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Il était une « foi » la religion en Bretagne au 16ème siècle… et aujourd’hui ?

Publié le : 5 Septembre 2016
Une exposition dédiée à la religion en Bretagne au 16e siècle peut sembler désuète ou trop spécifique pour intéresser le plus grand nombre. Pourtant, les objets historiques et les films d’animations rassemblés jusqu’au 2 novembre 2016 au château de Kerjean dans le Finistère (29), développent des éléments constitutifs de la Bretagne actuelle. L’exposition « Il était une foi » explore un point charnière de l’histoire bretonne : pendant que les protestants détruisent les images qu’ils considèrent comme des démonstrations d’idolâtrie, la Bretagne développe les fameux « pardons » et le culte des saints. Ancrant pour longtemps, dans le territoire, un sentiment d’appartenance un peu à part...

 

La Cène, Pont-Croix, vers 1590 - Service de l'inventaire du patrimoine culturel ©Région Bretagne

Au moment où les mutations liées aux découvertes de la Renaissance engendrent le monde moderne, la Bretagne fait preuve d’une relative indifférence aux débats religieux qui agitent le reste de la France. Loin d’être une province isolée retranchée dans ses particularités, la Bretagne du 16ème siècle est une terre de contacts et d’échanges. 130 ports témoignent d’un commerce maritime intense avec l’Angleterre, l’Espagne et les Flandres.

C’est la paroisse qui est, pour les Bretons du 16ème siècle, le premier territoire de référence. Les paroisses nouent entre les Bretons et l’Eglise un très fort lien de proximité. L’adoption de symboles tels que les clochers, les croix ou les bannières contribuent à souder les communautés. Le culte des saints connaît dans la Bretagne du 16e siècle une floraison sans précédent. La densité des lieux de culte (fontaines miraculeuses, chapelles, etc.), la forte présence des saints locaux dans les noms de lieux en sont la preuve. Chaque paroisse possède son saint patron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche: croix de procession, trégourez, 16e siècle ©Bernard Galeron - A droite: Chapelet - 305cm ©Aurélie Ferruel et Florentine Guédon

Inhabituellement riche en saints locaux (près de 800), la Bretagne s’approprie également des saints aux origines parfois lointaines. Ainsi, sainte Anne, mère de la Vierge, serait née en Bretagne! Dans ce « panthéon » très divers, à chaque situation correspond un saint et un rituel associé. Saint Clair préserve des maux d’yeux, saint Herbot veille sur les bovins… La relation naturelle qu’entretiennent les croyants d’alors avec ces saints repose sur la notion de contrat : les fidèles demandent, attendent satisfaction et remercient le saint par un ex-voto (objet, pèlerinage, etc.).

Tandis que l’Europe est plongée dans une forte crise spirituelle, en Bretagne on fabrique des statues de saints sur fond de prospérité économique. En effet, face à la Réforme protestante, la communauté catholique reste soudée : la dévotion mariale remise en cause par le protestantisme ne fait qu’encourager cet engouement chez les catholiques. Les nombreuses Vierges allaitantes ou Pietà, insistent sur l’humanité de la Vierge Marie en qui les fidèles ont recours pour toutes sortes de demandes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche: Vierge dite Notre-Dame de Tréguron, Briec, 16e siècle ©Bernard Galeron - A droite: La Piétà, Christian Gonzenbach, 2013 ©Annick Wetter

Peut-être plus qu’ailleurs dans la France du 16e siècle, la Bretagne entretient un rapport très fort avec la mort. Autour de l’église se trouve le cimetière qui contient presque toujours un ossuaire dont les niches ajourées laissent voir le contenu. De multiples croyances ou usages montrent que les morts et les vivants continuent de se côtoyer avec familiarité. Dans les contes, la mort prend les traits d’un personnage redouté et familier à la fois : l’Ankou, comme celui de Ploumiliau présent dans l’exposition, dont on entend crisser l’essieu de la charrette…

Le démon, représenté sur de nombreux vitraux, calvaires ou statues, est parfois l’objet d’invocations symétriques à celles faites à Dieu ou à la Vierge. De certains saints l’on attend aussi qu’ils causent du tort à un ennemi… Autant de pratiques que l’Église du 17e siècle tentera de bannir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche: Ankou de Ploumiliau - A droite: Alain Séchas, Papa ©IAC

Le parcours historique jalonné d’objets parfois étranges et de pièces d’orfèvrerie et de statues souvent classées au titre des Monuments Historiques, est enrichi par quatre films d’animation.
Ceux-ci développent chacun un point clé pour comprendre la foi bretonne au travers de récits inspirés de faits réels : les voyages d’Yvon Guillou, l’épopée familiale des maîtres verriers Le Sodec, le pardon de la chapelle Sainte Anne à Plougoulm, le rite incroyable de Saint Yves de Vérité.

Sainte-Anne et Anita Gauran

Tout au long du parcours, des œuvres d’art contemporain – sculptures, photos, installations – dialoguent avec les œuvres anciennes, tissant des passerelles entre la vie religieuse des Bretons au 16e siècle et nos questionnements actuels. Elles ponctuent le parcours avec poésie ou humour, emmenant le visiteur là où il ne s’y attend pas.

Informations pratiques
Il était une foi, La religion en Bretagne au 16ème siècle
Jusqu’au 2 novembre 2016 au château de Kerjean

29440 Saint-Vougay
Téléphone : 02 98 69 93 69
Du 6 au 21 février, du 1er octobre au 2 novembre et du 19 au 30 décembre 2016 :
tous les jours (sauf le mardi) de 14h00 à 17h30
Du 26 mars au 1er juillet et du 1er au 30 septembre :
tous les jours (sauf le mardi et hors événements) de 14h00 à 18h00
www.cdp29.fr/fr/agenda/view/289/il-etait-une-foi


Au coeur d'un vaste espace naturel de 20 hectares, ce monument emblématique de la Renaissance, aux épais remparts cernés de douves et de quatre tours d'angle, s'explore des sous-sols aux étages grâce à des dispositifs multimedias surprenants (maquette animée ou lunette d'observation). Il présente également une remarquable collection de mobilier régional, et est régulièrement investi par des expositions - cette année donc "Il était une foi" - mais aussi des salons (Journées des plantes de collection les 24 et 25 prochains), des spectacles (Grand Fest Noz, concerts), des conférences, ou des divers évènements (les Journées Européennes du patrimoine le weekend des 17 et 18 septembre, le Noël des Créateurs les 26 et 27 novembre).

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