Une déambulation nocturne dans l’église Saint-Nicaise, à la seule lueur d’une torche aurait de quoi surprendre. Ici, dans la nef, un émouvant Chemin de croix signé par l’artiste Jean BERQUE, un peu plus loin, au niveau du transept, une Sainte Famille interprétée par Maurice DENIS, le chœur, tout proche, rayonne d’un merveilleux Christ bienveillant, auréolé d’une pluie d’étoiles signé Gustave JAULMES… Ce parcours de découverte et d’émerveillement se poursuit avec un touchant groupe de la Nativité sculpté par le maître de l’atelier de sculpture des Ateliers d’Art sacré, Roger de VILLIERS.
Cette nomenclature disparate d’artistes renommés pourrait faire craindre le pire, une accumulation d’œuvres et de talents sans lien ni rapport…
Patience, le jour se lève ; de l’aube à l’aurore, l’édifice se pare d’une douce lumière dorée émise par les grandes verrières dues au talent du maître-verrier René-Jules LALIQUE.
Alors se révèle, à la mise en lumière, un ensemble d’une grande cohérence malgré sa relative hétérogénéité. Et c’est là, sans doute, qu’il faut apprécier le sens du goût et de l’équilibre de Georges CHARBONNEAUX (1), créateur de cette église et de Jean-Marcel AUBURTIN (2), l’architecte qui l’a réalisée, exprimant en ce lieu un rare sens de l’équilibre et une recherche permanente de l’harmonie au service de la spiritualité.
L’église Saint-Nicaise à l’architecture robuste et rassurante, au centre de la Cité-Jardin du Chemin vert, exerce au cœur de son “village”, une présence bienveillante.
C’est ainsi que Georges CHARBONNEAUX, nourri des valeurs du “catholicisme social”, convaincu que “le beau génère le bien”, a souhaité la réunion, en un même lieu de tous ces grands artistes dans un élan créatif qui, un siècle plus tard, force l’admiration.
.

Jean BERQUE (1896-1954)
Ce jeune artiste rémois, protégé de Georges CHARBONNEAUX, s’il ne réalise pas la décoration de l’église comme espéré, va mettre tout son talent au service d’un Chemin de croix d’une rare beauté. Dans un découpage quasiment cinématographique, il fixe en 14 plans un cheminement résolu, empreint de douceur et de sérénité, mettant au loin la douleur. Cette représentation résolument moderne en 1925 ne sera pas du goût de tous au sein de l’église et il faudra à Georges CHARBONNEAUX et Jean BERQUE s’investir au plus haut niveau pour finalement obtenir raison et permettre l’installation définitive de cette œuvre remarquable.
.





Maurice DENIS (1870-1943)
L’artiste, ami de Georges CHARBONNEAUX, réalise à Saint-Nicaise les deux grandes toiles marouflées des chapelles du transept. Dans la chapelle latérale nord, il peint une Annonciation mettant en scène une Vierge Marie recueillie recevant le message d’un ange très élégant et dynamique qui semble rentrer dans la scène qui se situe en pays toscan.
Lui faisant face, la chapelle latérale sud représente la Sainte Famille, occasion pour Georges CHARBONNEAUX d’affirmer l’importance qu’il donne à la structure familiale et à la présence du père. Ainsi, l’ensemble de la composition s’organise autour de Joseph,
tendre et travailleur, prenant appui sur son établi. Sur la droite, on découvre Jeanne CHATELIN, fille de Georges CHARBONNEAUX avec ses quatre enfants, autre hommage à la famille nombreuse.
.


Roger de VILLIERS (1887-1958)
Directeur de la section sculpture des « Ateliers d’Art sacré”, l’artiste réalise plusieurs sculptures pour l’église Saint-Nicaise : Le bas-relief du maître-autel, représente saint Nicaise portant sa tête après sa décapitation.
Le groupe de la Nativité, ensemble d’une grande beauté et d’une infinie tendresse ; initialement composé de la Vierge et de l’Enfant, c’est dur la demande de Georges CHARBONNEAUX que saint Joseph viendra compléter l’ensemble. Là encore, on voit la volonté de présenter un homme fort et travailleur, hache de menuisier sur le bras comme exemple pour la population du village.
La statue de Jeanne d’Arc, canonisée en 1920, sujet de premier plan dans la statuaire de l’après-guerre. Roger de VILIERS réalise là une sculpture exprimant avec justesse la fragilité en même temps que la résolution de l’héroïne.

Gustave JAULMES (1873-1959)
Fils de pasteur protestant, cet artiste français est représentatif du style néo-classique de la période Arts Décoratifs.
Georges CHARBONNEAUX, à son corps défendant (c’est AUBURTIN qui a fait le choix de JAULMES) , lui confie la décoration générale de l’édifice. Il n’aura toutefois pas à regretter ce choix d’autant qu’il appréciait l’artiste.
C’est le beau Christ bienveillant réalisé au-dessus du maître-autel, dans l’abside en cul-de-four qui retient Immédiatement l’attention. Traité dans le mode byzantin,
le Christ s’inscrit dans un rayonnement doré sur fond bleu éclatant, constellé d’étoiles, image de la toute-puissance divine.
Les quatre piliers au droit de la tour lanterne se parent de remarquables anges dorés, fins et longilignes, prenant appui sur des nuages étoilés.
Les ailes déployées des anges aboutissent à quatre niches ornées de peintures représentant le Tétramorphe, symbole des quatre évangélistes, Mathieu, Marc, Luc et Jean.
.

René LALIQUE (1860-1945)
Georges Charbonneaux, ami de René Lalique était grand amateur et collectionneur de ses œuvres. La réalisation des verrières de Saint-Nicaise constitue une première dans le travail de l’artiste, lui permettant d’aborder le domaine religieux.
L’architecte Auburtin avait imaginé en 1923, des verrières comportant en motif central une croix, diffusant une lumière rayonnante.
Le motif de l’ange, sans doute proposé par LALIQUE, le fut peut-être en hommage à la légendaire figure de l’Ange au sourire de la cathédrale, créant ainsi le lien entre les deux édifices. L’ensemble des verrières, réalisé selon la technique du verre moulé-pressé, dans l’usine de Wingen-sur-Moder, en Alsace, fut installé en 1926.
Dominique Potier







