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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

La vision du monde de Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, Pays-Bas

Publié le : 9 Février 2016
C’est l’année “Jérôme Bosch”! L’ensemble des Pays-Bas célèbre le retour de l’œuvre de Jérôme Bosch (1450-1516) au cœur même de Bois-le-Duc (‘s-Hertogenbosch), la ville qui a servi de cadre à sa création et qui lui inspira son nom d’artiste. Une multitude d’événements festifs variés commémoreront le 500e anniversaire du décès de ce peintre érudit, considéré comme révolutionnaire et marginal. Mais le point d’orgue sera sans conteste l’exposition internationale «Jheronimus Bosch, visions d’un génie » qui réunit pour la première fois au sein d’un même musée la très large majorité des œuvres du maître. Un art inimitable qui illustre les grandes obsessions de son époque.

Une vingtaine de peintures et 19 dessins, donc 4 triptyques et 4 panneaux peints des deux côtés, ont été prêtés par les plus prestigieux musées du monde. Douze peintures spécialement restaurées pour l’occasion seront présentées au public. Clou du spectacle : l’exposition qui court jusqu’au 8 mai 2016 dévoile pour la première fois La Tentation de Saint Antoine, panneau inconnu de l’artiste hollandais… découvert 10 jours avant l’ouverture de l’exposition.

Visioenen van het hiernamaals, Visions of the Hereafter; ca. 1505-15, Venezia, Museo di Palazzo Grimani 

Il est celui qu’André Breton qualifie de « visionnaire intégral ». Unique dans l’art de son temps par son sens du mystère et la richesse de ses inventions iconographiques, les surréalistes ont considéré Jérôme Bosch comme un précurseur de Salvador Dali et de Max Ernst. Il est en effet « un génie créateur et observateur vraiment admirable qui sut joindre à une technique habile la magie d’une couleur transparente chaude où se rencontre les tonalités rares les plus inattendues. » comme le décrivait  L.Maeterlinck.

Bien que contemporaine de Léonard de Vinci la peinture de Jérôme Bosch témoigne de cette période de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. La résonnance moderne de son œuvre, qui représente d’une façon extraordinaire la relation entre l’humain, son environnement et son créateur, suscite un réel engouement dans le milieu aristocratique du XVIe siècle influencé par l’humanisme.

Gulzigheid en lust, Glutony, ca.1500-10, New Haven, Yale University Art Gallery

En effet, si Jérôme Bosch peignait des univers que ses contemporains n’imaginaient pas, il parvenait à traduire comme personne les angoisses de son temps. Entre menaces de guerre, superstitions religieuses et bouleversement géopolitiques. L’Allemagne voit l’arrivée de Luther qui s’oppose à Erasme en Hollande. La peinture de Bosch renvoie ainsi chacun à sa conscience : elle interroge la responsabilité morale et spirituelle des hommes ici-bas.

Monstres, diables, anges et saints expriment la hantise de l’enfer, de la fin du monde ainsi que les travers humains. L’artiste puise dans les gravures de bestiaires du Moyen Âge les représentations de figures délirantes qu’il place dans des compositions aux touches colorées et aux traits fins. Pattes d’insectes, plumes et becs d’oiseaux, têtes de reptiles ou de batraciens, membres humains mais aussi machines fantastiques peuplent les mondes oniriques et symboliques de Jérôme Bosch.

Carrying of the Cross, ca.1490-1510, Wien, Kunsthistorisches Museum, Gemaldegalerie

Cependant la présence d’éléments de la vie courante rappelle que le message s’adresse à ses contemporains : rien n’est perdu d’avance à condition d’être vigilant et d’avoir conscience de ses actes. Nourri de la culture de la dévotion, Jérôme Bosch s’adresse à un public averti et cultivé. Il souhaite faire de ses œuvres le point de départ de réflexions. Les saints ne sont donc plus convoqués pour leurs vertus protectrices mais comme des exemples à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint Jerome in the Wilderness, ca.1485-95, Gent, Museum voor Schone Kunsten
Saint John on Patmos, CA. 1490-95, Berlin, Staatlichen Museen zu Berlin, Gemaldegalerie

L’exposition « Jheronimus Bosch, visions d’un génie », conçue en 6 parties  (Le pèlerinage de la vie humaine, Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, La vie du Christ, Bosch le dessinateur, Les Saints et La fin des temps), permet de découvrir deux œuvres inédites du maître hollandais. La première est un dessin anonyme intitulé « Paysage de l’Enfer » apparu sur le marché de l’art en 2003. Peuplée de gnomes et de créatures étranges ce dessin a tout récemment été attribué à Jérôme Bosch.

L’autre est une huile sur bois datée entre 1500 et 1510 conservée à Kansas City dans le Missouri. Fragment d’un panneau beaucoup plus grand, vraisemblablement volet d’un triptyque perdu, le Saint Antoine puisant de l’eau et entouré de créatures monstrueuses était dissimulé sous de nombreux repeints des années 1960. Les récentes recherches scientifiques ont mis à jour les gestes typiques de Jérôme Bosch dans les dessins préparatoires et la touche épaisse du peintre.

Outre les chefs-d’œuvre de Jérôme Bosch, quelque 70 œuvres sont rassemblées pour illustrer le contexte de cet art médiéval des 15e et 16e siècles.

Infernal Landscape, private collection

The Last Judgement, CA. 1495-1505, Brugge, Musea Brugge, Groeningemuseum_LR

Cette exposition très complète de l’œuvre du peintre revêt une importance particulière car elle résulte d’une collaboration internationale hors du commun. Débutés dès 2007, les prêts extraordinaires ont été amorcés par le BRCP (Bosch Research and Conservation Project), ambitieuse étude internationale. Pendant 6 ans, une équipe d’experts a, pour la première fois dans l’histoire, utilisé les techniques les plus récentes pour étudier et documenter l’œuvre du maître Bosch dans sa quasi-totalité. Le musée du Louvre, le Metropolitan Museum et d’autres musées de Lisbonne, Vienne ou Berlin ont joué le jeu. Même le triptyque « Le Chariot de foin » du Prado, qui n’avait pas quitté l’Espagne depuis son acquisition par le roi Philippe II il y a 450 ans, a rejoint les Pays-Bas.

Le Chariot de foin, 1510-16, Madrid, Museo Nacional del Prado

Le Prado prolongera d’ailleurs les festivités : du 31 mai au 11 septembre 2016 le musée madrilène  présentera à son tour les plus beaux tableaux du maître issus de sa collection.
Des occasions uniques d’étudier en détail le monde à la fois terrifiant et enchanteur de Jérôme Bosch qui marqua des générations d’artistes et jusqu’à aujourd’hui encore.

©Rik Klein Gotink and Robert G.Erdmann for the Bosch Research and Conservation Project

Informations pratiques

Jheronimus Bosch – Visions de génie
Du 13 février au 8 mai 2016
Musée Noordbrabants,

Verwersstraat 41, Bois-le-Duc, Pays-Bas
Infos visiteurs +31 (0)73-6877 844 (du lundi au vendredi, de 8h à 20h) www.hnbm.nl
Commissaires Dr Matthijs Ilsink, Pr Dr Jos Koldeweij, Dr Charles de Mooij


En plus de l’exposition, la ville accueillera également un programme culturel international très varié comprenant de la musique, de la danse, du théâtre, du cirque, mais aussi des expositions, des circuits et des festivals. Jheronimus Bosch 500 : une année entière d’inspiration et d’expérience inédite. Retrouvez le programme complet sur www.bosch500.nl

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