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Ouvrage: l'architecture et les arts sacrés de 1945 à nos jours

Publié le : 19 Janvier 2016
Voici un ouvrage qui devrait rendre d’éminents services à tous ceux qui sont concernés par la question de l’entretien, de la restauration, de la construction ou même du devenir des églises. Une somme d’informations livrées dans un parcours historique depuis 1945 jusqu’à nos jours permet de comprendre les évolutions sociologiques et artistiques qui ont conduit l’Eglise à chercher de nouvelles réponses.

Christine Blanchet et Pierre Vérot viennent de publier Architecture et Arts Sacrés de 1945 à nos jours.

L’heure est sans doute venue de parcourir ces soixante-dix années de créations et de renouvellements. Ce n’est pas le plus mince mérite des auteurs de risquer une lecture qui s’aventure jusqu’à nos jours, alors que nous savons combien il est difficile de porter un regard synthétique sur des jours dans lesquels nous sommes immergés.

Cet épais volume s’articule en trois grandes parties :

         1°  Architecture des églises à la conquête de nouvelles formes : 1945/1985
         2° Les arts plastiques dans les églises : débats et réalisations : 1945/1980
         3° Aux confins du sacré. Regain d’intérêt dans le monde artistique et architectural

La première partie dresse le bilan de la situation au sortir de la guerre pour dessiner les grandes lignes des évolutions indispensables. La Reconstruction ne concerne pas que les édifices ; les pasteurs prennent conscience de la nécessité de revoir leur mission dans la société en pleine transformation et en conséquence l’architecture des églises. A partir du constat sociologique et religieux, cette partie décrit les évolutions dans les formes architecturales, les expériences, les institutions, les débats sur la place de l’Eglise dans le monde et donc sa visibilité (cités ouvrières, quartiers neufs, lieux de passage). Le Concile Vatican II porte aussi des fruits architecturaux et artistiques dont on perçoit les prémices dans l’histoire de ces décennies qui ont suivi la guerre. 

La deuxième partie est consacrée plus directement aux questions esthétiques et à leur rapport à la foi dans ses diverses manifestations publiques, la liturgie, la place de l’image, la non-figuration, le dialogue avec les artistes, l’autonomie de l’art. Le parcours effectué jusque-là permet de mettre en perspective les travaux des Pères Couturier et Régamey et d’en goûter les fruits.
Le rôle de l’Etat, sous l’impulsion première d’André Malraux et des institutions qui naîtront de son action permet l’éclosion de nombreuses créations, dans le domaine du vitrail particulièrement. 

La troisième partie aborde notre époque : une situation sociologique en pleine évolution, une transformation des formes de pratique liturgique, l’émergence d’autres religions, tout cela pose à nouveau les questions fondamentales : quelle visibilité dans la cité, quelle cohérence ? Quelques exemples de créations récentes permettent de saisir concrètement les enjeux artistiques mais aussi culturels et religieux.
Cette troisième partie n’élude pas la question du devenir des édifices qui n’ont plus d’utilité, soit parce que les formes de pratique religieuse ont évolué, soit parce que les populations se sont déplacées, comme c’est le cas dans les anciens pays miniers du Nord ou de Lorraine.

Cet ouvrage est une sorte d’encyclopédie sur le sujet : la question n’est pas seulement analysée du point de vue français, mais bien plus largement dans tout le territoire européen.

On ne peut s’empêcher d’exprimer quelques regrets sur l’objet lui-même :

= une publication en deux volumes aurait-elle permis de proposer un objet plus maniable ?  
= quand il s’agit d’art, les reproductions sont essentielles : montrer l’architecture sur de si petits formats avec un rendu photographique moyen, cela est-il possible ?
= le choix typographique rend la lecture du texte malaisée pour des yeux un peu usés : caractères très fins et contrastes peu accusés.
= l’absence de tables pose la question de l’usage d’un tel ouvrage : on a bien un corpus des artistes et des architectes avec une liste de leurs productions, mais pas de renvoi aux pages qui les concernent.

Mais que ces questions ne découragent pas les lecteurs qui devraient être intéressés : ils trouveront dans ce livre des clés indispensables pour entrer dans le monde passionnant de nos églises. L’Eglise poursuit sa route sous des formes qu’elle a toujours à inventer. Comme le dit Philippe Gaudin cité dans la conclusion de ce livre ;
« A la faveur de l’épuisement des religions de substitution, les religions que l’on croyait mortes se réveillent de leur léthargie moderne et se révèleront de plus en plus comme des puissances de propositions postmodernes. »

ARCHITECTURE ET ARTS SACRES
DE 1945 A NOS JOURS

Christine Blanchet et Pierre Vérot
Archibooks, 615 pages, 26 euros 90.


                                                                                         Emmanuel Bellanger
                                                                                             15 janvier 2016

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