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L'influence du Retable d’Issenheim dans l'oeuvre d'Otto Dix au Musée Unterlinden

Publié le : 1er Décembre 2016
Récemment rénové, le Musée Unterlinden consacre sa première exposition d’art moderne à Otto Dix (1891-1969). Cet artiste incontournable du XXe siècle, qui fête son 125e anniversaire, se référa pendant toute sa carrière au Retable d’Issenheim, chef d’œuvre du musée de Colmar peint il y a tout juste 500 ans. Les deux anniversaires sont célébrés dans une monographie de grande ampleur qui réunit plus d’une centaine de peintures, dessins et estampes d’Otto Dix. L’exposition, également ponctuée d’œuvres réalisées par les contemporains du peintre, démontre qu’aucun artiste du XXe siècle ne fut à ce point sensible au polyptyque du XVIe siècle. Une influence omniprésente dans l’œuvre d’Otto Dix, tant dans le traitement formel que dans sa technique picturale. A découvrir jusqu’au 30 janvier 2017.

Grünewald, Retable d’Issenheim, 1512-1516, technique mixte (tempera et huile) sur panneuax de tilleul, Musée Unterlinden, Colmar © Musée Unterlinden

« Réputé pour sa collection de Primitifs rhénans et son chef-d’œuvre, le Retable d’Issenheim, le Musée Unterlinden a choisi de s’ouvrir à l’art moderne et contemporain au début des années 1960. Dès lors, sa politique d’acquisitions et d’expositions s’est orientée vers des artistes majeurs de notre temps (Bissière, Dubuffet, Picasso, Rouault, de Staël, Vieira da Silva…), et prioritairement ceux qui ont entretenu un dialogue avec les maîtres anciens – parmi lesquels les grandes figures de la scène artistique allemande » explique la commissaire de l’exposition, Frédérique Goerig-Hergott.

Otto Dix est de ceux-là : le Musée Unterlinden conserve ainsi, en France, l’un des plus importants ensemble de ses œuvres. Dans un parcours à la fois chronologique et thématique, le musée entend révéler l’importance qu’a eue le Retable d’Issenheim, autre chef-d’œuvre de sa collection, dans l’art d’Otto Dix ; « depuis la période expressionniste des années 1910 jusqu’aux dernières années de sa carrière passées entre Dresde et Hemmenhofen, encore trop souvent inconnues du grand public et peu étudiées par les spécialistes », insiste la commissaire de l’exposition.

Réalisé pour le maître-autel de l’église de la commanderie des Antonins d’Issenheim dont la vocation est de soigner les malades atteints du « mal des ardents » ou « feu de saint Antoine », une maladie provoquée par l’ingestion de farines contaminées et qui engendre des symptômes convulsifs et gangréneux. Le retable est composé de 9 panneaux de bois et dix sculptures illustrant plusieurs épisodes de la vie du Christ et de saint Antoine ermite, patron de la commanderie.

 

Otto Dix, Piétà, 1913, Collection particulière, © Kunstsammlungen Chemnitz - Museum Gunzenhauser © Adagp, Paris, 2016

La force émotionnelle de ce polyptique monumental peint par Grünewald et sculpté par Nicolas de Haguenau entre 1512 et 1516 rencontre un succès considérable auprès des jeunes artistes du début du XXe siècle. En effet, dans un contexte de nationalisme exacerbé après l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand en 1871, Grünewald est perçu comme « précurseur de l’Expressionnisme ». Ce succès du Retable augmente au cours de la Première Guerre mondiale et, mis à l’abri à Munich, son exposition attire les foules.

            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Otto Dix, Repos pendant la fuite en Egypte I, 1941, Sturzenegger-Stiftung, Museum zu Allerheiligen Schaffhausen, © Adagp, Paris 2016
RETABLE D’ISSENHEIM, 1ère ouverture, détail

La qualité picturale de l’œuvre, la richesse des couleurs employées et l’expressivité des scènes et des personnages deviennent très tôt sources d’inspirations pour les scènes dramatiques d’Otto Dix, en témoigne cette Piétà de 1913. De retour de guerre, le vocable du maître ancien lui permet d’exprimer les horreurs du conflit dans des œuvres comme son célèbre « Tryptique de la guerre » réalisé entre 1929 et 1932. Considéré « artiste dégénéré » lors de la montée du nazisme et face aux menaces faites à l’encontre de la liberté artistique, Otto Dix fuit Dresde pour le sud du pays. Dans des peintures de paysages ou aux sujets bibliques, il continue à dénoncer l’idéologie nazie et l’époque troublée en introduisant une lourde charge symbolique. Le traitement de la matière ainsi que la palette utilisée font directement référence au retable d’Issenheim.  

 

 

 

 

 

 

Otto Dix, Tentation de saint Antoine, 1944, Otto Dix Stiftung, Vaduz © Adagp, Paris, 2016
RETABLE D’ISSENHEIM, 2ème OUVERTURE, DÉTAIL

Forcé à combattre pendant la Seconde Guerre mondiale, Otto Dix est arrêté et incarcéré à Colmar. Mais reconnu comme le célèbre représentant de la « Nouvelle Objectivité », il bénéficie d’un traitement privilégié et est intégré à un groupe d’artistes prisonniers. Il est autorisé à quitter le camp pour travailler la journée dans l’atelier du peintre Robert Gall, et a alors l’occasion de se confronter à plusieurs reprises aux célèbres panneaux de Grünewald réinstallés au Musée Unterlinden.

 

Otto Dix, Annonciation, 1950, Collection particulière © Cosimo Filippini © Adagp, Paris, 2016 
RETABLE D’ISSENHEIM, 1ÈRE OUVERTURE, DÉTAIL

Après la guerre, le Retable d’Issenheim continue à hanter l’artiste. La symbolique de Grünewald ainsi que le recours à la thématique du sacrifice et du martyr du Christ lui permettent d’exorciser l’humiliation subie et l’horreur du camp. Ces références au chef-d’œuvre d’Issenheim persisteront jusqu’à la fin de la vie de l’artiste même plus ponctuellement à partir des années 1950. Tandis que l’abstraction s’épanoui, Otto Dix continue le figuratif et devient alors pour ses contemporains « un « peintre du passé ».

Informations pratiques

Otto Dix - Le Retable d’Issenheim
Du 8 octobre 2016 au 30 janvier 2017
Musée Unterlinden

Place Unterlinden – 68000 Colmar
Tél. +33 (0)3 89 20 15 51
www.musee-unterlinden.com
Horaires : Lundi, Mercredi 10-18 h, Jeudi 10-20 h, Vendredi - Dimanche 10-18 h
Mardi : fermé
Tarifs :  Plein / 13 € - Réduit / 11 €

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