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La délicate et expressive sculpture souabe se dévoile au musée de Cluny

Publié le : 28 Avril 2015
C’est un art aujourd’hui largement méconnu que le musée de Cluny a l’ambition de faire découvrir au public jusqu’au 27 juillet 2015. Les sculptures souabes de la fin du Moyen Âge sont pourtant emblématiques et prépondérantes par le nombre d’œuvres présentes dans les musées français. Art majeur dans l’Empire germanique et plus largement le cœur de l’Europe avant la Réforme protestante, ces œuvres essentiellement religieuses destinées au mobilier d’églises sont réalisées par des artistes qui développent un travail virtuose du bois et une science raffinée de la polychromie. Au fil d’un parcours chronologique et géographique, une trentaine de sculptures permet d’évoquer plusieurs figures d’ateliers de premiers plans et de s’arrêter sur les aspects techniques et fonctionnels de la sculpture souabe.

Le couronnement de la vierge dit "La vierge du rosaire", entourage de daniel Mauch, vers 1510-1515. Panneau en bois peint polychromé H.67,5cm L.55cm D. du relief 31,5cm ©museum für Kunst und Gewerbe, Hambourg

La Souabe (Schwaben) est l’ancienne région historique du Sud de l’Allemagne située entre la Forêt-Noire et la Bavière. A la fin du Moyen Âge, de nombreuses cités souabes bénéficient du statut de ville libre d’Empire et relèvent directement de l’autorité de l’empereur comme les deux métropoles rivales Ulm et Augsbourg, mais aussi Biberach, Memmingen, Kaufbeuren ou Kempten plus au sud. Ces centres urbains autonomes jouent un rôle de premier plan dans la vie économique de la Souabe. Entre les années 1460 et 1530, s’y développe une production sculptée abondante et de haute qualité qui répond au goût de l’époque et rayonne largement au-delà de la Souabe. En effet, sa proximité avec les Alpes suisses et autrichienne fait rayonner cet art qui conjugue sculpture et peinture.

A la fin du Moyen Âge en Allemagne, le retable, élément central du mobilier religieux par sa position derrière l’autel et en surplomb, est l’une des productions sculptées majeures qui répond à la piété des fidèles par son décor figuré. Ce phénomène se développe également dans la Souabe où les sculpteurs agissent pour le compte de toutes les composantes religieuses et laïques de la société. Dans sa forme germanique, le retable en bois à volets mobiles se caractérise par son ampleur et sa complexité. Toutes les parties de l’ensemble réservent une place prépondérante à la sculpture et respectent une hiérarchie interne qui met en valeur de grandes figures abritées sous les dais architecturés de la caisse. La réalisation de ces œuvres ambitieuses obéit à une rigoureuse division du travail entre menuisiers et  sculpteurs, mais aussi peintres, œuvrant non seulement à la décoration des volets mais aussi à la polychromie des sculptures et des parties structurelles.

Douze religieux en prière, atelier de daniel mauch, vers 1505-1510. tilleul polychromé. H.122cm L.59cm; P.27cm

Les sculpteurs souabes réalisent également des œuvres plus modestes commandées par des laïcs ou des membres de confréries, désireux de témoigner de leur générosité envers un sanctuaire ou d’orner leur oratoire particulier. Ces images de format réduit et d’usage privé deviennent le support d’une méditation individuelle, comme les statuettes ou petits retables centrés sur une scène dont l’iconographie est liée à la dévotion spécifique du commanditaire. Les cérémonies liturgiques mettent en scène des épisodes de l’histoire sainte où des sculptures jouent un rôle de représentation actif, comme le Christ au Rameaux, déplacés en procession dans les rues pour commémorer l’entrée du Christ à Jérusalem le dimanche précédant Pâques.

Les artisans sont regroupés en « corporations » qui leur confèrent le statut de bourgeois et réglementent l’exercice de leurs divers métiers. Les maîtres, souvent propriétaires de leur atelier, reçoivent la commande et sont secondés par un nombre de compagnons variables. Ceux-ci interviennent dans chaque étape de la production, de la conception de l’œuvre à sa mise en couleur. Ces maîtres peuvent être sculpteurs, comme Jörg Lederer à Kaufbeuren, ou peintres tel Martin Schaffner à Ulm. Dans d’autres cas, divers compagnons des trois métiers se partagent les travaux sous la direction du maître, comme cela arrive dans l’atelier d’Ivo Strigel, peintre de Memmingen. Le rôle du maître est alors celui d’un coordinateur qui organise la production dans le but de répondre à une demande important et de conquérir des marchés lointain.

le christ des rameaux, sud de la Souabe (autour de Hans Herlin?) vers 1520-1525. Tilleul et épicéa polychromés. H.135cm L.120cm P.41cm. Paris, musée du louvre ©Musée du Louvre, dist.RMN-Grand Palais/pierre Philibert

Le répertoire ornemental de la sculpture souabes attaché aux formes gothiques, la rapproche à l’art « gothique tardif » ou de la fin du Moyen Âge. Elle se distingue par un goût des détails et un travail savant des drapés, des traits délicats mais expressifs et une grâce des types féminins. Le respect de cette tradition gothique répond aux aspirations religieuses et aux goûts des commanditaires. L’attention aux formes du corps humain semble faire écho à leur culture humaniste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte marthe, sud de la souabe, vers 152. Tilleul polychromé H.82cm L.30cm P.17cm. Paris, musée de cluny - musée national du moyen âge ©dist.RMN-Grand Palais/Michel Urtado
Saint jean de calvaire, sud de la souabe, vers 1520. Tilleul polychromé H.78cm L.25cm P.15cm. Paris, musée de cluny - musée national du moyen âge ©dist.RMN-Grand Palais/Michel Urtado

A partir de 1525 environ, le changement des sensibilités religieuses dans le contexte de la Réforme protestante met fin à cette production sculptée et les iconoclastes font disparaître une part importante de leur production dans de nombreuses villes.

L’exposition du musée de Cluny offre l’occasion unique de reconstituer des ensembles démembrés depuis plusieurs siècles et dispersés dans les musées : des prêts accordés par des institutions d’Allemagne et d’Autriche permettent de restituer un panorama très complet de la diversité de cet art.

Informations pratiques
Sculptures souabes de la fin du Moyen Âge
Jusqu’au 27 juillet 2015 au Musée de Cluny, musée national du Moyen Âge
6, place Paul Painlevé – 75005 Paris
0153737816
www.musee-moyenage.fr
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h15 à 17h45.
Tarifs : 9e/7€, incluant les collections permanentes. Gratuit pour les moins de 26 ans.

la sainte famille, sud de la souabe (Lux Maurus?), vers 1510-1520, tilleul poychromé H.42cm L.47cm P.3cm. Paris, musée de cluny - musée national du moyen âge ©dist.RMN-Grand Palais/Jean-Gilles Berizzi
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