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Divines joailleries – L’art de Joseph Chaumet exposé à Paray-Le-Monial

Publié le : 18 Décembre 2014
Jusqu’au 4 janvier 2015, le musée du Hiéron présente, à l’occasion de l’exposition « Divines joailleries – L’art de Joseph Chaumet », une des pièces phare de ses collections. Acquise en 2004 et entièrement restaurée la Via Vitae de Joseph Chaumet est présentée accompagnée pour la première fois de différentes pièces d’exception et de nombreux documents et photographies d’époque et dessins préparatoires.

Joseph Chaumet, Via Vitæ, 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Laurent Chaintreuil

La Via Vitae (1894- 1904) fut une des œuvres monumentale créée par Joseph Chaumet, bijoutier de la fameuse maison Chaumet auquel il donna son nom. Cette œuvre fut conçue comme chef-d’œuvre dans la tradition des compagnonnages. Il est en effet de tradition qu’un compagnon, pour prouver qu’il est un ouvrier compétent, fabrique un chef-d’œuvre ou un travail de réception.

Joseph Chaumet est  essentiellement connu pour sa création incomparable de bijoux et parures lors de la Belle-Epoque qui illuminaient alors les tenues des plus grandes têtes couronnées européennes. Il  travailla également à la confection d’une œuvre aussi surprenante qu’inconnue du grand public. Ce créatif talentueux consacra 10 ans de sa vie à la création d’une œuvre monumentale d’art sacré de près de 3 mètres de haut.

Joseph Chaumet, Via Vitæ (les noces de Cana), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Laurent Chaintreuil

Mélange virtuose entre l’orfèvrerie, la joaillerie et la sculpture, ce sont trois tonnes de marbre, d’onyx, d’or, d’ivoire, de laiton et de pierres précieuses qui composent l’ensemble. Intitulée Via vitae (Chemin de vie) cette œuvre retrace les différents événements composant la vie du Christ. Sur les pentes d’une montagne gigantesque où coule un tempétueux fleuve d’albâtre comme symbole de vie se distinguent ici et là près de 140 petites statuettes d’or et d’ivoire. La naissance du Christ, sa mort,  sa résurrection, mais aussi les noces de Cana ou encore la Cène, Joseph Chaumet les représente par de petits groupes sculptés (9 en tout) qu'il place avec harmonie parmi les quelques 18 blocs de marbre qui servent de base à l’œuvre. Remplie de symboles et de personnification, l’œuvre présente également les  sept péchés capitaux : la Fierté et l’Egoïsme sont personnifiées par une femme assise sur un trône orné de plume de pan tandis qu’à ses pieds gisent les autres péchés capitaux.  Vers le sommet se trouve l’Harmonie et l’Amour brandissant une hostie sertie de diamants portant l’inscription IHS en rubis.

Joseph Chaumet, Via Vitæ (détail de l’Amour et la Justice brandissant l’hostie sertie de diamants et rubis), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Jean-Pierre Gobillot

Le grand savoir-faire des ateliers de la maison en matière de taille et d’assemblage de matériaux si différents est magnifiquement représenté ici : On ne distingue ni les jointures ni les fixations.
Par le choix de nobles matériaux et de pierres précieuses travaillés jusqu’aux moindres détails, Joseph Chaumet respectait ce vieil adage moyenâgeux  « Rien n’est trop beau pour Dieu ».
Ce monument si étonnant de l’orfèvrerie française s’inscrit dans une démarche d’engagement de l’auteur. En effet, comment ignorer le contexte de création de ce chef-d’œuvre ? 

Joseph Chaumet, Via Vitæ (détail des noces de Cana), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Jean-Pierre Gobillot

Les 10 ans de création de la Via Vitae  ont été le cadre d’importants remaniements de la société. L’opinion est écartelée par l’affaire Dreyfus. L’industrialisation, le progrès des sciences, le matérialisme annoncent la venue de profondes mutations.  C’est  durant ces années qu’a lieu la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France.  La loi Combe chamboulait l’Eglise en expulsant du pays les congrégations religieuses et en confisquant leurs biens. Couvents et monastères furent fermés, mis en vente ou en location et leurs contenus liquidés.

Joseph Chaumet, Via Vitæ (Flagellation), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Laurent Chaintreuil

A l’âge de quarante-deux ans, Joseph Chaumet va concevoir la Via Vitæ comme une affirmation de ses convictions et une réaction face aux bouleversements de son époque faisant de cette œuvre un symbole fort de son engagement chrétien.

Par ce chef-d’œuvre, Joseph Chaumet s’inscrit dans un retour médiéval de l’hommage à Dieu. Il s’agit sans conteste de l’une des plus étonnantes expressions de l’art sacré qui soit issue des inquiétudes d’un fin de siècle.

Joseph Chaumet, Via Vitæ (détail de la Nativité), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Jean-Pierre Gobillot

Petite mais dense, cette exposition est l’occasion de découvrir ou redécouvrir la Via Vitae, ainsi que différentes œuvres d’art sacré de Jospeh Chaumet, telles que Christus Vincit (Le Christ Invaincu) qui s’inscrit dans la même veine. Ces œuvres sont ici exceptionnellement réunies pour la première fois depuis plusieurs décennies. Les salles suivantes présentent, entre autre, deux ensembles de Couronnes pour des statues de la Vierge et de l’Enfant de la paroisse d’Hyères, datant de 1909 et du Sanctuaire de Montligeon datant des années 1933 à 1935.

Maison Chaumet, Couronne pour la statue de la Vierge (Montligeon), 1933-1935, or, argent doré, diamants, rubis, grenats, topazes, péridots, tourmalines, améthystes, péridots, émail et cristal, 19 x 40 x 34 cm © Sanctuaire de Montligeon

La Via Vitae a été classée Trésor National en 2000. Elle a retrouvé son éclat d’origine après sa restauration, ce qui lui a permis de réparer son système de rotation conçu par Chaumet à l’origine. Grâce notamment à des prêts de la famille et de la maison Chaumet, du musée de Vitré, de la paroisse de Hyères, du Sanctuaire de Montligeon ainsi que de collections particulières la Via Vitae se retrouve dans son contexte de création.
Le musée du Hiéron, (du grec hieros, qui signifie "sacré") est considéré aujourd'hui comme le plus ancien musée d'art sacré de France construit en tant que tel. Le travail des fondateurs a permis de réunir à Paray-Le-Monial (71), à la fin du XIXe siècle, un ensemble unique de centaines d'œuvres d'art, peintures et sculptures, autour du thème de l'eucharistie, thème en lien avec les sanctuaires de Paray-le-Monial. Le musée, devenu musée de France et conduit par la municipalité depuis sa rénovation, propose aujourd’hui une nouvelle approche de l’art sacré.

Joseph Chaumet, Via Vitæ (face dorsale), 1894-1904, marbre, albâtre, onyx, or, ivoire, argent doré, rubis et diamants, 270 x 300 x 300 cm © Laurent Chaintreuil

Informations pratiques :

Musée du Hiéron
13 rue de la Paix 71600 Paray-le-Monial |

03 85 81 79 72

www.musee-hieron.fr
Divines joailleries – l’art de Joseph Chaumet
Du 14 juin 2014 au 4 janvier 2015

Tous les jours (sauf lundi) 10h30-12h30 et 14h-18h

Juillet et août : tous les jours aux mêmes horaires
4 € plein tarif | 3 € tarif réduit |

Gratuit pour les moins de 18 ans

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