Aller au contenu. | Aller à la navigation

narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Une œuvre en équipe, une œuvre en Église

Publié le : 16 Mai 2017
Premier article de la chronique du projet Lumière à l'église Saint-Ignace de Paris. Comment avons-nous travaillé avec Patrick Rimoux, artiste sculpteur-lumière et Jean-Marie Duthilleul, architecte ? Dès septembre 2016, le projet s'est développé autour d'une équipe commissionnée pour l'accompagner. Pas de concours avec différents compétiteurs ni de carte blanche laissée à un artiste génial. Peut-on vraiment créer une œuvre artistique en équipe, quand le geste n'appartient qu'à une seule personne ? Cette œuvre est-elle le fruit d'un artiste qui s'exprime ou bien une élaboration collective ?

Comment en est-on arrivé à demander à Patrick Rimoux d'intervenir à l'église St-Ignace ? Les travaux d'entretien et d'achèvement du réaménagement liturgique sont envisagés dès le 8 septembre 2014, à l’occasion d’une rencontre de l’équipe des architectes avec le père Henri Aubert, nouveau chapelain de Saint-Ignace, tout juste arrivé. Jean-Marie Duthilleul pointe le manque de continuité entre l'ellipse de l'espace de célébration et l'espace de prière personnelle, dans l'ancien chœur.

Il propose rapidement de profiter du triforium, cette ceinture de fenêtre aveugle, en dessous des vitraux et au-dessus des chapelles latérales pour couronner l'ensemble de la nef et marquer l'unité de l'espace : la célébration communautaire a besoin de la prière personnelle, tout autant que l'inverse.  Il propose lui-même l'intervention d'un artiste qu'il connaît bien, car ils collaborent depuis 2013. L'intervention de Patrick Rimoux est donc un choix de l'architecte responsable du projet : un choix de confiance, au service de l'unité d'un projet global.

Le triforium de l'église Saint-Ignace © Aurélie Arff

L'intervention de Patrick Rimoux est donc un choix de l'architecte responsable du projet : un choix de confiance, au service de l'unité d'un projet global.

Pas de concours avec une sélection d'artistes présentant des esquisses, mais un processus où l'artiste dialogue avec la communauté qui commande une œuvre. Dès les premières rencontres en septembre 2016, une manière de procéder se met en place : nous rencontrons Patrick Rimoux toutes les 3 semaines environ, en formant une équipe de paroissiens et de jésuites intéressés par le projet. Nous sommes une dizaine de personnes, avec des attentes différentes, pour donner notre avis et dialoguer avec l'architecte et l'artiste.

Le ton est très vite donné par Patrick Rimoux : « Au rugby, on a besoin de toute une équipe. Ici, ce sera la même chose : on ne peut avancer qu'en équipe. » Cette manière de faire provoque cependant quelques vives réactions parmi les paroissiens : pourquoi avoir choisi cet artiste et pas un autre ? Pourquoi il n'y a pas eu de concours, pour choisir au moins un projet dont on est sûr qu'il nous plaira ? D'ailleurs ne va-t-on pas brider le génie de l'artiste si une équipe l'accompagne et critique régulièrement ses propositions ? Sait-on d'ailleurs si Patrick Rimoux est chrétien avec une vie spirituelle forte, pour être assuré qu'il soit effectivement inspiré par Dieu ?

 

Les rencontres de travail nous confortent néanmoins : Patrick Rimoux a besoin de nos retours pour avancer. Au fur et à mesure, il nous présente différentes esquisses et nous demande d'être de plus en plus précis dans notre commande. C'est un travail en aller-retour, où notre équipe est mise au défi également d'affiner à chaque fois le scénario d'ensemble. Si Patrick Rimoux apporte son expressivité et sa grande capacité technique de mise en œuvre, l'équipe du projet lumière amène son expérience de la vie spirituelle selon St-Ignace. Ces deux éléments seront présentés dans deux articles de cette chronique.

l'équipe travaillant avec Patrick Rimoux (de dos) © Jean Berger

Respecte-t-on le travail d'un artiste en agissant de cette manière ? Nous découvrons que toute l'équipe est impliquée dans ce projet, en s'y engageant résolument, tout en laissant une grande liberté au geste de Patrick. En effet, un artiste engendre un objet qui est sa pensée, c'est-à-dire qu'il pense à l'extérieur de lui-même. L'expressivité n'est pas alors une extériorisation d'une idée, car l'artiste découvre lui-même ce qu'il vient de faire. Dans ce cas, il n'est pas mieux logé que les spectateurs pour dire le sens de son œuvre. Notre équipe avait donc pour mission de dire autant ce qu'elle ressentait, que le sens qu'elle y trouvait. Ne plaçant plus le lieu originaire de l'œuvre d'art dans une intériorité cachée et mystérieuse, mais dans le geste qui engendre, d'autres regards deviennent une vraie aide.

En procédant ainsi, l'élaboration est guidée à chaque étape. En cas de concours, l'œuvre aurait dû être choisie telle quelle, mais sans accompagnement dans l'élaboration. N'est-ce pas finalement une manière adaptée à une œuvre d'art sacrée aujourd'hui, c'est-à-dire une œuvre d'église ? En effet, c'est en équipe, ou plutôt en communauté ("ecclesia" en grec, qui donnera "église") que nous avançons, certains que l'unité est un fruit de l'Esprit saint.

 

- Jean Berger, s.j.

Scolastique jésuite, étudiant en philosophie et théologie

Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les commentaires sont modérés.

Question: 10 - 5 ?
Your answer:
Recherchez sur le site

Inscrivez-vous à la newsletter