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Ne sommes-nous pas tous forçats ?

Publié le : 28 Mars 2018
Du mardi 27 mars au samedi 5 mai, le Passage Sainte-Croix accueille 36 œuvres du peintre Georges Rouault. Une occasion exceptionnelle de redécouvrir l’œuvre d’un des plus grands artistes français du XXème siècle.

Georges Rouault, "Ne sommes nous pas tous forçats ?", vers 1920-1929, huile et gouache sur toile © ADAGP PARIS 2018

Ecouter sa voix intérieure

Portrait de Georges Rouault © Fondation Georges Rouault

Né à Paris en 1871, Georges Rouault entre à 14 ans comme apprenti chez un maître verrier qui le forme à l’art du vitrail. Initié tôt par son grand-père aux œuvres de Courbet, Manet et Daumier, il choisit de faire de la peinture et entre à l’école des Beaux-arts en 1890. Il y devient l’élève du peintre Gustave Moreau avec qui il nouera une relation privilégiée et dont il sera l’héritier spirituel. Toute sa vie il suivra son conseil : écouter sa voix intérieure. Toute son œuvre est traversée par ses interrogations spirituelles. La série Miserere, présentée dans l’exposition, en est l’exemple parfait.

Traduction plastique de ses inquiétudes spirituelles, Miserere est considéré comme le chef d'œuvre de Rouault. On y retrouve les grands thèmes qui traversent toute son œuvre : la prostitution, le paraître, les clowns, les bourgeois, les juges, la guerre, représentés par des figures brossées à grands coups de traits noirs, à la limite de la caricature. Miserere est une œuvre contrastée où se côtoient la détresse des hommes et des images de partage et de fraternité. Cet univers sombre et pessimiste est traversé à différents moments par la figure du Christ sur le chemin de sa Passion. La dernière image de la série, représentant la face du Christ, donne la clé de la vision du monde de l’artiste et de son rapport au divin : « c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris ». Pour Rouault la seule issue à la misère humaine se trouve dans la personne du Christ.

    

Georges Rouault, (à g.) Miserere, Planche VIII "Qui ne se grime pas ?" - 1922-1927 // (à d.) Ecce Dolor © ADAGP PARIS 2018

Peindre la souffrance, chercher l’Espérance

L’œuvre éponyme de l’exposition « Ne sommes-nous pas tous forçats ? » est une peinture qui est un travail préparatoire à l’une des estampes de Miserere. La composition est resserrée autour de l’homme seul, le corps tendu, la bouche ouverte dans un cri de souffrance et les bras levés. La tension dramatique de l’œuvre est palpable, elle nous met face à l’expression la plus pure de la douleur. Par son titre aussi, elle nous questionne sur le poids de la souffrance dans nos vies humaines.

La figure du Christ est évidemment toute choisie pour un sujet comme celui-ci. Avec Passion, un ouvrage édité en 1939, Rouault nous fait appréhender les souffrances du Christ. Dans ses eaux fortes en couleurs, qui accompagnent les textes d’André Suarès, on trouve le trait noir épais contrastant avec les couleurs vives, caractéristiques d’une partie de son œuvre, qui donnent une force narrative au sujet. Face à la noirceur de la douleur et de la mort, le goût et la maîtrise du coloris de Rouault font transparaitre une forme d’Espérance dans l’épreuve.

Saltimbanques, funambules et clowns : figures d’humanité

Le thème du cirque fascine Rouault, qui y trouve la multitude de figures bigarrées qu’il peut dépeindre avec un mélange de réalisme et de tendresse qui lui est propre. Les œuvres présentées dans l’exposition ouvrent un volet plus « léger » du travail de Rouault ; face aux protagonistes multiples que sont les forains, filles de cirque, danseuses, pierrots, acrobates, … qu’il représente bien souvent seuls au premier plan de la toile, le peintre nous plonge dans leur humanité et leur touchante simplicité.

Proche d’eux, il voit en eux une image de l’homme innocent et sans pouvoir, sauf celui de faire rire ses frères et de leur faire du bien, qu’il aime opposer aux bourgeois prétentieux et imbus d’eux-mêmes. Tantôt empreints de mélancolie tragique, tantôt mystérieux et rêveurs, ses personnages colorés nous invitent à la découverte de toute la palette des émotions humaines.

Georges Rouault, Cirque de l'étoile filante, Dors mon amour - 1938, eau forte © ADAGP PARIS 2018

Georges Rouault est l’un des grands artistes du XXe siècle ; son regard aiguisé sur l’humanité dans toutes ses composantes, de la souffrance ultime à l’explosion de joie, donne à son travail une richesse particulière. L’exposition au Passage Sainte-Croix nous donne une formidable occasion d’en découvrir quelques jalons.

 

Toutes les infos pratiques pour visiter l'expo en cliquant ici.

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