Voir toutes les photos

« DE LA SOURCE DE L’EAU VIVE A LA NATIVITE » Exposition Chapelle de Sagesse Paris

Du 5 DECEMBRE 2026 AU 8 JANVIER prolongée jusqu’au 12 janvier 2026. Chapelle Notre Dame de la Sagesse, 2 place Jean Villar-Paris 13éme, Métro quai de la gare-bibliothèque François Mitterrand.
Publié le 07 janvier 2026
© Thierry Bettler

Cette exposition a pris forme à partir de ma pratique d’artiste peintre, de mes  travaux en théologie des arts à l’Institut Catholique de Paris, validés en juillet 2025 et  d’une demande du père Jean Courtés, prêtre de la chapelle Notre-Dame de la Sagesse à Paris. À la suite d’un long dialogue, cette exposition prévue pour la période de l’avent a  pris pour titre « de la source de l’eau vive à la nativité ». Un sacré défi, puisque tant dans  les textes et que dans l’iconographie traditionnelle, l’eau n’est pas évoquée dans la  nativité, c’est la grande absente. 

Ma première idée était de construire une installation pour faire écho aux préoccupations  écologique de l’architecte, Pierre-Louis Faloci ainsi que la présence d’une eau circulante  et sonore, une rareté dans un lieu de culte. Toutefois la mise en œuvre d’une installation  est apparue complexe et délicate J’ai pris le parti de suivre l’inspiration théologique du  lieu, un petit espace liturgique doté de 4 chapelles latérales qui suivent un chemin  descendant du baptistère à l’autel, le long de cette canalisation. J’ai repris cette idée pour construire une série pour ce lieu. Chaque chapelle renvoyant à une thématique du rituel  du baptême d’après l’architecte du lieu: l’eau du baptême, l’eau et huile, l’eau et feu,  l’eau et le linge blanc.  

Mais comment habiter ce lieu ? Les murs en face des chapelles pour accrocher me toiles  sont faits de béton lisse, des larges dalles dissymétriques séparées de longues failles  verticales qui ouvrent sur la structure du bâtiment et forment un chemin de croix. Une  chapelle sans vitraux, d’une grande sobriété, sans image, sauf un carré d’or entre l’autel  et la vitre rectangulaire et étroite qui ouvre sur la lumière du jour. 

J’ai cherché à déconstruire et à reconstruire la symbolique du rituel du baptême évoqué  par ces chapelles qui m’a paru un peu décalé avec le lieu. Comment construire de  nouveaux motifs qui puissent toucher même des non chrétiens qui cherchent ici un lieu  de recueillement dans la ville ? 

Mon intuition construire « des images concrètes ayant des sensorialités » comme nous  dit Jean Pierre Sonnet et inciter à ne pas regarder l’eau comme un miroir de soi mais  ouvrant au monde et à la spiritualité. 

En reprenant les références de l’architecte Pierre-Louis Faloci, citant Deleuze, j’ai tenté  de casser le cadre. J’ai produit 8 toiles, 4 dytiques du type panoramiques ( 1,20 m x 0, 80 m). Des œuvres coupées, à l’inverse des failles des murs, comme la fente au-dessus  de l’autel, mais qui n’ouvrent pas à la lumière du jour, mais à un ailleurs, un gris béton  opaque. J’ai tenté de faire respirer les toiles par cet espace brut largement ouvert. Le  dytique permet de également de barrer, de casser le miroir, de créer une distanciation  avec l’œuvre qui déstabilise le visiteur. 

Dans un face-à-face avec les chapelles, le baptistère a une place à part. J’ai tenté de  reprendre l’inspiration de la source de l’eau vive ancrée dans le titre. L’eau vive renvoyant pour moi à la Création, c’est par un travail sur le plein et le vide que j’ai  construit le premier dytique. Toucher et être touché par l’eau en mouvement, thème déjà  traité par de nombreux artistes contemporains(Francis Bacon, David Hockney…) devait  pour moi à leur différence des œuvres de ces auteurs, sans présence humaine explicite,  puisque parlant de la Création. Comment donner forme à cette eau, sans texte ? Certains  visiteurs évoquaient « un test de Rorchach », d’autres d’un « accouchement du  monde »… 

Pour la seconde chapelle mettant en évidence un flacon d’huile, et donc l’onction qui  nécessite pour le prêtre d’imprégner le front du baptisé par un mouvement, un  « touché ». J’ai cherché à mettre en évidence une matière non miscible. J’ai produit  une œuvre très gestuelle mettant en évidence l’hétérogénéité des surfaces par des taches épaisses. Rendre lisse et laisser des épaisseurs comme une eau alourdie par des métaux  dorés. Entre couleurs froides et couleurs chaudes, des zones lisses et rugueuses, une toile  à toucher… 

La troisième chapelle est centrée sur le feu avec une bougie. Je n’ai pas construit une  image de flamme. J’ai cherché une autre évocation, c’est la chaleur d’un enfant à naître dans un ventre qui m’a paru le plus proche de ce moment. La flamme de la vie qui  commence à chauffer de l’intérieur des chairs par contraste avec la froidure de l’eau.  Image qui me permettait également de faire un pas vers la nativité. Cette image fait écho  aux travaux de Gaston Bachelard, qui parle plus de l’eau comme une eau féminine que  de l’eau lieu de purification, à savoir des vagues qui bercent : « une femme rivière ».  

Pour terminer cette série, j’ai évoqué pour le dernier diptyque, non pas les habits blancs  du baptisé, mais celui du Fils que j’ai tenté d’évoquer, sortant du Jourdain, habits neufs  ou habits qui de dissolvent vers un futur ténébreux. Il n’a plus de couleur, les pigments  sont retirés. Un rêve eschatologique pour un enfant à naître. 

La Parole est dans cette série comme en suspens. Je n’ai pas cherché à illustrer, mais j’ai  inscrit dans la matière des notes de bas de page. Des numéros de page faisant référence  à des ouvrages sur l’eau ou à des versets en attente d’un texte à ajouter, en reprenant  cette idée à la photographe, Roni Horn. Il reste à écrire avec la musique ou avec des  Psaumes des récits sur ces œuvres, tentative mise en pratique lors d’une performance le 12 décembre 2025.

 

JR DICASA, décembre 2025

Contenus associés
Commentaires
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

INSCRIPTION NEWSLETTERRecevez quotidiennement nos actualités, les informations des derniers articles mis en ligne et notre sélection des expositions à ne pas rater.