Heinrich Schütz est né à Gera, une ville située au sud-ouest de Leipzig, en 1585 et est mort à Dresde en 1672. C’est-à-dire que sa pleine activité créatrice s’est déroulée au cours de la guerre de Trente Ans (1618-1648) avec son cortège de violences, de destructions et d’angoisses. Cela nous rapproche de lui.
A cela il faut ajouter les évènements tragiques de sa vie privée : la mort de son épouse Magdalena en 1625 après seulement 6 années de mariage, celle de sa première fille Anna Justina en 1638 à laquelle suivra celle de sa deuxième enfant Euphrosyna en 1655. Que signifie la joie chrétienne pour un homme ainsi éprouvé ? Pourtant sa musique est profondément nourrie de confiance et de paix. La musique pour Schütz n’est pas un art dit d’agrément, elle est une compagne rassurante sur laquelle on s’appuie pour continuer la route malgré tout.
Le motet “Ich will den Herren loben allezeit” “je veux louer le Seigneur en tout temps” est extrait des Kleine geistliche Konzerte – Petit concerts spirituels qui datent de 1639, au cœur des années difficiles de la vie du compositeur.
Le texte de cette page est tiré des premiers versets du psaume 33 (hébreu 34).
Il s’agit d’une page toute simple, presque dépouillée de tout effet, pour une voix soliste et accompagnement d’orgue. Elle se compose d’une succession des premiers versets ponctués du chant de l’alléluia.
Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres.
La chant de l’alléluia conclue ce premier verset.
Je me glorifierai dans le Seigneur, que les pauvres m’entendent et soient en fête.
La musique s’envole deux fois en double croches sur le mot freuen, l’alléluia conclue ce verset.
Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom.
Une belle montée sur seinen Namen son nom, accompagne la prière confiante du compositeur. Puis chante l’alléluia comme dans une alternance liturgique.
Je cherche le Seigneur, il me répond.
Ces mots sont chantés sur une seule note répétée avec insistance, je cherche.
De toutes mes frayeurs il me délivre.
Belle envolée de double croches, image de l’âme libérée des frayeurs. Suit l’alléluia attendu.
Il me sauve de toutes mes angoisses. L’assurance confiante dans le Seigneur se traduit par un double élan de quartes ascendantes toutes confiantes.
Cette page se conclue par un alléluia deux fois plus développé que les précédents.
La façon dont le mot alléluia est mis en musique est révélatrice : la confiance dans le Seigneur n’efface pas les souffrances de la vie : généralement on chante ce mot sur une musique qui s’envole vers l’aigu comme un chant lancé vers le ciel. Ici au contraire, ce mot de louange est retourné vers le grave, comme si le poids des évènements du monde l’empêchait de se déployer librement jusqu’à l’envol final plein de la confiance retrouvée.
Cette musique ne résonne-t-elle pas étrangement avec notre époque ?
Emmanuel Bellanger





