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Jour 24 : La Nativité par Robert Campin

Publié le : 24 Décembre 2017
L'Avent, le temps de l'attente, touche à sa fin. Après quatre semaines de préparation, voici venu le temps de célébrer dans la nuit du 24 au 25 décembre la fête de la Nativité. L'occasion pour nous de vous présenter avec un peu d'avance, celle belle et célèbre toile du peintre flamand Robert Campin. Pourquoi avoir choisi celle-ci parmi tant d'autres ? Vous le découvrirez en lisant la suite...

Cette huile sur panneau, exposée au musée des beaux-arts de Dijon depuis 1828, est extrêmement originale et comporte quelques différences avec d'autres œuvres du même thème.

Parmi toutes les figures représentées, nous remarquons à droite deux femmes. Qui sont-elles ? Il s'agit des sages-femmes, Zelemi (de dos) et Salomé (de face), des personnages qui apparaissent dans les Évangiles apocryphes. Leur identification est permise grâce aux phylactères qui portent leurs noms. Mais pourquoi des accoucheuses durant la Nativité ? Selon les Evangiles apocryphes, Joseph voyant que l'accouchement était imminent, parti demander de l'aide et trouva Zelemi. Il lui expliqua la situation, et reussit à la convaincre de l'accompagner ; Salomé les rejoignit plus tard. 

Robert Campin, La Nativité, 1420-1425, Huile sur panneau, musée des beaux-arts, Dijon © Wikimedia Commons

Selon La Légende dorée de Jacques de Voragine, Zelemi reconnut que la naissance de Jésus n'avait pas altéré la virginité de Marie, alors que Salomé refusa de le croire jusqu'à ce qu'elle en ait la preuve. Le phylactère déployé au-dessus de sa tête porte l'inscription latine « Credam quin probavero » : "Je ne croirai rien tant que ne n'aurai pas vérifié". Au même instant, elle essuie sa main droite qui se desséche. L'inquiétude se lit clairement sur le visage de Salomé. L'ange qui vole au-dessus d'elle porte un autre phylactère sur lequel est inscrit : « Tange puerum et sanaveris »: "Touche l'Enfant et tu seras guérie", ce qu'elle fait et retrouve alors l'usage de sa main. 

ROBERT CAMPIN, LA NATIVITÉ, detail des accoucheuses 1420-1425, HUILE SUR PANNEAU, MUSÉE DES BEAUX-ARTS, DIJON © WIKIMEDIA COMMONS

A cet épisode s'ajoute également l'épisode de l'adoration des bergers. Nous distinguons trois bergers dans le centre du tableau derrière Marie. 

Sous un édifice de bois en ruine, la Vierge est à genoux avec les mains levées en signe d'adoration. Elle porte une tunique blanche avec un manteau de la même couleur orné de broderies d'or, ce qui rompt avec les représentations habituelles où l'on voit Marie habillée de bleu. L’Enfant Jésus est couché à même la terre battue et son corps est entouré d'un nimbe. Contrairement à ce que décrit l'Évangile selon Luc, il est représenté ici dépouillé de tout vêtement.

Cette représentation n'est pas sans rappeller l'histoire de sainte Brigitte de Suède, grande mystique qui reçut vers la fin de sa vie des révélations surnaturelles, notamment sur la naissance de Jésus. Dans son récit elle dit que Marie enleva son grand manteau blanc, retira son voile et dénoua ses cheveux blonds. Elle prépara des langes près d'elle puis se mit à genoux. Pendant qu'elle priait, mains levées, l'Enfant naquit soudain, sans aucune aide, environné d'une vive lumière. Il était nu sur le sol. 

La représentation de Robert Campin est très senblable au récit de Brigitte de Suède bien qu'il prend la liberté de représenter des accoucheuses, qui, si l'on suit la logique du récit mystique, ne sont pas utiles en raison de la naissance "soudaine" et sans effort de l'Enfant.  

ROBERT CAMPIN, LA NATIVITÉ, detail de la Vierge Marie, 1420-1425, HUILE SUR PANNEAU, MUSÉE DES BEAUX-ARTS, DIJON © WIKIMEDIA COMMONS

Trois anges, au-dessus de l'étable, chantent le Gloria dont les paroles sont inscrites sur leur phylactère. Les trois anges à gauche sont vêtus de bleu, de vert et de rouge. Les deux premières couleurs symbolisaient au Moyen Âge l'espoir et le rouge à la charité. Une combinaison qui symbolise directement l'espérance du Salut avec la venue de Jésus et son sacrifice pour toute l'humanité. 

Joseph n'est pas ici écarté dans un coin de la scène. Il tient d'une main une bougie qu'il protège du vent. Une bougie qui rapelle que Jésus est né dans la nuit et que l'obscurité fait place à la lumière. Car effectivement, bien que la naissance ait eu lieu de nuit, la scène est représentée à l'aube, un symbole qui fait de la naissance de Jésus la lumière qui efface l'obscurité des ténèbres.

ROBERT CAMPIN, LA NATIVITÉ,  Detail de Joseph, 1420-1425, HUILE SUR PANNEAU, MUSÉE DES BEAUX-ARTS, DIJON © WIKIMEDIA COMMONS

La Nativité dans l'évangile de Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre  ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Lc 2, 1-18

 

Caroline Becker pour Narthex

 

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