Son recueil récemment paru, Le livre de verre, tire son titre de la contemplation des vitraux médiévaux du bas-côté sud de la cathédrale de Strasbourg (XIVe siècle).
L’ensemble des poèmes de ce recueil forme, selon les mots de Jean-Pierre Lemaire, « une autographie spirituelle » constituée de parties – ou d’étapes – distinctes dont les intitulés sont comme des marches placées par le poète pour nous conduire de la vie quotidienne – collective comme individuelle – à l’expérience du message évangélique.
Les mots sont des « voies d’accès au monde ».
Ainsi le poète partage t’il l’expérience de la fragilité, lors de l’épidémie de Covid, dans la première partie du recueil intitulée « Le cavalier vert » (allusion au livre de l’Apocalypse), ensuite « Barques sur l’océan » célèbre les « blessés de la vie », et leur renaissance. Ces titres convoquent immédiatement des images. Une incise : « Album pour la jeunesse », (formule empruntée à Schumann) chante l’émerveillement d’être grand-père.
Progressivement, à partir de « fenêtres au couchant », le texte prend la forme d’une disposition étroite et verticale des vers. Cette « innovation formelle », adopte l’élancement des lancettes des vitraux médiévaux.
L’autobiographie se poursuit par un retour à l’enfance dans le Nord (Hellemmes »), et sa « conversion » à l’abbaye de Landévennec, en Bretagne. « Le jour qui vient » est une « ouverture à l’avenir », que clôt « le livre de verre » méditations sur les verrières du bas-côté sud de la cathédrale de Strasbourg, dernière partie dont l’intitulé va donner son titre au recueil. (Fig. 1)

« Le livre de verre »
Arrêtons-nous un instant sur cette dernière étape du recueil, idéalement en nous plaçant devant ces vitraux médiévaux de la cathédrale de Strasbourg, situés bas à portée de regards, donc bien lisibles malgré la profusion des scènes. Ces cinq fenêtres forment un tout, partant de la vie de la Vierge, pour conduire à celle du Christ, jusqu’au Jugement dernier.
Chaque homme est comme un vitrail illuminé par la lumière divine
La lumière se fait couleur en passant au travers des verres teintés, afin, comme le disait l’abbé Suger (XIIe siècle), au sujet des vitraux de la basilique de Saint-Denis, que nous soyons conduits « à travers de vraies lumières vers la vraie lumière, où le Christ est la vraie porte » (De administratione, XXVII, trad. Françoise Gasparri, Les Belles lettres, 1996).
« De vraies lumières » c’est-à-dire produites par la lumière naturelle, vers « la vraie lumière », la lumière divine dans la Jérusalem céleste, la lumière de celui qui est « un ». Ce que nous dit le pape Léon XIV par sa devise : « IN ILLO UNO UNUM » (En Celui qui est Un soyons un), tirée du Exposition sur les psaumes, 127, 3 de saint Augustin. Ce que le pape Léon XIV explicite ainsi : « Il n’est point seul et nous plusieurs, mais quoique plusieurs, nous sommes un en lui seul. » (Discours du pape Léon XIV du 19 mai 2025 aux représentants d’autres églises et communautés ecclésiales et d’autres religions.)
Dans les églises, les vitraux, semblables aux pierres précieuses dont sont faites les assises de la Jérusalem céleste (Apocalypse 21, 19-20), transmettent l’unique lumière naturelle en la diffractant au travers des multiples morceaux de verre colorés. De même le Seigneur, en illuminant chaque homme, lui permet de rayonner à sa façon, selon sa propre couleur de vie, au sein de l’Eglise.
. « Un poème est une sorte de vitrail »

Jean-Pierre Lemaire, débute cette dernière partie, consacrée aux vitraux de Strasbourg, par celui de « La présentation de la Vierge au Temple » (p. 91) qui se lit de bas en haut et de gauche à droite (Fig. 2 et 3).

Nous voici dominés, tout en haut de la verrière, par la vision d’un escalier (Fig. B) :
« L’Evangile commence
par cet escalier
vert émeraude
vertigineux »…
…Que Marie jeune fille gravit seule « sans regarder en bas », vers la présence divine, l’autel du Temple de Jérusalem. Des apocryphes chrétiens, le Protévangile de Jacques, 7-8 (IIe siècle) et l’Evangile du Pseudo Matthieu, 15 (VIe siècle), en sont les textes-sources.
Au Moyen Age, l’exégèse de cet escalier s’est enrichie de la comparaison avec de multiples échelles célestes permettant l’ascension spirituelle du croyant. Ces allégories, développées par les pères de l’Eglise, se sont répandues au Moyen Age, en monde monastique, puis, pour tous, par la prédication des ordres mendiants, offrant à l’art médiéval un ensemble de motifs iconographiques majeurs. Ces degrés sont ceux de l’échelle de Jacob (Gn 28, 10-22), mais aussi ceux de l’échelle posée sur la croix du Christ, c’est encore ceux de l’ascension spirituelle dans la vie monastique. L’on peut continuer ces comparaisons en citant la lecture des vitraux médiévaux -le plus souvent à effectuer de bas en haut- qui élève, par degrés, la compréhension du mystère.
Ce premier vitrail du bas-côté sud de la cathédrale de Strasbourg, ouvrant la dernière partie du Livre de verre, nous donne à voir, l’enfant Marie -figure de l’Eglise- à l’orée de sa vie consacrée, gravissant cet immense escalier « vert émeraude », couleur d’espérance.
Marie …
…« intrépide et sage
-déjà porteuse
de notre salut ».
Sylvie Bethmont.
Historienne de l’art, enseignant-chercheur honoraire à l’école cathédrale de Paris,
membre du comité de rédaction de Narthex.fr







