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Au cœur même de la foi chrétienne

« Si le christ n’est pas ressuscité notre prédication est vide, et vide aussi notre foi » (1)
Publié le 01 avril 2026
Écrit par Jeanne Villeneuve
Œuf H30 or fond or – Technique mixte or fond or ©Catherine Arniac.

Le jour de Pâques, les chrétiens célèbrent la Résurrection du Christ, c’est à dire sa victoire sur la mort, élément central de la foi chrétienne.

Alors, pour faire de la traditionnelle chasse aux œufs de Pâques, une véritable fête haute en symboles, nous partirons de l’origine du mot Pâques qui vient du latin : Pascha, qui lui même est issu de l’hébreux : pessah désignant la Pâque juive, célébrant la libération des hébreux de l’esclavage en Egypte, pour aborder Pâques dans les arts. Dans la tradition chrétienne, Pâques célèbre donc la Résurrection de Jésus-Christ survenue trois jours après sa mort, un temps profond de recueillement où la pensée s’élabore et s’ouvre ensuite au monde pour mieux accueillir les souffrances des personnes qui nous entourent. Un autre véritable symbole de Pâques est celui des cloches de nos églises qui s’arrêtent de sonner depuis le Jeudi Saint jusqu’au Dimanche de Pâques. L’histoire raconte qu’elles se rendent à Rome où elles se chargent d’œufs…
Ces œufs à l’honneur à Pâques, peuvent aussi être vus comme une matérialisation du très ancien paradoxe de l’œuf ou de la poule ou répondent à cette question : qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ? Comme les poules sont capables de pondre des œufs amniotiques, la science certifie que l’œuf était bien présent avant l’apparition de la poule, les dinosaures pondaient des œufs, les amphibiens de même. Aristote a d’ailleurs clôt le débat en précisant que : » l’œuf est une poule en puissance ».
Cependant, la tradition religieuse de la Pâques chrétienne et du christianisme adoptera alors l’œuf comme symbole de fertilité, de résurrection et de vie éternelle. Une véritable espérance pour chaque homme. L’œuf de Pâques étant considéré comme l’éclosion d’une nouvelle vie qui célèbre l’arrivée du printemps, autrefois rite éminemment païen, intégré ensuite à la Semaine Sainte. En sortant de sa tombe Jésus a aussi roulé une pierre qui rappelle précisément sous sa forme un œuf. De plus l’œuf, apparemment inerte et inanimé garde une nouvelle vie à l’intérieur. Ce double symbolisme de la pierre du tombeau de Jésus et de la vie cachée prête à s’ouvrir, fait de l’œuf un grand référent pour l’art. 

C’est ainsi qu’à partir du XII° siècle, les œufs seront peints et feront leur apparition  comme un fil rouge dans nos pratiques et qu’ils s’échangeront à l’occasion de la fin du carême, période de quarante jours durant laquelle les chrétiens jeûnent. Ces cadeaux symboliseront aussi la fin des privations de l’hiver : retrait fécond pour habiter nos mondes intérieurs. Ces oeufs pouvaient même devenir de véritables petits chefs-d’œuvre représentant différents sujets religieux. Les chrétiens les décorant souvent de croix ou d’autres symboles. Certains même étaient peints en rouge pour rappeler le sang du Christ. Ce n’est donc pas un hasard si l’œuf a été repris par de nombreux artistes d’aujourd’hui comme protagonistes de leurs œuvres et qu’ils reprennent cette tradition en la réinterprétant, et tant ce sujet de l’œuf est universel, compréhensible de tous, démocratique même.

Une exposition à la Maison des Arcades à Grimaud qui se tient jusqu’au 28 mai, le confirme et met justement en scène l’interprétation d’une artiste contemporaine, originaire de l’Aveyron qui vit et travaille en Arles : Catherine Arniac

Au delà de sa démarche artistique avec une création culte : un œuf qui devient un objet de collection signé, une œuvre d’art à part entière ; l’artiste plasticienne poursuit sans le cacher un objectif assumé : celui de revisiter les œufs du célèbre joailler Pierre Karl Fabergé. La collection d’œufs impériaux russes s’élevant à cinquante-deux œufs : objets précieux qu’Alexandre III Romanov et Nicolas II de Russie offraient en cadeaux à leurs épouses pour la fête de Pâques. Les œufs étaient alors en or, en argent, en platine recouvert de pierres précieuses.  Ainsi, Catherine Arniac élève de son coté, le symbole de l’œuf comme une quête spirituelle et poétique dans l’univers singulier d’une maison de village médiévale grimaudoise avec une présentation presque cosmique d’un oeuf pendu à un long fil de nylon, en métamorphose, comme un cocon de chrysalide tout d’or enveloppé. Décrire l’œuvre de Catherine Arniac reviendrait à évoquer les créations de nombreux artistes qui représentent l’œuf dans leurs œuvres. Mais il faudrait voir ce qu’elle a conçu dans l’ancienne église Saint Laurent à Eygalières ou bien dans la chapelle de la Charité en Arles en 2023 pour être au plus près d’une certaine vérité. En tout cas, elle utilise toujours une technique mixte sur une âme de bois et de mousse expansive avec de l’acrylique or sur des plastiques échauffés et étirés. Les formes sculptées sont recouvertes d’or, parfois les sculptures se transforment en peintures abstraites comme une prolongation de la forme initiale ovoïde. Apparaît de temps à temps de une couleur bleue, rouge, blanche pour évoquer les pierres précieuses utilisées par Fabergé. A Eygalières, on trouve aussi la chapelle Sainte Sixte qui avec les cyprès qui l’encadrent,  compose une des images les plus connues de l’art roman provençale. Les habitants ainsi que les gardians de Camargue s’y rendent chaque année, le mardi de Pâques, avec des arlésiennes en costume colorés et à dos de cheval. Une messe est ensuite dite suivie d’un sermon en langue provençale.
On se souvient ainsi, du  monumental « Monument à l’œuf » de Dali à Portlligat (Cadaquès), de celui de Urs Fischer et de son portrait d’homme camouflé par un œuf dur. C’était aussi un symbole mystique qui fascinait les surréalistes. On connaît aussi le travail d’Abraham Poincheval : l’artiste qui couve des œufs. Il était enfermé dans une boite en plexiglas dans une performance intitulée « œuf » et qui devait durer entre vingt-et-un et vingt-six jours, temps d’une couvaison « classique ».
Ainsi explorer l’œuf de catherine Arniac revient à explorer nos solitudes, revient à interroger nos paradoxes comment une expérience de séparation par l’œuf sorti de la matrice originelle et comment il pourrait se transformer en éclosion vers l’autre ?

Laissons alors la parole à Catherine Arniac dans un texte intitulé : ce qui brille au-delà de l’or. « Mon travail explore la tension entre le visible et l’invisible, révélant ce qui se dissimule sous de multiples peaux. La beauté précieuse et subtile échappe au premier regard. Elle se niche dans les profondeurs, dans les failles de l’âme, dans l’inattendu. Matières recyclées, déchirées, brûlées…Chacune porte une histoire témoignant de la richesse du monde intérieur. L’or, fil conducteur de ma démarche, sublime les cicatrices et interroge ce qui se cache en dessous. Ainsi, j’invite le spectateur à voir « au-delà », à dépasser les apparences pour toucher l’essence même de la beauté. »  

Aujourd’hui les œufs de Pâques sont en chocolat. Cette tradition est récente car les moulages en chocolat ont fait leur apparition durant la première moitié du XIX° siècle et surtout ils sont devenus ressource pour la créativité de certains artistes. Catherine Arniac le propose à la biennale de l’œuf imaginée par Fréderic Bau président de « main de maître ». 

Au fil tendu de l’œuf d’Arniac, se trouve alors parfois le chemin de rencontres au travers d’un espace d’élaboration intérieure ; de la profondeur de l’âme et de la confrontation inédite qui révèlent continuités et ruptures vers l’humilité de la lumière pascale. C’est bien d’une méditation dont il s’agit à contempler silencieusement pour entrer au cœur du mystère pascal. 

 

Jeanne villeneuve

 

Notes

  • (1) Saint Paul (1Corinthiens 15, 14)
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