
Qui suis-je ? Qui est ce « je » ? « Je » du miroir. Quand avons-nous commencé à dire « je » ? Nous étions alors des enfants. Mais qu’est-ce qui déterminait ce « je » ? Ce que nous étions à ce moment-là : un enfant projeté dans l’existence par une hérédité qu’il n’a pas choisie, dans un milieu qu’il n’a pas choisi, parlant une langue qu’il n’a pas choisie, éduqué selon des principes qu’il n’a pas choisis, imprégné des préjugés de son époque, de son pays, de son environnement, sans même avoir choisi ses croyances.
Ce « je » que nous voyons dans le miroir a perduré jusqu’à aujourd’hui : image du passé, plus ou moins actualisée, dans laquelle nous restons pour la plupart enfermés — par nous-mêmes, par les autres, avec la complicité de l’Adversaire qui ne cesse de nous répéter que nous ne pourrons jamais nous libérer de cet être préfabriqué.
La grande tragédie, c’est ce « je » que nous défendons avec tant d’ardeur, ce « je » qui nourrit tous les ressentiments de notre amour-propre. Un « je » imposé de l’extérieur, tissé d’une multitude d’influences, résultat des déterminismes que nous subissons. Notre amour-propre devient alors notre prison — une prison où nous nous asphyxions, devenant les premiers ennemis de notre liberté. Prisonniers du mal, nous trébuchons sans cesse dans les ténèbres de notre être à la recherche d’une issue.
À travers l’expérience de cette œuvre, essayons de trouver cette issue. Essayons de nous libérer de ce « je » qui nous fait face dans le miroir au seuil de la porte, nous empêchant de la franchir. Faisons un pas de côté. Dans ce décentrement, paraît la lumière. Jésus l’affirme: « Je suis la Porte. » Il est le passage vers la Lumière et la Joie. Par le don de sa vie sur la Croix, Jésus montre la voie. Il est le libérateur, mon libérateur.
« Je » disparaît pour renaître par l’Esprit à une nouvelle dimension. Franchir la Porte avec le Christ, notre Sauveur, le suivre et garder les yeux fixés sur le sacrifice de la Croix — lumière au cœur de nos ténèbres et chemin vers la liberté véritable.
En Lui, nous apprenons que la grandeur ultime réside dans l’effacement de soi, que la valeur suprême est dans le don total. Sa dépossession est Chemin vers la Vérité et la Vie. Par cette prise de conscience, par notre abandon en toute confiance, il devient possible — comme saint François et comme tant d’autres saints et saintes, alors affranchis de leurs déterminismes, de franchir la Sainte Porte de la divine pauvreté, là où Jésus nous appelle à une nouvelle naissance. Là où Il nous conduit à la résurrection.

Julien Signolet
Le 19 février 2026
« Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera.» Luc 9.23