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« Dans l’écho sourd des formes en dialogue, en hommage accordé »

Jannis Kounellis et Pascal Convert

Au domaine de Chaumont sur Loire, une nouvelle saison d’art s’ouvre jusqu’au 1er novembre 2026 (1). D’une pièce à l’autre, d’extérieur en intérieur, entre « collections permanentes et collections temporaires », le jeu des formes et des couleurs dialogue dans un fin silence.
Publié le 06 mai 2026
Écrit par Aude VIOT COSTER

En descendant les marches, vers le sous-sol d’une tour, nous nous retrouvons face à une « forêt  cathédrale » de poutres brutes, à-même le sol. Obstruantes dans leur verticalité (2), elles nous  incitent à lever les yeux, à chercher une issue dans les hauteurs et interpellent étrangement notre  regard. Un clocher en sous-sol (!). Une sacrée hauteur, sous plafond bouché, encaissé. Des  cloches immobilisées, arrimées. Même si l’artiste, Jannis Kounellis, affirmait, qu’ici, les cloches ne sont pas prises en vertu de leur référence au religieux, au sacré, il n’empêche qu’elles  le manifestent malgré elles (et malgré lui). La forme ne peut être dissociée de tout ce qu’elle  revêt, explicitement et implicitement. Elle entraîne avec elle, tout ce fond immémoriel,  contenu.

©audeviotcoster
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Élevées, sans envolée possible. Des cloches figées dans leur mouvement de balancier. Il règne  un silence assourdissant. L’heure est-elle grave ? Un sentiment d’absurde, d’étrange flotte au  sein d’éléments familiers, agencés de façon inhabituelle. En levant les yeux, c’est leurs sombres  ouverts (3) qui nous mettent littéralement « sous cloche ». Un appel à sortir monte. 

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Puis, à quelques pas, au bout d’un couloir, une pièce octogonale s’offre sans pouvoir y accéder  complètement. Une voie sans issue ? Ici, dans un « maintien à demeure », Pascal Convert,  dispose des cloches quasiment à même le sol, à peine surélevées. Comme « au lieu du repos », en veille, elles semblent témoigner que quelque chose s’est éteint, intérieurement. Coiffées,  elles apparaissent telles les casques de la Garde Républicaine, affublées de crinières de chevaux  afin de protéger les nuques, du coup de grâce, des sabres. De bronze, elles « de-meurent », lestées, à terre. Disposées en cercle, elles semblent ponctuer un cadrant octogonal d’un temps  éternel. Sans aiguille ni trotteuse, le temps ne se compte plus, mais s’ouvre, par les scansions  posées, « in-fini-ment ».  

©audeviotcoster
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En poursuivant l’observation, dans l’axe de 3 fenêtres étroites, 3 cloches de cristal, en  transparence posées à même la pierre sur l’établi. Un lai de carreaux en faïence surélevé de 4  étagères en bois, parcourant la pièce entre les fenêtres sur lesquelles 4 petites cloches de cristal.  Le motif s’allège et s’élève devenant corps glorieux et la symbolique des chiffres s’en mêle (4) irrésistiblement. 

Un cercle lumineux éclaire et préside la scène, flottant et immuable, attestant d’une présence,  ancrée dans le vide. 

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Neuf cloches coiffées dont une centrale, vers laquelle convergent des rainures au sol (5)

La cloche, c’est le rythme du temps, qu’il soit profane et/ou sacré. Ici, tout est arrêté, figé,  empêché. Pas de son. Pas, plus de vie (6). Absence de souffle et pourtant un sentiment d’urgence  en ré-action : l’action du Ré, de la note qui ne peut être sonnée, de la vie qui s’achève ? Pascal  Convert parle de cette salle comme d’une « chapelle de justice ». 

Hauteur de l’angoisse d’un côté, hommage apaisé de l’autre, à même le sol.  

Il y a entre ces deux dispositifs, une tension extrême invitant à se laisser interpeller, dans le  silence intérieur, entre glas et Résurrection

Un appel à entrer au dehors, à sortir à la vie !

 

 

Aude Viot Coster

Notes

  • (1) Site Domaine de Chaumont sur Loire
  • (2) « Dire vertical, c’est s’opposer », Jannis Kounellis. Cf. sur Youtube : Film Jannis Kounellis Domaine de  Chaumont sur Loire. 
  • (3) L’œuvre de Kounellis est un écho plastique au Cri de Munch.
  • (4) 8 pour l’octogone baptismal et le 8ème jour où tout est accompli, 9 pour la 9ème heure de la mort du Christ, 3 en  référence au céleste, 4 pour le terrestre, 7 pour la perfection, l’achèvement d’un cycle, …
  • (5) Cette pièce souterraine était le lieu du dépeçage et de l’éviscération après la chasse. Les rigoles entrainaient le  sang à se déverser en son centre, son évacuation. 
  • (6) Plusieurs références ici dans cette Tour de Diane, de Poitiers : la cavalière et Diane chasseresse.
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