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Ouvrage: Sainte Face, visage de Dieu, visage de l'homme dans l'art contemporain

Publié le : 4 Février 2016
Cet ouvrage regroupe les actes d’un colloque universitaire organisé par l’Ecole pratique des hautes études (groupe HISTARA) et l’université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il s’agit d’explorer la fécondité de la création artistique à partir de la Sainte Face, de comprendre la fascination des artistes pour le Visage, pour tout visage.

Sous le titre Entre la gloire et la croix : postérité de la Sainte Face dans l’art des 19ème et 20ème siècles, Isabelle Saint-Martin pose les jalons fondamentaux qui permettront au lecteur d’entrer dans la démarche proposée. Comment est on passé de l’interdit biblique des images à la représentation du Dieu incarné en Christ, et plus particulièrement de son visage à partir de deux objets fondateurs : le mandylion du roi Abgar et le voile de Véronique, image recueillie sur le visage du Christ au cours de sa Passion, telle est la question posée.

La notion essentielle de trace permet de comprendre le noyau du livre : trace du visage du Christ, trace du visage de l’homme, modèle de toute trace sur laquelle se lit le mystère de toute vie. Ainsi seront explorées toutes les recherches, les fascinations, les souffrances, les doutes, les détournements de cette image : toute face humaine porte les stigmates de la souffrance.

Les chapitres successifs présentent un aspect de cette question si complexe, soit du point de vue de l’histoire de l’art, de l’anthropologie ou de la théologie, ces approches s’enrichissant l’une l’autre.

François Boespflug s’arrête sur l’œuvre de Georges Rouault en parcourant à grands traits sa carrière à la lumière de ses Saintes Faces.

C’est à partir de la notion d’empreinte que Paul-Louis Rinuy cherche à comprendre l’œuvre de Manessier, à la limite du figuré et du non figuré, pour approcher « l’irreprésentable visibilité du Divin ».
Maurice Denis s’impose sur ce thème de la Sainte Face : Laurence Danguy, en décrivant la progression de la création de Denis, d’une représentation volontairement floue vers plus de  précision, discerne comment la représentation du Christ est vécue comme reflet de ses joies et de ses peines. C’est sa propre intimité avec le Christ que sa peinture traduit.

Une deuxième partie de l’ouvrage aborde un autre aspect de la question : non plus la recherche du visage du Christ, mais la représentation de l’artiste lui-même en Christ.
A partir du célèbre autoportrait de Dürer en Christ, peinture plusieurs fois évoquée dans ce livre, quel sens donner à ces interprétations de son propre visage ? Fascination, dérision, aspiration, souffrance, solitude, échec… Ainsi Alain Bonnet évoque-t-il Adolf Menzel, Rudolph von Alt, Georges Grosz, mais aussi Gauguin, Courbet ou Van Gogh.
L’autoreprésentation de Courbet dans le Christ à la pipe est analysée par Ségolène Le Men : l’homme traverse une période sombre de sa vie…

Jérôme Cottin propose un parcours très documenté à travers l’œuvre d’artistes contemporains qui se sont livrés à cet exercice : se représenter en Christ. Repartant de la Vera Icona et de l’autoportrait de Dürer, il examine comment cette image est reprise par les artistes tels que James Ensor qui se comparait au Christ, Alexej Jawlensky qui mêlait image humaine et image divine, Arnulf Rainer où mort et vie se rencontrent, Olivier Christinat se représentant en Christ sans visage car Dieu ne peut se voir. La contribution de Jérôme Cottin s’étend aux arts du spectacle et au cinéma, ce qui n’est pas un des moindres intérêts de ce chapitre.

La troisième partie de ce livre s’intitule « Regards contemporains : visage du Christ entre figure et abstraction. »
Sylvie Barnay donne une analyse passionnante de l’œuvre de Sarkis en la rapprochant de celle Grünewald, comme l’a proposé une installation au musée de Colmar : la photographie, et ici son négatif comme révélatrice d’une « image véritable » de « Dieu en l’homme ».
Arnulf Rainer cherche la vérité de l’image dans ce qu’elle cache, à l’image du palimpseste, comme l’analyse Paul-Louis Rinuy.

Que représente-t-on dans les images de Jésus ? Un homme, un Dieu ? Que voit-on dans ce visage ? L’homme ne se voit-il pas lui-même dans le visage de l’autre ? Le propos se développe autour de trois paradigmes : théologique, photographique, mystique.

On peut être surpris de la contribution de Caroline Lévisse : « la dimension acoustique de la Sainte Face ».  Il s’agit de l’œuvre extraordinaire de Claude Mellan, faite d’un unique tracé en spirale, œuvre du 17ème siècle, et de sa relecture par Leif Eilggren : ente symbolique et mystique, une analyse très intéressante.
Emmanuel Saunier offre une sorte de respiration au cœur du livre : avec son langage d’artiste il évoque sa propre recherche.
Denis Monfleur explique à Paul-Louis Rinuy son travail sur les têtes, pas seulement les visages.
Itzhak Goldberg amorce dans sa contribution le retour du livre vers la question de la représentation vue du côté de la tradition juive.

La dernière partie de cet ouvrage élargit le sujet au cinéma et à la photographie. Le sujet n’est plus seulement la représentation du visage du Christ, mais du linceul, du voile.
Valentine Robert propose un parcours à travers la création cinématographique ou se manifeste ce « jeu » permanent d’apparition et de disparition du visage du Christ. Où l’on découvre que l’écran devient la toile sur laquelle s’imprime de Visage.
Philippe Kaenel présente les aventures et détournements de la Véronique dans l’art de la photographie.

Il revient à François Soulages de conclure philosophiquement et théologiquement. Que représente-t-on dans les images de Jésus ? Un homme, un Dieu ?
Que voit-on dans ce visage ? L’homme ne se voit-il pas lui-même dans le visage de l’autre ? Le propos se développe autour de trois paradigmes : théologique, photographique, mystique.
Comme il se doit, un colloque se conclut en ouvrant de nouvelles perspectives : Jean-Michel Leniaud en propose en considérant l’évolution de l’art vers l’abstraction pure de la part d’artistes « mystiques » comme Kandinsky ou Mondrian. Irait-on vers une représentation non figurative du Visage, d’une vision apophatique, qui se présenterait comme la négation de ce qu’elle voudrait montrer ?

Comment comprendre cette permanence de la représentation de la Sainte Face et le refus de toute expression religieuse ?
Voilà un livre fondamental sur ce sujet, qui donne à la fois des informations nombreuses, des clés de compréhension et des outils de réflexion.  Un ouvrage incontournable.

Emmanuel Bellanger  
 


Sainte Face
Visage de Dieu,
visage de l’homme

dans l’art contemporain.
Sous la direction de Paul-Louis Rinuy et Isabelle Saint-Martin
Presses universitaires de Paris – ouest 2014
290 pages. 30 euros

Plus d'informations http://presses.u-paris10.fr

pour commander l'ouvrage http://presses.u-paris10.fr

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