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La Sainte-Chapelle de Paris, l’éclat retrouvé des vitraux

Publié le : 16 Février 2016
Après une remarquable campagne de restauration qui aura duré six ans, la Sainte-Chapelle célèbre en 2015 l’éclat retrouvé de ses vitraux. Ce grand chantier fait suite aux restaurations réalisées entre 1970 et 1986 sur les verrières du flanc sud puis entre 1999 et 2007 sur les baies du chœur. Conduite par le Centre des Monuments Nationaux et bénéficiant du mécénat exceptionnel des Fondations Velux, cette opération a permis de restaurer sept verrières situées sur le flanc nord datant du XIIIe siècle, les maçonneries qui les entourent mais aussi la grande rose occidentale du XVe siècle.

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Une mise à l’honneur particulière

 

 

Démontés, photographiés, répertoriés, les panneaux ont été ensuite restaurés dans les ateliers de vitraillistes à Chartres, Tours et Poitiers. Afin de protéger les vitraux de manière durable, l’ensemble a bénéficié d’un procédé préventif de conservation avec la pose d’une verrière de doublage protectrice. Désormais, les visiteurs peuvent admirer à nouveau ce chef-d’œuvre qui nous conte l’histoire de l’humanité de la Genèse à la Passion du Christ, le tout magnifié par la lumière du soleil.

 

La Sainte-Chapelle, XIIIe siècle, île de la Cité (dans l’enceinte actuelle du palais de justice) © JP Delagarde/CMN

Joyau de l’architecture gothique, la Sainte Chapelle est un lieu incontournable du paysage parisien

Le roi Louis IX décide en 1241 de construire cet immense reliquaire pour accueillir en son sein le trésor des reliques de la Passion acquis à Constantinople : parmi elles, la couronne d’épines du Christ et deux fragments de la Vraie Croix.

Œuvre de piété, œuvre de prospérité, mais aussi œuvre politique, ce monument n’est pas destiné à devenir un sanctuaire ou un lieu de pèlerinage mais une chapelle à usage privé et privilégié dans le cadre du Palais Royal de la Cité au XIIIe siècle. Le maître d’œuvre de l’édifice a longtemps été associé à Pierre de Montreuil, dont on est certain qu’il a conduit les travaux du transept de Notre-Dame de Paris à partir de 1258 ; mais en l’absence de documents d’archive sur la construction de la Sainte Chapelle, cette hypothèse est aujourd’hui abandonnée.

A la lumière de la Passion

Outre le travail remarquable d’un architecte, la majesté du lieu est aussi tributaire des peintres verriers, qui dévoilent toute leur virtuosité dans les grandes verrières de la chapelle haute. Saint Louis a voulu inscrire dans la lumière et de manière pérenne, une réflexion sur la passion du Christ dans la lignée des courants de pensée théologique des ordres mendiants ; mais c’est surtout l’occasion pour lui de se situer dans la lignée des rois vétérotestamentaires.

Pas moins de quinze verrières illustrent ainsi des scènes bibliques allant de la Genèse à l’Apocalypse autour de l’épicentre qu’est le vitrail de la Passion. Avec la verrière des Reliques, Louis IX est le dernier des rois bibliques, le vicaire du Christ sur terre qui a pour rôle d’accompagner son peuple jusqu’à la fin des temps. Au fil des décennies, princes et rois s’inspirèrent de la Sainte Chapelle pour créer d’autres chapelles princières dont on peut citer quelques exemples : la Sainte Chapelle de Vincennes à l’initiative du roi Charles V, ou encore celle du palais ducal de Riom par Jean Ier de Berry.

© Franck Badaire/CMN

Il y a plus d’un siècle, l’abbé Suger initiait les recherches sur la lumière et les possibilités techniques de la faire entrer dans le sanctuaire ; l’architecture gothique atteint désormais un moment charnière de son évolution, avec le développement du style dit rayonnant. La Sainte Chapelle en est un des exemples les plus aboutis. Les épais murs de pierre du gothique classique laissent place aux verrières monumentales de quinze mètres de hauteur : avec la répartition des poussées sur les voûtes d’ogive, l’élargissement considérable des surfaces vitrées permet aux décors d’occuper une place de choix.

Bien que les restaurations du XIXe siècle aient largement perturbé la disposition originelle des vitraux, l’existence d’un « style Sainte Chapelle » du XIIIe siècle est incontestable.  Il est caractérisé par des proportions humaines élancées, une répétition des mêmes gestes, une disposition reconnaissable et stéréotypée des plis des vêtements, mais aussi des éléments de décor végétaux très répétitifs et identiques. Quant à la rose occidentale, elle est la pièce maitresse des modifications apportées à l’édifice au XVe siècle sous l’impulsion de Charles VIII. Ses développements typiques du gothique flamboyant donnent à admirer les nombreuses scènes de l’Apocalypse de saint Jean.

1. Les sept églises et Jean entourent le Christ

La rose de la  Sainte-Chapelle illustre l’Apocalypse,  vision symbolique des temps futurs attribuée à l’apôtre saint Jean est le point d’orgue de l’ensemble iconographique de la Sainte-Chapelle. Placée à l’ouest, face au couchant, elle nous rappelle la fin des temps. Remplacée au temps de Charles VIII, dans la dernière décennie du XVe siècle, son traitement stylistique est assez différent des verrières du XIIIe siècle. Elle se compose de six grands fuseaux qui rayonnent autour d’un oculus central bordé de six lobes.

Au centre de cette rose, dominant l’ensemble du programme iconographique, trône le Christ en majesté. Désigné « Fils d’homme » dans l’Apocalypse,  le terme rappelle que Jésus est descendu du ciel, qu’il est le Fils de Dieu fait homme. Saint Jean, visible au pied du Christ, comme prostré, est enroulé dans un grand manteau rouge, la partie inférieure de son corps occupe un des lobes. Dans les autres sont représentés les sept Eglises où se positionne un ange à chaque entrée.

Tous les détails mentionnés par saint Jean dans l’Apocalypse  se retrouvent dans l’oculus central : les sept lampes d’or évoquant les sept Eglises, la ceinture d’or, les cheveux blancs, les sept étoiles dans la main droite symbolisant les anges des sept Eglises, le visage brillant comme le soleil. L’épée sortant de la bouche, à double tranchant, évoque la Parole du seigneur ; c’est le jugement par lequel le Fils de l’homme sépare le mal et le bien, les ténèbres et la lumière.

© Patrick cadet/CMN

2. Les vieillards désignent Dieu

Saint Jean ne mentionne qu’implicitement la présence de Dieu dans cette scène, qu’il désigne comme étant « Celui qui siège sur le trône » (Apocalypse, 4, 10). Ce sont les vingt-quatre vieillards  couronnés autour de lui qui le nomment : « Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance ». L’espace accordé à cette scène au sein de la rose ne permet pas de représenter tous les vieillards, mais la symbolique est équivoque : tournés vers Dieu, vêtus de blanc quelques-uns d’entre eux jouent de la cithare, qui accompagne leur chant.

La richesse des détails de leurs vêtements, de leurs couronnes et de leurs instruments témoigne de l’exceptionnelle qualité de ce vitrail du XVe siècle. Au-dessus des vieillards sont les quatre figures du tétramorphe : l’Homme, le Lion, le Taureau et l’Aigle, ainsi que les sept lampes qui brûlent devant le Trône. Au centre, le fond rouge met en valeur la figure de Dieu en majesté : il bénit, et son visage est serein ; il tient de sa main gauche le Livre scellé de sept sceaux. Cette scène est en quelque sorte, le calme avant la tempête, avant que l’Agneau ne prenne le Livre pour en ouvrir les sceaux et déclencher les Jugements de Dieu. S’ensuivent alors les sept Trompettes et les sept Coupes avant le Jugement Dernier.

© Bernard Acloque/CMN

3. La Jérusalem céleste

Le récit de la rose s’achève sur la vision de la Jérusalem céleste, la demeure de Dieu, la cité idéale où se retrouveront les croyants pour l’éternité après le déchainement de l’Apocalypse.

Symbolisée par un petit édifice de pierre composé d’or et de pierreries, la cité sainte descend parmi une nuée bleue symbolisant le ciel. Devant chaque porte, douze au total, représentant les douze tribus d’Israël, des anges montent la garde. Au sommet, comme un point final, l’Agneau nimbé domine la cité céleste. Après les luttes, Jésus apparait comme le Sauveur, celui par qui la vie éternelle est enfin possible. La victoire finale est désormais acquise.

© PATRICK CADET/CMN

La Source biblique  

« Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises, à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie, et à Laodicée. » Je me retournai pour connaître quelle était la voix qui me parlait. Et, après m'être retourné, je vis sept chandeliers d'or, et, au milieu des sept chandeliers, quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme, vêtu d'une longue robe, et ayant une ceinture d'or sur la poitrine. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige; ses yeux étaient comme une flamme de feu; ses pieds étaient semblables à de l'airain ardent, comme s'il eût été embrasé dans une fournaise; et sa voix était comme le bruit de grandes eaux. Il avait dans sa main droite sept étoiles. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants; et son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant: Ne crains point. Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles.» (Apocalypse 1 – 9.20)

Situation

Construite au XIIIe siècle dans l’enceinte du Palais de la Cité, alors principal lieu de résidence de saint Louis avec Vincennes, la Sainte-Chapelle vient remplacer l'ancienne chapelle Saint-Nicolas. Située en vis-à-vis de Notre-Dame sur l’Ile de la Cité, la symbolique était forte ; la cathédrale, siège de l’évêque symbolise le pouvoir spirituel tandis que le Palais de la Cité représente le pouvoir temporel. La Sainte-Chapelle est aujourd’hui enserrée dans le palais de Justice de Paris et constitue l'un des derniers vestiges du palais de la Cité avec la Conciergerie. C’est aujourd’hui le troisième monument du Centre des monuments nationaux le plus visité après le Mont Saint-Michel et l'Arc de triomphe de l'Étoile.

Sainte-Chapelle
8 boulevard du Palais
75001 Paris
T 33 / (0)1 53 40 60 80
http://http://sainte-chapelle.monuments-nationaux.fr/sainte-chapelle.monuments-nationaux.fr/


Caroline Becker et Laura Hamant
pour « La Bible des pierres », Le Monde de la Bible n°215 – décembre 2015


Cet article a été rédigé dans le cadre du partenariat établi entre Narthex et la revue papier Le Monde de la Bible. Cette revue trimestrielle a confié à Narthex le soin de nourrir la rubrique « La Bible des pierres » depuis décembre 2015.

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