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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

La croix dans l’art; scandales ou Scandale ?

Publié le : 2 Février 2017
Dans l’histoire de l’art, beaucoup d’œuvres représentant la crucifixion du Christ ont créé le scandale, plus particulièrement auprès du public chrétien. Le support des œuvres sont divers; sculptures, peintures, vidéos, performances…., les causes du scandale varient; nudité du Christ, représentation d’un corps souffrant, technique de création choquantes… Il n’en reste pas moins que les caractéristiques du scandale au sens courant du terme restent les mêmes ; « l’œuvre est considérée comme contraire à la morale, aux usages, et produit un effet fâcheux, choquant, auprès du public » (1).

La plupart du temps, les œuvres dites scandaleuses sont perçues, selon les chrétiens, à contre-courant de la représentation traditionnelle du Christ en croix. Ce qu’offre à voir l’œuvre peut alors être considérée comme une provocation voire comme une offense à la personne du Christ.

Piss Christ, 1987, Andres Serrano, photographie

Le scandale du Piss Christ d’Andres Serrano (1987) fait partie de ces œuvres ayant provoqué cet effet auprès du public chrétien. L’œuvre principalement par son processus de création et par le titre donné, a fait scandale, le dernier datant d’avril 2011 dans le cadre d’une exposition « Je crois aux miracles » à la galerie Yvon Lambert à Avignon. L’œuvre est une photographie cibachrome, présentant un crucifix en bois et plastique, objet de série, baignant dans une atmosphère fluide. Le  liquide utilisé contient l’urine et le sang de l’artiste. La croix est vue de ¾ par la gauche et fait figurer un Christ légèrement de profil et tête penchée vers le bas.

Crucifix, Michel-Ange, bois peint 142 × 35 cm. Eglise Santo Spirito, Florence

Nombreuses autres œuvres ont provoqué des scandales auprès des chrétiens tout au long des siècles. Le christ de Michel-Ange dans la basilique de Santo Spirito à Florence avait été représenté entièrement nu (date) et avait créé un tollé il y a 5 siècles. De la même manière, le Chris expressionniste, sans visage de Germaine Richier, créé en 1952,  dans l’église du plateau d’Assy avait également provoqué un conflit profond, la « Querelle de l’art sacré ». Bien d’autres œuvres encore dans l’histoire de l’art, qu’elles soient dans un contexte de commande d’église ou dans le milieu artistique ont dans leur représentation du Christ crucifié créé ainsi la surprise et le choc.

Christ, Germaine Richier, 1949

Nous abordons là le cœur de notre problématique, que le théologien Jérôme Alexandre  formule très bien :
« Changer la représentation du Christ crucifié et provoquer ainsi la surprise ou le choc est-il plus scandaleux que de ne plus la voir à force de la contenir par dévotion dans ses standards formels et son espace réservé ? (…) Que révèle l’offense ? La mauvaise intention de l’offenseur ? La fragilité de l’offensé ?(…) » (2)

Ainsi, le 1er effet provoqué par le Piss Christ ouvre à 1er degré de scandale : la surprise, le choc…. mais en réalité il ouvre à un scandale plus profond qui réinterroge le chrétien sur le mystère de la croix. En effet, la conséquence du scandale induit en réalité une autre forme de scandale, celui du scandale de la croix. Ces œuvres d’art nous permettent de découvrir en quoi, par leur effet scandaleux, elles révèlent d’autant plus le scandale de la croix.

Détail du retable d’Issenheim, Matthias Grünewald, 1512-1516, exposé au musée Unterlinden de Colmar

Ce langage de la croix  fonde son sens théologique sur le discours de St Paul aux Corinthiens dans Corinthiens 1, 22-23 : «  Nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens ». Le scandale visé ici est le scandale de Dieu fait homme pour nous sauver du péché, le scandale de la croix tuant un innocent.
Jérôme Alexandre poursuit « Le scandale n’est-il pas justement d’être chrétien ? Nul ne peut faire du « scandale de la Croix » selon l’expression forte de St Paul, un symbole, un objet identitaire, une marque déposée qui voile le scandaleux de cette représentation trop familière. ».

Gardons-nous bien de poser un jugement sur ce que ces œuvres provoquent en nous. Mais il me parait nécessaire et juste, de sans cesse s’interroger sur la manière dont les artistes, à travers leurs œuvres, nous bousculent et nous amènent à opérer des déplacements intérieurs, parfois vécus comme de véritables conversions.

Pieta, Paul Fryer, cathédrale de Gap, semaine sainte, 2009

« Le scandale, ce n’est pas le Christ assis sur une chaise électrique. S’il était condamné à mort aujourd’hui, on utiliserait les instruments barbares pour donner la mort qui ont encore cours dans certains pays. Le scandale, c’est notre indifférence devant la croix du Christ » a notamment expliqué l’évêque de Gap et d’Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Maud de Beauchesne, responsable du Département Art Sacré de la Conférence des évêques


1. Petit Robert 2007
2. Scandale de la Croix et croix scandaleuses, Revue Arts sacrés n°10 

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