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Les Jésuites et les arts

Publié le : 28 Juin 2017
Troisième article de la chronique du projet Lumière à l'église Saint-Ignace de Paris. L’art jésuite se rapporte surtout au baroque. Pourtant la manière jésuite de considérer les arts ne peut être enfermée dans un mouvement artistique. A chaque époque, et encore aujourd’hui, l’usage des images et les effets qu’elles suscitent peuvent aider à un cheminement spirituel. Un retour aux origines de la Compagnie de Jésus nous permet de mieux saisir cet enjeu.

Dès la fondation de la Compagnie de Jésus au XVIe siècle, la place de l’art et l’architecture dans la mission est un sujet incontournable pour Ignace de Loyola. Le développement rapide de nombreux collèges jésuites implique la construction de chapelles, et les nouvelles missions en Asie et en Amérique latine investissent très vite l’usage des arts pour communiquer. D’ailleurs en 1550, quand Ignace révise la version originale de la Formule de l’Institut de 1540, parmi les ajustements, il élargit la liste des activités propres aux Jésuites, à laquelle il ajoute la pratique « d’autres œuvres de charité  comme cela paraitra convenir pour la gloire de Dieu et pour le bien commun ». Pour aider chacun à rencontrer Dieu, toutes les choses bonnes sont donc les bienvenues, y compris l’art et l’architecture.

Cet usage des œuvres artistiques va se préciser rapidement. Quelques principes de codification sont établis lors de la première congrégation générale en 1558 : les nouvelles constructions seront simples, fonctionnelles, adaptées pour l’exhortation et dans un style évitant le faste et préférant la pauvreté architecturale et le respect de la sacralité des lieux. Ce sont donc des exigences pratiques, mais également liturgiques. Une manière propre jésuite est ainsi formalisée. Ce n’est pas un modèle à reproduire, mais des principes à respecter. La construction de nouveaux collèges doit considérer les traditions locales, mais les plans doivent être validés par le Supérieur général à Rome. C’est une façon de conserver une manière de procéder propre aux Jésuites, tout en l’adaptant aux multiples contextes. La Compagnie accueillera à partir de ce moment de nombreux artistes, architectes et peintres pour la mettre en œuvre.

église Saint-Ignace-de-Loyola, Rome, 1626-1650 © Image libre de droit / Wikimedia Commons

L’art, y compris l’architecture, est ainsi considéré comme un moyen pour la mission, grâce à une pédagogie des images. En rentrant dans une église jésuite, une expérience est proposée : la décoration intérieure, tout autant que l’architecture nous encourage à réfléchir et méditer pour en comprendre le sens. L’attention et la sensibilité du visiteur est requise pour arriver à une synthèse complexe. Cet exercice est conçu pour être vécu comme une méditation, c’est-à-dire comme un chemin vers Dieu. Dans les Exercices Spirituels de St-Ignace, les images vont mettre en œuvre toutes les capacités de l’esprit : elles enseignent en faisant appel aux sens, puis la raison les examine pour enfin arriver à la partie spirituelle de l’âme. Les images sacrés ne sont plus uniquement des supports de dévotion, mais provoque un effet de catharsis. Après la codification de l’architecture jésuite en 1558, le rôle des images dans la vie spirituelles est clarifié et mis en avant par le Concile de Trente. Le Père Lainez, successeur d’Ignace comme supérieur général, a été très impliqué dans le décret sur les images de 1563. L’Église catholique conserve alors la place des images, malgré la critique protestante. 

Andrea Pozzo, Voûte de l'ÉGLISE SAINT-IGNACE-DE-LOYOLA, ROME, 1685 © Marc Biarnès / creative COMMONS

Mais aujourd’hui, le "style jésuite" existe-t-il encore ? Cette expression n’est apparue qu'au XIXe siècle pour qualifier le style baroque afin de mieux le critiquer. Ce style qualifie un mouvement dans l’histoire de l’art. Cependant, aujourd’hui, les principes de constructions énumérés au XVIe restent et les arts visuels sont toujours un moyen privilégié pour favoriser un chemin spirituel.

Le projet de nettoyage et de réaménagement de l’Église St-Ignace est dans cette ligne : un lieu beau et simple pour se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu et célébrer la liturgie. La réalisation des verres de lumière se veut un projet d’aujourd’hui : la lumière travaillée est un médium nouveau. C’est un langage actuel, qui parle à un grand nombre de nos contemporains. Artificielle et contrôlée, la lumière produite par les LED n’a plus la même symbolique que la lumière naturelle des abbayes cisterciennes. Mais déjà à Rome, le plafond de l’église St-Ignace est un artifice utilisant les effets de perspective. Pour le projet des verres de lumière ce sera également un artifice mais d’un type nouveau. Sous réserve de la validation du prototype de 6 fenêtres installé cet été, il s’agit encore d’utiliser des images pour favoriser un itinéraire spirituel.

- Jean Berger, s.j.

Scolastique jésuite, étudiant en philosophie et théologie

Bibliographie

Pour en savoir plus sur les origines du rapport entre les Jésuites et les Arts, lire la revue gratuite en ligne Pietre Vive : le origini, Jesuits and Arts, Pietre Vive la Rivista numero 1, URL : http://pietrevive.altervista.org/?page_id=2343

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