
Cette exposition a pris forme à partir de ma pratique d’artiste peintre, de mes travaux en théologie des arts à l’Institut Catholique de Paris, validés en juillet 2025 et d’une demande du père Jean Courtés, prêtre de la chapelle Notre-Dame de la Sagesse à Paris. À la suite d’un long dialogue, cette exposition prévue pour la période de l’avent a pris pour titre « de la source de l’eau vive à la nativité ». Un sacré défi, puisque tant dans les textes et que dans l’iconographie traditionnelle, l’eau n’est pas évoquée dans la nativité, c’est la grande absente.
Ma première idée était de construire une installation pour faire écho aux préoccupations écologique de l’architecte, Pierre-Louis Faloci ainsi que la présence d’une eau circulante et sonore, une rareté dans un lieu de culte. Toutefois la mise en œuvre d’une installation est apparue complexe et délicate J’ai pris le parti de suivre l’inspiration théologique du lieu, un petit espace liturgique doté de 4 chapelles latérales qui suivent un chemin descendant du baptistère à l’autel, le long de cette canalisation. J’ai repris cette idée pour construire une série pour ce lieu. Chaque chapelle renvoyant à une thématique du rituel du baptême d’après l’architecte du lieu: l’eau du baptême, l’eau et huile, l’eau et feu, l’eau et le linge blanc.
Mais comment habiter ce lieu ? Les murs en face des chapelles pour accrocher me toiles sont faits de béton lisse, des larges dalles dissymétriques séparées de longues failles verticales qui ouvrent sur la structure du bâtiment et forment un chemin de croix. Une chapelle sans vitraux, d’une grande sobriété, sans image, sauf un carré d’or entre l’autel et la vitre rectangulaire et étroite qui ouvre sur la lumière du jour.
J’ai cherché à déconstruire et à reconstruire la symbolique du rituel du baptême évoqué par ces chapelles qui m’a paru un peu décalé avec le lieu. Comment construire de nouveaux motifs qui puissent toucher même des non chrétiens qui cherchent ici un lieu de recueillement dans la ville ?
Mon intuition construire « des images concrètes ayant des sensorialités » comme nous dit Jean Pierre Sonnet et inciter à ne pas regarder l’eau comme un miroir de soi mais ouvrant au monde et à la spiritualité.
En reprenant les références de l’architecte Pierre-Louis Faloci, citant Deleuze, j’ai tenté de casser le cadre. J’ai produit 8 toiles, 4 dytiques du type panoramiques ( 1,20 m x 0, 80 m). Des œuvres coupées, à l’inverse des failles des murs, comme la fente au-dessus de l’autel, mais qui n’ouvrent pas à la lumière du jour, mais à un ailleurs, un gris béton opaque. J’ai tenté de faire respirer les toiles par cet espace brut largement ouvert. Le dytique permet de également de barrer, de casser le miroir, de créer une distanciation avec l’œuvre qui déstabilise le visiteur.
Dans un face-à-face avec les chapelles, le baptistère a une place à part. J’ai tenté de reprendre l’inspiration de la source de l’eau vive ancrée dans le titre. L’eau vive renvoyant pour moi à la Création, c’est par un travail sur le plein et le vide que j’ai construit le premier dytique. Toucher et être touché par l’eau en mouvement, thème déjà traité par de nombreux artistes contemporains(Francis Bacon, David Hockney…) devait pour moi à leur différence des œuvres de ces auteurs, sans présence humaine explicite, puisque parlant de la Création. Comment donner forme à cette eau, sans texte ? Certains visiteurs évoquaient « un test de Rorchach », d’autres d’un « accouchement du monde »…
Pour la seconde chapelle mettant en évidence un flacon d’huile, et donc l’onction qui nécessite pour le prêtre d’imprégner le front du baptisé par un mouvement, un « touché ». J’ai cherché à mettre en évidence une matière non miscible. J’ai produit une œuvre très gestuelle mettant en évidence l’hétérogénéité des surfaces par des taches épaisses. Rendre lisse et laisser des épaisseurs comme une eau alourdie par des métaux dorés. Entre couleurs froides et couleurs chaudes, des zones lisses et rugueuses, une toile à toucher…
La troisième chapelle est centrée sur le feu avec une bougie. Je n’ai pas construit une image de flamme. J’ai cherché une autre évocation, c’est la chaleur d’un enfant à naître dans un ventre qui m’a paru le plus proche de ce moment. La flamme de la vie qui commence à chauffer de l’intérieur des chairs par contraste avec la froidure de l’eau. Image qui me permettait également de faire un pas vers la nativité. Cette image fait écho aux travaux de Gaston Bachelard, qui parle plus de l’eau comme une eau féminine que de l’eau lieu de purification, à savoir des vagues qui bercent : « une femme rivière ».
Pour terminer cette série, j’ai évoqué pour le dernier diptyque, non pas les habits blancs du baptisé, mais celui du Fils que j’ai tenté d’évoquer, sortant du Jourdain, habits neufs ou habits qui de dissolvent vers un futur ténébreux. Il n’a plus de couleur, les pigments sont retirés. Un rêve eschatologique pour un enfant à naître.
La Parole est dans cette série comme en suspens. Je n’ai pas cherché à illustrer, mais j’ai inscrit dans la matière des notes de bas de page. Des numéros de page faisant référence à des ouvrages sur l’eau ou à des versets en attente d’un texte à ajouter, en reprenant cette idée à la photographe, Roni Horn. Il reste à écrire avec la musique ou avec des Psaumes des récits sur ces œuvres, tentative mise en pratique lors d’une performance le 12 décembre 2025.
JR DICASA, décembre 2025










