
On se rappelle l’emballage du Pont Neuf par Christo, en 1985 (Fig.1). Gardant sa fonction de pont ouvert à la circulation, le plus ancien pont de Paris devenait pendant deux semaines un lieu de fête collective. Le choix de la couleur de la toile, en accord avec les nuances des pierres, le drapé savamment tendu sur les formes architecturales, tout concourait à un effet esthétique marquant. A cela s’ajoutait le processus de réalisation en strict autofinancement, ce que Christo et Jeanne Claude firent délibérément dans la réalisation de tous leurs grands projets : pas de subvention publique, guère ou pas de mécénat privé, pour éviter toute perte de liberté. Et une ouverture libre au public avec de médiateurs sur place qui distribuaient un morceau de toile à chaque visiteur, comme une relique, un souvenir. Ce fut une fête joyeuse plus qu’un spectacle : tout un chacun participait à un grand événement qui nous dépassait tous, dans l’espace et dans le temps. On comprenait que Christo né en Bulgarie et réfugié à Paris en 1958 en traversant le sinistre « rideau de fer » séparant l’Europe en deux blocs, célébrait avec cette figure du pont reliant deux rives la vie comme capacité à dépasser et briser les frontières, et tentait de libérer les existences et les énergies enfermées dans des prisons telles que le communisme totalitaire soviétique. Et ce pont, le plus ancien de Paris, devenait le symbole, ouvert à l’avenir, de la beauté du monde présent.

Pour La Caverne du Pont Neuf, J.R., qui orchestre délibérément son autopromotion plus qu’il ne célèbre la mémoire collective du lieu (fig. 2), le processus d’organisation et de financement est différent -mécénats privés- et l’ouverture au public plus réduite : à l’heure où j’écris, nul n’a pu encore entrer dans cette Caverne. Et, si la grisaille de ce barnum en forme de montagne (fig. 3) s’accorde au ciel malheureusement souvent gris de Paris, j’aurais préféré d’autres accords de couleur, plus nuancés plus enchanteurs. Je ne suis pas sûr que Paris sorte magnifié de cette machinerie massive et industrielle.

Faute d’entrer dans cette Caverne le 6 juin au soir ou de participer à de méga-soirées festives, où la lumière, la musique et la vidéo rivalisent en effets plus impressionnants les uns que les autres, on pourra au fil d’expositions ou d’événements plus modestes, assister par exemple au concert en 10 sonates augmenté d’une scénographie lumineuse de Mathilde et Hélène Mugot à l’église Saint-Eustache, participer au Choeur de la nuit avec la compositrice-chanteuse Floe à Notre Dame d’Espérance ou contempler simplement l’installaion Silence au cœur de Christian Lapie, Galerie Saint-Séverin (fig. 4 et 5).


Contre le gigantisme et les machineries spectaculaire, quelle bonne idée d’ouvrir, avec Art, Culture et Foi, une poignée d’églises parisiennes à l’art contemporain et aux visiteurs d’un soir ! Grâce aux équipes, anonymes et modestes, qui travaillent sur le terrain depuis plusieurs semaines, quelques rencontres, inattendues et humaines, se font. Souhaitons nous une déambulation poétique, aussi légère, que la brise du vent évoquée dans le Livre des Rois (chapitre 19, verset 9 et suivants. L’art est sans doute comme Dieu, on ne le trouve ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans l’outrance du gigantisme à grands effets, mais dans la légèreté, la finesse, la délicatesse d’une brise légère.
Paul-Louis Rinuy









