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Lydie Arickx, Le souffle
Une oeuvre monumentale à Saint-Eustache (1)

Une installation complexe et périlleuse pour une œuvre qui, une fois mise en place, se révèle d’une grande légèreté et semble flotter dans la nef de Saint-Eustache, comme si elle avait été toujours présente.
Publié le 19 août 2026
Écrit par Françoise Paviot Co-directrice de la galerie Françoise Paviot
Le Souffle – St Eustache 2026 – c Alex Bianchi

Lydie Aricks est une artiste peintre et sculptrice, née en 1954, qui vit et travaille dans les Landes et qui s’exprime bien souvent dans le registre du monumental. Cette œuvre sera visible tout l’été jusqu’au 29 septembre. Son installation a été rendue possible grâce à la Fondation Loo§Lou  pour l’art contemporain, placée sous l’égide de la Fondation Luxembourg. 

Le Souffle – St Eustache 2026 – c Alex Bianchi
Le Souffle – St Eustache 2026 – c Alex Bianchi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme toute bonne œuvre riche de sens, le Souffle s’œuvre à la lecture et au regard de chacun. David Sendrez, Directeur de l’Institut supérieur de théologie des arts est venu voir cette installation et nous a confié ce texte rédigé pour Narthex. 

Les églises solennelles ont un air de maison de famille. Vieilles demeures qui jouent à être intimidantes, elles sont le théâtre ritualisé d’une tendresse un peu guindée mais rassurante. Aujourd’hui, dans la lumière que la poussière en suspension et les hautes verrières rendent moelleuse, quelque chose se passe à Saint Eustache. La vieille demeure s’est ornée d’une vaste volute rouge, neuve et belle, qui se déploie en hauteur, sous la voûte de la nef soulignant la majesté de l’apparition inattendue. La lumière passe à travers cette dentelle colorée et aérienne, si fine qu’elle pourrait être sur le point de se dissiper dans l’atmosphère. Le regard en suit le dessin, avec l’impression d’embrasser la géographie d’un delta. Non ! Plutôt les méandres de chemins nombreux ou de sources abondantes. À sa base la forme se resserre et s’épaissit, donnant du volume à la surface vibrante. Ce sont comme des racines très courtes, fondations tâtonnantes d’un glorieux surgissement en éventail, dont toute la ramure s’étale pour capter largement et s’offrir en retour, échange fécond et tactile. La cartographie devient biologie. On croit voir, de façon presque indiscrète, les vaisseaux et capillaires d’une sève bienfaisante, la construction patiente d’un organisme, la transformation d’une lumière nourricière en une vie imperceptiblement mobile. L’espace de l’édifice prend consistance et devient l’abri de cette grandiose et silencieuse gestation. A moins que les entrelacs ne soient ceux d’un poumon ? Nous sommes alors à l’intérieur d’un immense corps. On suppose que la chose suspendue perçoit les ondes, les vibrations de nos déplacements. Est-elle le symbole du geste créateur ? Dédale de rivières, système sanguin, ramifications pulmonaires ou corail, on ne sait plus trop, on ne sait pas bien, car la même idée se répète, celle d’une circulation transformante génératrice de mondes, suggérant que, dès l’origine, tel est le divin dessein guidant l’histoire. On quitte les lieux avec l’espoir d’habiter la terre autrement, en sachant combien nos mouvements sont perçus par les tissus et les fluides d’un tout rayonnant et sensible dont nous faisons partie. Il suffit de prolonger à peine cette attention renouvelée au vivant pour exulter devant l’image d’un salut où tout fait corps dans la lumière alimentant un engendrement sans fin : Dieu-Trinité glorifiant, avec l’humanité du Christ, l’entier réseau de la création. De la mosaïque absidiale de Saint Clément de Rome, dont la croix fructifie en de riches pampres faisant circuler dans tout l’univers la sève salvifique, le vin de l’alliance, la sculpture de Lydie Arickx est comme l’épure. Et la vieille demeure devient une promesse neuve.

Installation du Souffle – St Eustache 2026 – c Alex Bianchi
Installation du Souffle – St Eustache 2026 – c Alex Bianchi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yannick Mercoyrol, commissaire de cet événement, critique et historien d’art, présente quant à lui ainsi cette œuvre (1) : 

Suspendue à sept mètres au-dessus de la travée centrale de la nef, la sculpture dialogue avec la verticalité saisissante de l’édifice gothique et sa lumière changeante, manifestant la dimension théâtrale de l’espace sacré et son évidente symbolique d’élévation. Le Souffle déploie une forme arborescente rouge, découpée dans l’aluminium avec la précision d’une dentelle, présentant à sa base un socle de corps entremêlés qui semblent la soutenir. Monumentale mais légère, l’œuvre se suspend dans l’air comme un souffle, résonnant subtilement avec l’architecture et l’esprit du lieu.

Par sa forme, Le Souffle évoque à la fois le corail des forêts marines et l’Arbre de Vie,  la feuille et le coeur, mariant ainsi la profondeur des océans à la vastitude du ciel. La sculpture se déploie comme une immense feuille de vitrail suspendue, jouant au fil du jour avec l’ombre et la

lumière, dans la grande tradition des verrières gothiques. Au centre de l’édifice, elle peut également signifier une allusion discrète à l’histoire du saint patron de l’église, dont la conversion fut provoquée par l’apparition d’un cerf orné d’un crucifix, alors qu’il chassait en forêt. L’apparition ici n’est certes plus celle d’un cerf, mais d’une figure vivante qui tient également de la révélation, celle de notre rapport ambigu à la nature (2).

Le Souffle tient en effet du corail, symbole de la beauté mais aussi de la fragilité des écosystèmes marins en voie de disparition. Selon cette lecture, il incarne une nature en péril, mise à mal et abîmée par l’activité humaine. Suspendue dans l’église, cette sculpture manifeste à la fois les dangers liés à l’anthropocène et la dignité de la vie, la résilience du souffle vital qui traverse la création toute entière. Au sein d’un édifice labellisé « église verte », cette dimension s’énonce comme un manifeste, soulignée par le matériau utilisé. L’aluminium est en effet caractérisé par sa légèreté et sa solidité, mais il possède également une vertu écologique essentielle, qui en fait l’un des rares matériaux entièrement recyclables, de sorte que près de 75 % de celui produit depuis 1880 est encore en usage aujourd’hui. Son recyclage, qui ne requiert que 5 % de l’énergie nécessaire à sa production initiale, en fait un emblème du développement durable. Ainsi, au-delà de sa fonction technique, il prolonge le sens de l’œuvre : une matière vivante, en perpétuelle renaissance, inscrite dans le temps long

En rappel, Lydie Arickx  intervient régulièrement  dans une église comme le montre les deux images suivantes : 

La Chapelle expiatoire – Septembre 2016 – c Alex Bianchi
Eglise Saint-Séverin, Arbre de vie – Nuit blanche 2023 – c Alex Bianchi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et en conclusion, une croix en céramique magnétique ( 35×35 cm ) conçue par Lydie Arickx  et présentée en 2021 au Château de Chambord. 

c Alex Bianchi

 

Françoise Paviot

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