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L’ESTHÉTIQUE SACRÉE D’AUJOURD’HUI : VERS UNE NOUVELLE PRÉSENCE DU SENSIBLE ?

Remettre l’église au centre de nos communautés
Publié le 09 septembre 2026
Écrit par Jeanne Villeneuve

L’esthétique sacrée d’aujourd’hui est-elle le résultat d’un rejet du minimalisme des années soixante ? Sommes-nous désormais orientés vers le retour à une iconographie plus « classique » dans l’ornementation de nos églises nouvelles, ou bien sommes-nous simplement en train de ressasser le passé ?

J’avais envie de poser cette question pour Narthex, en cette rentrée 2026.

Pour ma part, il s’agirait moins d’un retour au « classique », au sens d’une réhabilitation nostalgique des formes anciennes, que d’une réhabilitation du sensible, du symbolique et de l’image chrétienne, après plusieurs décennies d’un dépouillement progressif.

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’un cycle qui se répéterait mécaniquement. Il s’agit plutôt d’observer une transformation de notre rapport au sacré.

Une image, une couleur, une matière, une lumière peuvent à nouveau devenir porteuses d’une expérience spirituelle.

C’est ici que la notion de souffle m’intéresse particulièrement. Je pense au « Ch’i » dont François Cheng ou André Malraux parlent avec profondeur : ce souffle invisible qui donne la vie et met en mouvement. Bien entendu, théologiquement, le Qi et l’Esprit Saint ne sont pas la même réalité. Mais leur rapprochement symbolique permet d’interroger ce qui, dans une œuvre d’art, dépasse la simple matière et semble lui communiquer une force intérieure.

C’est précisément cette puissance que je voudrais observer dans certaines créations contemporaines : la rencontre entre la virtuosité artistique, la matière et une véritable aspiration spirituelle.

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Après le dépouillement, le retour du langage

Depuis quelques années, j’observe dans l’art contemporain dit sacré un mouvement assez net — non pas un recul — vers une nouvelle manière de penser l’église.

Elle n’est plus nécessairement conçue comme un espace abstrait, neutre, minimal, presque périphérique par rapport à nos habitations. Elle peut redevenir un lieu qui signifie quelque chose de différent du quotidien : un lieu qui raconte, qui émeut, qui élève.

Les lieux de culte se sont pourtant empilés au fil des siècles, chacun portant les traces de son époque. Et malgré cette continuité historique, de nouvelles variations apparaissent aujourd’hui dans la sobriété, la simplicité et la discrétion.

L’art contemporain pourrait ainsi retrouver une place plus pertinente dans les édifices cultuels, non pas en opposition avec la foi, mais dans un dialogue renouvelé entre spiritualité, architecture et création artistique.

Il me semble même qu’il pourrait davantage « coller » à nos états d’esprit contemporains.

En réalité, après le deuxième concile œcuménique du Vatican, plus couramment appelé Vatican II, qui symbolise notamment l’ouverture de l’Église à la culture contemporaine, apparaît, dans le climat artistique et architectural des années 1960-1970, une esthétique chrétienne caractérisée par :

• davantage de simplicité dans les volumes ;
• une utilisation importante du béton, du bois, de la pierre et des matériaux bruts ;
• une réduction très nette des ornements considérés comme superflus ;
• des autels plus dépouillés ;
• des espaces de déambulation et de prière presque abstraits.

Cette évolution correspond à une volonté compréhensible : ne pas distraire le fidèle de l’essentiel.

La prière ne dépend pas, par essence, de la beauté du décor. Un cœur sincère peut prier dans une église très simple, voire totalement dépouillée.

Mais une question demeure : en voulant supprimer le superflu, n’avons-nous pas parfois supprimé une partie du langage symbolique lui-même ?

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Lorsque l’église ne sait plus quoi raconter

Il existe en effet une forme de paradoxe.

Olivier Rey, chargé de recherche au CNRS et membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, évoque, à propos de la prolifération des images, le fait que « le désir d’intelligibilité demeure insatisfait ».¹

Or certaines églises contemporaines ont connu le mouvement inverse : en supprimant les images, les ornements et les signes, elles ont parfois perdu une partie de leur capacité à raconter.

Le fidèle peut alors ne plus savoir où regarder, quoi contempler, ni même comprendre ce que l’espace cherche à lui dire.
Le problème n’est évidemment pas de remplir à nouveau les églises de statues et d’ornements.
Il est de retrouver un langage.

Car une église n’est pas seulement un bâtiment destiné à accueillir une assemblée. Elle est aussi un espace symbolique.
Aujourd’hui, on voit donc émerger, peut-être comme dans un mouvement tournoyant, une nouvelle conception du sacré : une conscience plus forte du beau comme partie possible — et parfois essentielle — de l’expérience spirituelle.

Mais le beau n’est pas nécessairement synonyme de luxe, de dorures ou de profusion.
Il peut être humble.
Il peut être une pierre, une lumière, un bouquet de fleurs, une couleur, un silence.

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La beauté comme chemin vers le sacré

Le fleurissement d’une église en est un exemple simple.

Les fleurs ne sont évidemment pas indispensables à la prière. Pourtant, leur beauté, leur harmonie et leur parfum peuvent apaiser l’esprit, favoriser le recueillement et nous aider à nous tourner vers Dieu.

Elles rappellent aussi que la Création peut être reçue comme un don et que la beauté du monde peut devenir matière à gratitude.

Ainsi, même lorsqu’il n’est que liturgique ou décoratif, le bouquet peut contribuer à rendre visible quelque chose de l’invisible.
Il « visibilise » en quelque sorte la prière.
Cette question devient particulièrement intéressante lorsqu’on observe aujourd’hui le renouveau du vitrail.

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Le vitrail : retrouver l’image

Regardons maintenant ce qui se passe avec les nouveaux vitraux.

Le cas des vitraux confiés à Claire Tabouret pour six baies de Notre-Dame de Paris est particulièrement révélateur. Sur le thème de la Pentecôte, l’artiste assume une représentation figurative de Marie, des apôtres et de la colombe, dans un langage pictural profondément contemporain. La commande a suscité une importante controverse, notamment parce qu’elle implique le remplacement de grisailles historiques de Viollet-le-Duc.

La question dépasse donc largement la personnalité de l’artiste.

Comment faire comprendre la magie d’un vitrail ? Comment articuler la lumière, la matière, la couleur et l’image ?

Ce qui me paraît particulièrement intéressant ici est le retour assumé de la figuration dans un espace où nous avions pris l’habitude de considérer que l’art contemporain devait nécessairement passer par l’abstraction.

Le sujet, pourtant, est parfaitement traditionnel : la Pentecôte, la descente de l’Esprit sur Marie et les apôtres.

Ce qui change, c’est le traitement pictural.

Le débat révèle ainsi quelque chose de profond : notre difficulté contemporaine n’est peut-être plus de savoir si l’art sacré peut être moderne, mais si l’art moderne peut à nouveau être explicitement chrétien.

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Germaine Richier : lorsque la souffrance devient beauté

Pour la sculpture, je pense immédiatement à la sculptrice Germaine Richier avec son Christ, réalisé pour l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d’Assy, en Haute-Savoie.

La sculpture donne à voir la Passion de Jésus de Nazareth dans une intensité extrême. Le corps est défiguré, meurtri, presque déshumanisé.
Et pourtant, quelque chose demeure.
La sculpture ne nous montre pas un Christ majestueux et intact. Elle nous montre un corps qui souffre.

Le débat autour de cette œuvre fut particulièrement violent. Le Christ de Richier, créé en 1950, fut retiré du regard des fidèles pendant près de deux décennies avant de retrouver son emplacement d’origine. L’ouvrage de Laurence Durieu, Germaine Richier. Le Christ interdit, revient précisément sur cette histoire et sur la puissance théologique de cette œuvre.²

Pour ma part, j’ose affirmer que Germaine Richier a magnifiquement transmis l’horreur du supplice de Jésus dans la matière de ce corps décharné, ce que Laurence Durieux qualifie d’« anatomie d’un déchirement ».³

Ce qui est bouleversant chez Richier, c’est que la beauté ne vient pas d’un Christ majestueux et intact.
Elle vient du déchirement.
Elle vient de la fragilité.
Elle vient d’un corps qui souffre mais qui demeure vivant.

C’est précisément ce qui me fait considérer cette œuvre comme profondément spirituelle.
La beauté n’est pas toujours ce qui nous rassure.
Elle peut aussi être ce qui nous bouleverse.

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La fresque : retrouver la monumentalité

Les peintures murales ne sont pas en reste.

Je pense notamment à la grande fresque contemporaine réalisée en 2020 par l’artiste lillois Amaury Dubois dans l’église Sainte-Madeleine de Châtelaillon-Plage.
La monumentalité de cette œuvre est saisissante.
La fresque recouvre la voûte de l’église jusqu’au chœur et accompagne le regard jusqu’aux vitraux. La couleur, la lumière et le mouvement enveloppent littéralement le fidèle.

Nous retrouvons ici une fonction très ancienne de la peinture monumentale.Au Moyen Âge déjà, les murs des églises racontaient.

Mais Amaury Dubois ne cherche pas à reproduire les fresques médiévales. Il adapte cette expérience au regard contemporain.
Il ne cherche pas nécessairement à représenter Jésus ou les saints de manière figurative.
Il cherche plutôt à faire de la couleur, du mouvement et de la lumière une expérience de transcendance.
Son idée de conduire le fidèle de la nuit vers la lumière possède une grande force symbolique : la lumière devient une image de la Parole de Dieu.
Le fidèle n’est plus seulement devant l’image.
Il est à l’intérieur de l’image.

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Le retour du retable

Pour les retables contemporains, qui réinterprètent une structure ancienne tout en y insufflant des questionnements esthétiques et spirituels actuels, le nom de Fabienne Verdier s’impose.

Son rapport au retable d’Issenheim de Matthias Grünewald est particulièrement révélateur.
Verdier ne cherche évidemment pas à reproduire le retable du XVIe siècle.
Elle en retrouve plutôt la structure spirituelle : la confrontation, le drame, le silence, la matière et le geste.
Son travail montre ainsi qu’il est possible de revenir à une forme ancienne sans devenir historicisant.

Le retable n’est pas intéressant parce qu’il est ancien.
Il est intéressant parce qu’il constitue une forme capable de porter une expérience spirituelle.
Et l’abstraction elle-même peut devenir un langage sacré.

Comme l’a écrit Michaël de Saint Cheron à propos de Fabienne Verdier, sa démarche s’affranchit de la figuration pour créer des signes qui rejouent un drame et convoquent une dimension spirituelle, voire religieuse.⁴

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Notre-Dame de Paris : la matière contemporaine au service de la liturgie

Le nouveau mobilier liturgique de Notre-Dame de Paris constitue un autre exemple particulièrement intéressant.

Après l’incendie de 2019, Guillaume Bardet a conçu un ensemble comprenant notamment l’autel, l’ambon, le tabernacle et le baptistère.
Il ne s’agit pas d’imiter les meubles du Moyen Âge.
Il s’agit de créer aujourd’hui.
Le bronze apporte une présence à la fois sobre et chaleureuse qui dialogue avec la pierre claire retrouvée après la restauration.

Cette sobriété peut évidemment être discutée.
Certains y verront une beauté profondément contemporaine.
D’autres pourront regretter que la richesse historique de Notre-Dame appelle une présence artistique plus forte.

Mais cette discussion elle-même est intéressante : elle montre que la question n’est plus de savoir s’il faut nécessairement choisir entre tradition et modernité.
La question est désormais : comment faire dialoguer les deux ?

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L’architecture redevient-elle théologique ?

L’architecture des églises nouvelles suit, elle aussi, ce mouvement.
On voit réapparaître ce que l’on pourrait appeler une architecture théologique.
Une architecture contemporaine réussie ne doit pas seulement être belle.
Elle doit aussi faire comprendre.
Où se trouve l’autel, lieu de l’Eucharistie et centre de l’assemblée ?
Où est la croix ?
Où est le baptistère, cette porte d’entrée dans la vie chrétienne ?
D’où vient la lumière ?
Où se trouve le lieu de la Parole ?
Où commence le silence ?

Autrement dit, l’espace lui-même redevient langage.
Rendons-nous à Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes, construite par l’architecte portugais Álvaro Siza.
L’édifice est très dépouillé : béton blanc, formes géométriques, peu de décoration.
Et pourtant, l’espace n’est pas vide.
Il est construit autour de la lumière naturelle.
Siza ne cherche pas à produire une église spectaculaire.

Il crée un espace dans lequel la lumière devient presque une matière spirituelle.
Il nous rappelle ainsi une chose essentielle : le sacré peut naître de la présence, et non nécessairement de la profusion.

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Une postmodernité sacrée

Avec ces exemples, une différence essentielle apparaît.
Les artistes contemporains ne veulent pas simplement copier Raphaël, Fra Angelico ou les maîtres du XIXe siècle.
Ils cherchent plutôt à interpréter la tradition avec un langage contemporain.

Nous assistons peut-être à une forme de postmodernité sacrée.
Le modernisme disait parfois : nous devons inventer une esthétique nouvelle, débarrassée des formes anciennes.
Une partie de l’art sacré contemporain semble répondre autrement : nous pouvons puiser dans deux mille ans de formes chrétiennes sans être prisonniers du passé.

C’est une différence fondamentale.
Un artiste peut utiliser l’icône, le retable, la fresque, le vitrail, l’or, le marbre, la pierre, la perspective ou le symbolisme médiéval, tout en conservant une sensibilité pleinement contemporaine.

Il ne s’agit donc pas de restaurer artificiellement un passé disparu.
Il s’agit de retrouver des formes capables de parler à l’homme d’aujourd’hui.

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Une réactivation de l’iconographie chrétienne

Je dirais alors qu’il existe aujourd’hui une véritable réactivation de l’iconographie classique.
Ce qui revient n’est pas seulement la représentation des saints, de la Vierge, des anges ou des scènes bibliques.
C’est surtout le retour à une image possédant une fondation théologique.

Une image sacrée n’est pas simplement une jolie peinture de la Nativité ou une représentation du beau visage du Christ, imberbe ou barbu.
Elle est une porte ouverte vers un mystère.
Elle donne à voir quelque chose qui dépasse ce qu’elle montre.

C’est précisément ce qui distingue l’art sacré d’une simple décoration religieuse.
Nous retrouvons alors une ancienne grammaire symbolique :
• le Christ : lumière, salut, mort et résurrection ;
• la Vierge : maternité, incarnation, protection ;
• les saints : témoignage, intercession, communion ;
• la lumière : présence, révélation, passage ;
• l’eau : baptême, purification, naissance ;
• le feu : Esprit, transformation, Pentecôte.

Cette grammaire symbolique, parfois devenue moins visible dans certaines créations contemporaines, semble aujourd’hui retrouver une actualité.
Mais le véritable enjeu est de ne pas tomber dans le kitsch religieux.
Revenir à la tradition ne signifie pas reproduire les images saint-sulpiciennes du XIXe siècle.
Le véritable renouveau de l’art sacré doit probablement éviter deux écueils :
le minimalisme abstrait sans contexte et le pastiche historicisant.

Entre les deux apparaît une troisième voie : la tradition réinventée.

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De la matière à l’immatériel

Cette réinvention est d’autant plus intéressante qu’elle se produit à une époque où notre rapport aux images est devenu profondément numérique.

Nous vivons entourés d’écrans, de lumière artificielle, d’images virtuelles, de réalité augmentée et bientôt de mondes entièrement générés par l’intelligence artificielle.
Et paradoxalement, plus notre monde devient virtuel, plus la matière semble retrouver de la valeur.
La pierre.
Le bois.
Le bronze.
Le verre.
La peinture.
Le corps.
La lumière naturelle.
Le silence.

Peut-être est-ce là l’une des grandes contradictions — et l’une des grandes chances — de l’art sacré contemporain.
À l’époque de l’image infinie, l’église peut redevenir le lieu de l’image rare.
À l’époque de l’immatériel, elle peut redevenir le lieu de la matière.
À l’époque du flux permanent, elle peut redevenir le lieu de la présence.

Le Verbe s’est fait chair
C’est probablement là que se situe l’esthétique sacrée d’aujourd’hui, celle qui me paraît la plus intéressante à analyser : dans un christianisme profondément lié à l’Incarnation.
Dieu ne se contente pas d’être une idée.

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Le Verbe s’est fait chair.

Dès lors, la matière peut devenir porteuse de sens.
La couleur peut devenir prière.
La lumière peut devenir signe.
Le corps peut devenir langage.
L’architecture peut devenir théologie.
L’artiste peut ne pas chercher à « représenter Dieu », mais créer un espace qui dispose le cœur à Le chercher.

Germaine Richier nous met face au déchirement du corps.
Amaury Dubois nous fait lever les yeux vers la lumière.
Fabienne Verdier nous confronte au silence et au geste.
Claire Tabouret retrouve la figure et le récit de la Pentecôte.
Guillaume Bardet inscrit la liturgie dans une matière contemporaine.
Álvaro Siza nous apprend que le silence et la lumière peuvent suffire à faire sentir une présence.

Tous empruntent donc des chemins différents.
Mais peut-être cherchent-ils finalement la même chose :
faire du visible une ouverture vers l’invisible.
L’esthétique sacrée du XXIe siècle ne serait alors ni un retour au passé, ni la poursuite obstinée du dépouillement moderne.
Elle serait une réconciliation.
Une réconciliation entre la tradition et la création.
Entre l’image et le silence.
Entre la matière et l’esprit.
Entre la beauté et la vérité.
Entre l’ancien et le contemporain.
Et peut-être surtout, entre l’église et ceux qui y entrent.

Car remettre l’église au centre de nos communautés ne signifie pas seulement reconstruire ou embellir nos édifices.
Cela signifie leur redonner la capacité de nous parler.
De nous émouvoir.
De nous étonner.
De nous faire lever les yeux.
Et, peut-être, de nous apprendre à regarder à nouveau.

 

Jeanne Villeneuve

Notes

  • (1) Olivier Rey, Gloire et misère de l’image après Jésus-Christ, Agora Éditions, Conférences, 2020.
  • (2) Laurence Durieux, Germaine Richier. Le Christ interdit, Lyon, Fage éditions, 2025, 80 p. L’ouvrage revient notamment sur la création du Christ de 1950, la controverse qu’il suscita et son retrait du regard des fidèles pendant près de deux décennies.
  • (3) Laurence Durieux, expression citée dans votre texte original à propos du Christ de Germaine Richier : « l’anatomie d’un déchirement ». La référence exacte de la formulation doit être vérifiée sur l’édition consultée avant publication.
  • (4) Michaël de Saint Cheron, « Les retables de Fabienne Verdier, sommet de son art », Études, n° 4319, octobre 2024.
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