Aller au contenu. | Aller à la navigation

narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Eglise priorale Notre-Dame de l’Assomption à Voulton (Seine-et-Marne)

Publié le : 20 Juillet 2018
Non loin de Provins en Seine-et-Marne, le petit village de Voulton abrite la stature haute de l'église d'un ancien prieuré. Notre-Dame de l'Assomption dévoile son architecture dépouillée, et la belle pierre blanche, qui fut utilisée pour sa construction au tournant des XIIe et XIIIe siècle, rehausse la pureté et la luminosité. Portrait long d'un édifice dans toutes ses dimensions...

église priorale Notre-Dame de l'Assomption de Voulton, vues extérieures et intérieures © photo : IRC / GO69 / Christian Prunier

Précédée d’un petit enclos de pierres sèches où se dresse un monument aux morts témoin du lourd tribut payé par la commune pendant les deux conflits mondiaux, l’église paroissiale de Voulton surprend par sa taille imposante et par sa noblesse au centre de ce petit village de 340 habitants situé en rase campagne, à 8 km au nord de Provins en Seine-et-Marne. Classée Monument historique par Prosper Mérimée dès 1840, elle a été  analysée avec enthousiasme par Francis Salet* qui la tenait en haute estime .

Bien intégrée parmi les maisons et les fermes rudement bâties dans la riche plaine de la Brie champenoise, sa solidité calmement arrimée dans la terre briarde et son austérité sans raideur la désignent comme un pur produit du génie chrétien du lieu. Son clocher trapu ne dépasse pas de beaucoup la hauteur des constructions alentour. Pourtant son élévation et la finesse de sa silhouette allongée, soulignées par les toitures en tuiles, signalent  dès l’approche la rareté du bâtiment.

Un style architectural épuré

Passée la grille basse ouvrant sur l’enclos qui fait office de narthex, le visiteur est accueilli par trois portails monumentaux flanqués de colonnes à chapiteaux et l’ensemble est surmonté d’une haute fenêtre ouverte dans le pignon. Le tympan est nu. La porte s’ouvre largement, invitant à descendre trois marches dans la pénombre. Le regard est alors immédiatement attiré vers les voûtes inondées de lumière. L’église apparaît dans sa totalité et sa pureté, la pierre blanche des murs dépouillés, caressée par la lumière venant des hautes fenêtres du chœur et de la nef, ainsi que du bas côté nord - le bas côté sud, mitoyen de l’ancien cloître, étant aveugle. La cohérence et la force qui se dégagent de l’espace construit entre 1180 et 1220 coupent le souffle. La pureté du dessin, la justesse des proportions, la vigueur de la sculpture des chapiteaux, la rigueur de toute la construction laissent l’impression d’une œuvre sans défaut.

L’église présente un plan d’une belle simplicité : trois vaisseaux terminés par des absides rondes ouvrent vers l’est, celle de la nef étant beaucoup plus longue que les deux latérales (comme les trois doigts de la main du Christ enseignant sculpté à la clef de voûte du chœur). Aucun transept, aucune chapelle, aucune adjonction ultérieure ne vient rompre l’alignement des bas-côtés. Le chœur de l’église s’étend sur le tiers oriental de la longueur : il comprend l’abside voûtée de huit branches d’ogives et une triple travée couverte d’une seule grande voûte octopartite, citée dans tous les manuels d’architecture médiévale, dont les nervures retombent sur quatre piles fortes encadrant quatre piles faibles.

détail de la clé de voûte, Christ bénissant © PHOTO : GO69

Cette particularité ne se retrouve en France qu’à l’église voisine de Saint-Quiriace, à Provins, avec laquelle les historiens de l’art relèvent d’autres points communs remarquables. La nef se divise en trois travées carrées couvertes de voûtes d’ogives. Celle qui précède le chœur sert de base au clocher. Entre deux piles fortes qui soutiennent arcades, ogives et doubleaux, s’intercale une pile faible qui, du côté de la nef, ne porte que les arcades. Il y a dans les collatéraux deux fois plus de travées que dans la nef. Etablies sur plan carré, elles sont voûtées d’arêtes comme les absidioles qui les terminent. La travée centrale du chœur, qui en comprend trois, est ornée de chaque côté d’une double niche percée au-dessus de l’arcade.

Les archéologues relèvent à l’examen deux campagnes de construction : le chœur et la travée sous le clocher, ainsi que les bas-côtés leur correspondant, ont été construits au XIIe siècle, le reste de la nef n’a été monté qu’au début du XIIIe siècle après le voûtement du chœur. Toutefois, pendant les quarante ans qu’ont duré les travaux, on a gardé le même parti général, les mêmes structures des voûtes et la même décoration du bâtiment, ce qui révèle la volonté très nette de l’architecte de garder à l’édifice son unité dessinée au XIIe siècle.

Plus de 800 ans d'histoire

Dès 1180, en effet, l’un des seigneurs de Voulton, Raoul Chevalier, possesseur de revenus considérables, enrichit le petit prieuré fondé et construit en 1087 par Raynaud et sa femme Odeline, d’une insigne relique, un riche et précieux crucifix qu’il rapportait de Palestine et qui contenait un morceau de la Vraie Croix.

Vingt ans plus tôt, Henri le Libéral, de retour de la croisade, avait lancé à Provins la construction de l’église Saint-Quiriace, intimement liée à l’invention de la Vraie Croix par sainte Hélène grâce à la complicité de ce noble Juif bientôt converti au christianisme sous le nom de Quiriace. La proximité architecturale des deux églises se double donc de leur proximité spirituelle. Attirés par la relique, les pèlerins affluèrent à Voulton, apportant des offrandes qui, s’ajoutant aux dons des seigneurs, permirent de bâtir l’édifice que nous admirons aujourd’hui. Quelques religieux, chanoines réguliers de Saint-Augustin venus de l’abbaye d’Essomes près de Château-Thierry, officiaient dans l’église et desservaient la paroisse.

Les guerres de religion apportèrent leur lot de destructions, incendiant le clocher et le prieuré mitoyen, ne laissant à Voulton qu’un religieux pour assurer le service paroissial. Comble de malheur, la relique de la Vraie Croix fut volée, retrouvée plus tard mais jamais restituée. Le prieuré cessa d’exister en 1755 et l’église, abandonnée pendant la Révolution, menaça bientôt ruine. En 1839, l’administration décida de démolir le sanctuaire pour consolider la nef. Mgr Allou, évêque de Meaux, et le sous-préfet de Provins, M. Vallon, empêchèrent cette mutilation et obtinrent le classement de l’édifice en 1840. Les travaux de restauration lui rendirent sa splendeur primitive sans rien changer à ses dispositions d’origine. Aujourd’hui on peut admirer dans sa pureté première un édifice qui, par la beauté de ses proportions, la franchise de son parti, l’efficacité et la beauté de sa construction compte parmi les réussites les plus achevées  du premier art gothique.

Vitraux contemporains du choeur © PHOTO : IRC
Un édifice à préserver

Grâce aux soins diligents des habitants de Voulton, l’église est en excellent état de conservation, ouverte aux visiteurs et aux fidèles toute la journée, tous les jours de l’année, ce qui mérite d’être souligné et grandement salué. Cependant les fenêtres ont besoin d’être réparées, de nombreux verres losangés ou chevronnés étant  brisés. C’est pourquoi l’église est inscrite sur la liste Bern du patrimoine à sauvegarder (voir ci-dessous). La Municipalité a fait une demande de travaux à la DRAC afin de restaurer les verres qui diffusent une douce lumière dans l’ensemble du bâtiment, mais la part des travaux restant à sa charge est considérable et lourde à assumer pour une très petite commune, d’autant que l’architecte en chef a amené la Mairie à accepter la création de vitraux artistiques dans les trois fenêtres d’axe, les deux du chœur et celle du pignon ouest.

Le chœur est donc doté depuis 2017 de deux vitraux contemporains, confiés à une jeune manufacture de Troyes : une grande traînée rouge sang raye les fenêtres de haut en bas, entourée d’un halo jaune sur un fond blanc laiteux animé de vagues. Le tout dans un quadrillage de fers épais. Faut-il y voir une allusion à la Plaie du Christ en Croix dans la lumière de la Résurrection ? 

Le projet a malheureusement fait l'objet d'une concertation inégale des instances en présence ayant en principe autorité dans ce type de chantier, et le résultat final souffre d'un déséquilibre, par les matériaux choisis, par le style du dessin et par la taille des fers, qui rend son intégration difficile dans la vitrerie de l’ensemble de l’église. Espérons que la réalisation du dernier vitrail, au-dessus du portail, aura lieu dans un contexte plus favorable, et que cette superbe église, ayant retrouvé ses verres translucides et peut-être aussi un sol en meilleur état, sera visitée d’un nombre croissant d’admirateurs en quête de sens et de beauté.

 

Isabelle Renaud-Chamska

 

* Francis Salet, 1909-2000, historien de l’art notamment médiéval, inspecteur général des Musées, membre de l’Institut, président de la Société française d’archéologie, a consacré sa thèse de l’Ecole des Chartes à l’architecture religieuse dans le comté de Brie du XIe au XVIe siècle. Notre présentation de l’église de Voulton s’appuie sur son article : Francis SALET, « Voulton », Bulletin monumental CII, 1944, 91-115.

La « mission Bern »

En septembre 2017, l’animateur de télévision et de radio Stéphane Bern, se voit confier la mission d’identifier, avec l’appui des structures existantes et de la mobilisation citoyenne, les sites patrimoniaux en péril sur tout le territoire français. Une liste de 251 monuments a été établie, qui seront aidés en priorité pour l’année 2018, grâce à deux projets principaux de financement : le Loto du Patrimoine (vendredi 13 septembre 2018) et la grande souscription nationale avec la Fondation du Patrimoine.

Découvrir la liste des 251 monuments en péril

Soutenir la restauration du patrimoine français

Mots-clés associés :
Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les commentaires sont modérés.

Question: 4 + 4 ?
Your answer:
Recherchez sur le site