En descendant les marches, vers le sous-sol d’une tour, nous nous retrouvons face à une « forêt cathédrale » de poutres brutes, à-même le sol. Obstruantes dans leur verticalité (2), elles nous incitent à lever les yeux, à chercher une issue dans les hauteurs et interpellent étrangement notre regard. Un clocher en sous-sol (!). Une sacrée hauteur, sous plafond bouché, encaissé. Des cloches immobilisées, arrimées. Même si l’artiste, Jannis Kounellis, affirmait, qu’ici, les cloches ne sont pas prises en vertu de leur référence au religieux, au sacré, il n’empêche qu’elles le manifestent malgré elles (et malgré lui). La forme ne peut être dissociée de tout ce qu’elle revêt, explicitement et implicitement. Elle entraîne avec elle, tout ce fond immémoriel, contenu.


Élevées, sans envolée possible. Des cloches figées dans leur mouvement de balancier. Il règne un silence assourdissant. L’heure est-elle grave ? Un sentiment d’absurde, d’étrange flotte au sein d’éléments familiers, agencés de façon inhabituelle. En levant les yeux, c’est leurs sombres ouverts (3) qui nous mettent littéralement « sous cloche ». Un appel à sortir monte.

Puis, à quelques pas, au bout d’un couloir, une pièce octogonale s’offre sans pouvoir y accéder complètement. Une voie sans issue ? Ici, dans un « maintien à demeure », Pascal Convert, dispose des cloches quasiment à même le sol, à peine surélevées. Comme « au lieu du repos », en veille, elles semblent témoigner que quelque chose s’est éteint, intérieurement. Coiffées, elles apparaissent telles les casques de la Garde Républicaine, affublées de crinières de chevaux afin de protéger les nuques, du coup de grâce, des sabres. De bronze, elles « de-meurent », lestées, à terre. Disposées en cercle, elles semblent ponctuer un cadrant octogonal d’un temps éternel. Sans aiguille ni trotteuse, le temps ne se compte plus, mais s’ouvre, par les scansions posées, « in-fini-ment ».


En poursuivant l’observation, dans l’axe de 3 fenêtres étroites, 3 cloches de cristal, en transparence posées à même la pierre sur l’établi. Un lai de carreaux en faïence surélevé de 4 étagères en bois, parcourant la pièce entre les fenêtres sur lesquelles 4 petites cloches de cristal. Le motif s’allège et s’élève devenant corps glorieux et la symbolique des chiffres s’en mêle (4) irrésistiblement.
Un cercle lumineux éclaire et préside la scène, flottant et immuable, attestant d’une présence, ancrée dans le vide.

Neuf cloches coiffées dont une centrale, vers laquelle convergent des rainures au sol (5).
La cloche, c’est le rythme du temps, qu’il soit profane et/ou sacré. Ici, tout est arrêté, figé, empêché. Pas de son. Pas, plus de vie (6). Absence de souffle et pourtant un sentiment d’urgence en ré-action : l’action du Ré, de la note qui ne peut être sonnée, de la vie qui s’achève ? Pascal Convert parle de cette salle comme d’une « chapelle de justice ».
Hauteur de l’angoisse d’un côté, hommage apaisé de l’autre, à même le sol.
Il y a entre ces deux dispositifs, une tension extrême invitant à se laisser interpeller, dans le silence intérieur, entre glas et Résurrection.
Un appel à entrer au dehors, à sortir à la vie !
Aude Viot Coster











