de la Vierge, British Museum. Dom. Public, via Wikimedia Commons.

Les Litanies de Lorette(2) composées sans doute au milieu du XVIe siècle à Lorette, furent diffusées, notamment en Bavière, par le saint jésuite Pierre Canisius, docteur de l’Église (mort en 1597) et introduites à Rome par le jésuite Francisco de Toledo (1532-1596), en particulier  à la basilique Sainte-Marie Majeure. Ces litanies firent l’objet  de violentes attaques de la part des protestants, sous prétexte que  ces litanies catholiques n’étaient pas ancrées dans la tradition biblique. Leur rôle fut donc essentiel dans ce contexte de lutte contre la Réforme en Bavière.

L’autre moyen employé par les jésuites pour promouvoir la dévotion mariale se fit par la diffusion de l’icône miraculeuse Salus Populi Romani, sur l’initiative de saint François de Borgia, troisième général de la Compagnie de Jésus. 

Saint François de Borgia et la Salus 

Melchior Küsell. Portrait de st François Borgia avec l’icône Salus Populi Romani, XVIIès. Dom. Public, via Wikimedia Commons.

C’est en 1565, après la mort de sa femme, que saint François de Borgia (1510- 1572) devint le 3è supérieur général des jésuites. Afin de promouvoir le culte marial, et avec l’accord du pape Pie V, il décida de faire réaliser de multiples copies de la  Salus comme support de mission. C’est ainsi que de nombreuses copies de cette fameuse icône miraculeuse – écrite par saint Luc, selon la tradition-  furent envoyées dans le monde entier(3). Cette icône devint ainsi un véritable outil d’évangélisation, et, de ce fait, l’un des fleurons de l’art jésuite, au point que  certains artistes se spécialisèrent dans la reproduction de la Salus(4)

Dans cette même dynamique, de nombreuses copies de la  Salus furent réalisées et envoyées dans les collèges d’enseignement jésuite. Dès 1549, les jésuites avaient en effet ouvert des collèges d’enseignement, ayant pour mission d’éduquer les jeunes, mais également de développer la dévotion mariale. Des congrégations mariales, associations d’élèves de collèges jésuites, furent ainsi  créées à cet effet, à partir de 1563(5). 

C’est dans l’un des collèges jésuites de Bavière, le collège d’Ingolstadt, et grâce à la copie de l’icône Salus Populi Romani, qu’eut lieu le fameux « miracle conjugal » à l’origine de la dévotion de Marie qui défait les nœuds.

Le collège jésuite d’Ingolstadt, saint Pierre Canisius et Jakob Rem, s.j.

Michael Wening. Le collège jésuite d’Ingolstadt. Dom. Public, via Wikimedia Commons.

Saint Pierre Canisius (1521-1597) et le collège d’Ingolstadt

Le collège d’Ingolstadt (Jesuitenkolleg), établissement scolaire et universitaire jésuite situé en Bavière (Allemagne), fut ouvert en octobre 1556, à la demande conjointe du duc de Bavière Guillaume IV, adversaire  acharné de la Réforme,  et du  pape Paul III. Le saint et docteur de l’Église jésuite Pierre Canisius (1521-1597) y fut enseignant, puis recteur de l’Université d’Ingolstadt, mais aussi catéchiste, écrivain et missionnaire. Il put ainsi y diffuser les Litanies de Lorette. 

Le serviteur de Dieu Jakob Rem (1546-1618) et le collège d’Ingolstadt

En outre, une copie de la Salus, offerte par saint François Borgia, arriva au collège d’Ingolstadt, afin de servir de support à la dévotion mariale promue au sein des collèges jésuites.

Or, c’est précisément  dans ce collège d’Ingolstadt que le serviteur de Dieu Jakob Rem, mort en odeur de sainteté en 1618, fut directeur de l’internat et  aumônier, entre 1586 et 1610(6).

Le père Rem recevant de la Vierge Marie la réponse à sa demande. Image de 1850. Dom. Public, via Wikimedia Commons.

Le père Rem, profondément marial, priait les Litanies de Lorette et désirait ardemment apprendre de la Vierge Marie elle-même quel était le titre, parmi tous ceux qu’on Lui attribue dans cette prière, qui Lui était le plus cher. Selon une chronique jésuite, c’est le 16 avril 1604, alors qu’il récitait ces Litanies de Lorette, que le père Jakob Rem reçut, à deux reprises, une révélation. La Vierge Marie lui souffla cette merveilleuse réponse : sa préférence allait à l’invocation Mater Admirabilis, « Mère Admirable »(7). Cette réponse nous rappelle la primauté de l’amour maternel de la Vierge Marie. 

Cette confidence mariale lui fit fonder en 1595 pour ses étudiants une congrégation: le colloquium Marianum(8), qui invoquait la Vierge Marie sous le triple vocable de Mater Ter Admirabilis, Mère trois fois admirable (9). Le père Jakob Rem resta jusqu’à sa mort, en 1618, disponible pour ses anciens élèves.

Le « miracle conjugal » et la dévotion à Marie qui défait les nœuds

Mater Ter Admirabilis, copie de l’ icône Salus Populi Romani de la basilique Sainte-Marie-Majeure, à l’église abbatiale Notre-Belle-Dame d’Ingolstadt.

C’est en priant cette copie de la Salus, baptisée par le père Rem Mater Ter Admirabilis, qu’eut lieu le miracle qui est à l’origine de la dévotion à Marie qui défait les nœuds, le 28 septembre 1615.

Le père Rem  fut en effet l’instrument choisi par la Providence pour participer, par sa prière, à ce « miracle conjugal » : celui de l’un de ses anciens étudiants, Wolfgang Langenmantel et de son épouse. L’histoire est célèbre : W. Langenmantel, sur le point de divorcer, alla trouver son ancien aumônier, et c’est grâce à cette prière commune que le couple fut sauvé du divorce, de façon miraculeuse(10)

Le tableau de Marie qui défait les nœuds fut réalisé plus tard, vers 1700, comme ex-voto, par un peintre baroque local, J. G. M. Schmidtner (1625 – 1705)(11), pour l’église d’Augsbourg, à la demande du petit-fils du couple exaucé : le chanoine et éminent scientifique H. A. Langenmantel († 1718)(12).

Il n’est donc pas étonnant que le jésuite et pape François ait fortement encouragé et diffusé cette dévotion à Marie qui défait les nœuds,  et qu’il ait choisi de reposer non loin de la Salus, depuis le 26 avril 2025, tout près de la sculpture de la Reine de la Paix, en la basilique Sainte-Marie-Majeure.

 

Isabelle Rolland,
auteur de Marie qui défait les nœuds : d’un miracle à une dévotion universelle.
Paris : MDN production, mai 2022.

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