Aller au contenu. | Aller à la navigation

narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Enfin le Mastaba de Christo à la Fondation Maeght !

Publié le : 18 Août 2016
« Christo a encore frappé ! » Du 18 juin au 3 juillet dernier, on a marché sur l’eau en Italie. L’œuvre « Floating Piers » de l’artiste du Land Art a redéfini le paysage du Lac d’Iseo avec ses trois kilomètres de long et seize mètres de large de quais flottants. L’installation éphémère composée de 220 000 cubes en polyéthylène remplis d’air jetait un pont entre l’île isolée Monte Isola et le continent italien. Depuis près de 50 ans, Christo et Jeanne-Claude (disparue en 2009) chargent les lieux d’un sens nouveau. Jusqu’au 27 novembre 2016, c’est au tour de la cour Giacometti de la fondation Maeght (Saint-Paul-de-Vence) d’être le théâtre d’une intervention monumentale de Christo : un mastaba composé de 1000 barils colorés. Un « mur incliné avec ses rouges et ses bleus, comme des marches vers le ciel ».

9 mètres de haut, 17 mètres de long et 9 mètres de large. Le mastaba monumental qui redéfinit l’échelle de la Cour Giacometti, et plus globalement de l’architecture et des jardins conçus par Josep Lluis Sert, propose au spectateur une expérience unique. « Quand vous marcherez de l’entrée, vous verrez le mur incliné avec ses rouges et bleus comme des marches vers le ciel, multicolores, et toutes les parties frontales seront en couleur chaudes, rouges, ocres, jaunes. Il s’agit bien d’une esthétique qui répondra à la nature, au bâtiment et à l’extraordinaire cour Giacometti ».

Le Mastaba de Christo à la Fondation Maeght in situ

Cette installation-évènement concrétise une idée proposée par Christo en 1967 pour la Fondation Maeght. Finalement non réalisée il y a 50 ans, mainte fois remanié et revisité depuis, l’exposition actuelle présente les travaux préparatoires de cette conception, témoignage de la continuité et la ténacité de l’œuvre de Christo et Jeanne-Claude.

La forme du mastaba jalonne ainsi le travail des artistes dès les années 1960. « L’idée de créer un Mastaba est toujours restée dans nos cœur », explique Christo. Construction de base rectangulaire avec deux plans inclinés et deux murs verticaux, le terme « mastaba » veut dire « banc » en arabe et désignait déjà en Mésopotamie, environ 7000 ans avant notre ère, un édifice en terre avec souvent placé devant les demeures de dignitaires. Plus tard, les Egyptiens en firent un édifice funéraire pour leurs pharaons, traditionnellement en briques ou en pierres taillées, mais c’est la première signification qui retient l’attention de Christo et Jeanne-Claude. L’édification de mastabas, dont l’unité de construction est le baril de pétrole, pose des questions diverses ayant trait aussi bien au sacré qu’au pouvoir, à la poétique de l’espace qu’à la réalité des matériaux. « Une forme si belle, d’où jaillit une dynamique, l’expression d’une poussée de forces ».

Projet d'intervention dans la cour de la fondation: 520 tonneaux métalliques. Collage 1967-1968: 71x56 cm ©Christo 1968

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christo et Jeanne-Claude, wall of oil barrels, rue Visconti, Paris 6e arrondissement, 29 juin 1962, 89 oil barrels ©CHRISTO 1962
Wrapped Oil Barrel, 1958-1959 ©CHRISTO 1958-1959

Cette idée-force, cette « construction » ne quittera jamais les préoccupations de Christo et Jeanne-Claude. Choqués par l’édification du mur de Berlin le 13 août 1961, le réfugié bulgare, apatride, qu’est Christo, demande aux autorités municipales parisiennes en octobre 1961 l’autorisation d’échafauder un mur provisoire de bidons métalliques pour barrer la rue Visconti. Autre rideau de fer : ce mur monumental de barils d'huile et d'essence sera finalement réalisé sans permission le 27 juin 1962 et bloquera la rue plusieurs heures durant. Avec cette « prise de possession de l'espace », Christo et Jeanne-Claude font descendre l’art dans la rue. Caractère éphémère et dimension politique, ambivalente car critique du mur totalitaire de Berlin, mais aussi évocation des barricades, se conjuguent avec l’expérience physique et esthétique proposée aux citadins. Le geste artistique est inédit.

À l’automne 1964, Christo et Jeanne-Claude s’installent à New York dans le quartier de Soho, d’où ils déploieront, tout au long des décennies suivantes, leurs projets de plus en plus singuliers. Le baril est confirmé comme « unité lexicale » majeure parmi les éléments centraux d’une grammaire de formes très architecturale. Les années 1967-1973 sont ainsi marquées par plusieurs projets emblématiques autour du baril, aux États-Unis et dans le monde entier. Christo rappelle notamment, même s’il ne fut jamais réalisé faute d’autorisation, le projet non seulement d’emballer le Museum of Modern Art de New York, mais aussi de fermer la 53e rue, où se trouve le musée, avec 441 barils pour marquer la fin de l’exposition sur Dada et le Surréalisme du MoMA le 9 juin 1968.

L’exposition met en écho le mastaba avec le travail mené sur les pots et les barils. Sculptures, installations, dessins, maquettes et photographies, films, œuvres et travaux préparatoires retracent plusieurs décennies de leur travail, des premières œuvres de Christo jusqu’au Mastaba monumental exceptionnel dans l’oasis de Liwa dans le désert d’Abu Dhabi.

Située dans la région d’Al Gharbia, région de l’Ouest d’Abu Dhabi, sur un plateau entouré de dunes intactes sur 20 km alentours, ce Mastaba monumental, sera la seule œuvre permanente du couple, maître de l’éphémère - mais aussi la plus grande sculpture au monde avec ses 150 mètres de haut (2 x 75 m), 225 mètres de profondeur (3 x 75 m) et 300 mètres de large (4 x 75 m), selon un rapport 2-3-4 délibérément proportionné. Composés de barils de pétrole colorés, aux teintes savamment choisies, les murs verticaux comme les plans inclinés seront rythmés par le jeu des couleurs, au gré des mouvements de lumière : « quand le soleil se lèvera, la paroi verticale sera d’or », décrit l’artiste.

Abu Dhabi Mastaba, project for the United Arab Emirates. Collage, 1978 ©CHRISTO 1978

Aujourd’hui encore, Christo revendique la dimension avant tout esthétique de son travail, esthétique comme acte et forme d’une pensée. Les œuvres et constructions de Christo et Jeanne-Claude transforment et investissent l’espace public lui donnant un sens énigmatique où le contemporain et des outils rejoignent des poétiques et des symboliques anciennes.

Informations pratiques

Christo et Jeanne-Claude à la Fondation Maeght

du 4 juin au 27 novembre 2016
Fondation Maeght,

623 chemin des Gardettes
06570 Saint-Paul de Vence, France
www.fondation-maeght.com
Tél. : +33 (0)4 93 32 81 63

Ouvert tous les jours, sans exception :
Octobre-Juin : 10h-18h
Juillet-Septembre : 10h-19h

Tarifs :
Adultes 15 €
Groupes (+10 pers.), étudiants, -18 ans 10 €
Enfants (-10 ans) gratuit

Mots-clés associés :
Recherchez sur le site

Inscrivez-vous à la newsletter