Les trois adjectifs -spirituel, chrétien, catholique- ne sont évidemment pas synonymes et les spécificités de leur sens constituent un des fondements de la ligne éditoriale de Narthex, site catholique qui met en avant la dimension résolument spirituelle de l’aventure artistique. En un mot, il s’agit de comprendre l’art comme activité qui condense l’expérience humaine dans ses bas-fonds comme dans ses étincelles divines, tel est mon engagement dans Narthex.
Cette exigence coïncide avec celle d’Hélène Mugot. L’artiste met en jeu dans sa recherche plastique bien plus qu’une simple composition, si esthétique soit-elle, de lignes, de formes et de couleurs. Depuis ses premières expositions il y a 50 ans et son passage à la Villa Médicis à Rome de 1977 à 1979, toute sa trajectoire est une méditation en lumière, en couleur et en matière, sur le sens de l’aventure humaine, la chute, la grâce. L’art n’est jamais pour elle sa propre fin, il ouvre un temps et un espace de méditation et de réflexion, de contemplation surtout. Hélène Mugot s’adresse à l’homme dans toutes ses dimensions, le corps d’abord puisque les installations ou photographies se donnent à voir, le cœur en ce que nos sensations et émotions sont sollicitées, l’intelligence aussi car la vision est affaire d’intelligence en acte. Mais c’est surtout notre quatrième dimension qui se révèle activée, celle qui dépasse en nous la simple triade corps-cœur-intelligence et qu’on appelle l’« âme », cette part d’éternité intérieure et joyeuse en communication avec la Vie, l’Esprit. Autant de grands mots, qui désignent l’expérience que « l’homme passe l’homme », comme le résumait Blaise Pascal au XVIIe siècle, qu’il est plus que la somme de son intelligence, de sa réalité corporelle et de ses élans de charité. C’est à cette part de nous même que s’adresse, par excellence, l’art d’Hélène Mugot, qu’il ait été ou non destiné à des églises.
Le plus grand mérite de cette monographie est de proposer une véritable lecture théologique de ce travail artistique, au-delà d’une analyse d’histoire de ou d’une approche simplement critique. Odile de Loisy nourrit son regard de textes bibliques savamment médités ainsi que de fragments, d’illuminations, d’écrivains proches d’Hélène Mugot, pour mettre en évidence avec un réel bonheur d’écriture quelques facettes essentielles de cet art exploratoire du divin en l’humain. Telle est la vertu principale de ce livre, et de l’art d’Hélène Mugot : révéler la part de divin qu’on peut découvrir, expérimenter, en l’homme, en chacune chacun de nous, pourvu que telle ou telle œuvre d’art nous ouvre les yeux du corps et de l’âme.
Richement illustré de photographies rappelant les installations des œuvres d’Hélène Mugot dans des lieux emblématiques, profondément inspirants – Chapelle de la Trinité à Lyon, Musée du Hiéron à Paray-le-Monial, Musée d’art sacré de Dijon, Chapelle de l’Adoration de la cathédrale Saint-Pierre Saint-Paul de Troyes, église Santa Maria Assunta de Canari (Corse)…- ce livre est exemplaire dans la finesse de sa démarche et de son écriture comme dans son parti d’ensemble. La peinture, les arts plastiques dans leur ensemble, sont réellement, comme le disait Poussin, une «théologie muette » et Odile de Loisy la rend parlante pour le bonheur de tous les lecteurs.


Paul-Louis Rinuy