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L'orfèvrerie et les processions

Publié le : 30 Janvier 2013
Nous étudions aujourd'hui les processions aux XIIIe siècle et leurs influences sur la liturgie.

Nous allons parler des célébrations autour des processions de reliques qui se déroulent dans l'enceinte de la ville au XIIe et au XIIIe siècle. Elles prennent la forme de longs cortèges dont l’élément majeur était l'ostentation des reliques.

Elles sont enfermées à l’intérieur de coffrets de dimensions et de formes diverses appelés soit des châsses soit des reliquaires. Le premier terme qualifie les coffrets qui reprennent la forme des reliques qu’elles abritent. Les reliquaires s’assimilent à un coffret rectangulaire. Dans ces deux types d’objets, l’aspect doré les met en valeur.

Ces importantes célébrations sont instituées dans toutes les communes, ce qui sous-entend que chaque paroisse possédait une ou plusieurs reliques. La plus singulière est celle du saint Patron de la ville.
Cette accession au rang de bienfaiteur est due aux actions pieuses de ce saint envers la ville. Souvent l’évènement majeur est la délivrance de la cité du mal qui l’occupait ou du paganisme qui avait cours, comme cela fut le cas pour la ville d’Evreux. Par ces actions, le saint est considéré comme le fondateur religieux de la ville concernée. En accédant à ce rang, il place la ville sous son protectorat et définit ainsi son origine historique. D’où l’obligation pour la commune de posséder ces saintes reliques.
Les processions les plus importantes sont celles liées aux routes de la foi, c’est-à-dire, les routes menant à Saint-Jacques de Compostelle. 
 

Châsse de Saint-Taurin, détail d'un côté de l'objet © C.D


Le déroulement d’une procession avec des reliques : l’exemple de Paris
 

L’instauration de la procession des reliques de Sainte-Géneviève, Sainte Patronne de Paris, serait vraisemblablement mise en place en 1130 avec le Miracle des Ardents. Les dates de ces célébrations étaient de deux ordres : elles étaient soit fixes soit ponctuelles. Dans le premier cas, le cortège se tenait le jour de la fête de la Sainte Patronne ou à la date anniversaire du premier miracle qu’il réalisa dans cette ville. Dans le second cas, une procession pouvait être organisée par la volonté commune des fidèles.

Dans cet évènement précis, la procession avait généralement pour vocation la protection de la ville contre les catastrophes et devaient respecter un déroulement précis tant d’un point de vue temporel que géographique.

La procession respectait un ordre de passage précis. Le cortège passait dans la rue Garlande, Rue sainte Geneviève, Rue saint Etienne des Grès, puis la rue saint Jacques et par le Petit-Pont afin que les reliquaires secondaires puissent s’adjoindre au cortège. Enfin, elle se terminait avec le regroupement de ces objets de dévotion à la Cathédrale Notre Dame. A la fin de la manifestation, la châsse sainte Geneviève demeurait visible aux habitants durant huit jours afin que ceux-ci puissent rendre hommage à Dieu et à leur sainte Patronne.

Au sein du cortège, la position des reliquaires est également normée. Ainsi, la châsse Sainte-Geneviève devait être précédée par celle de Saint-Marcel. L’emplacement de chaque pièce est en corrélation avec les liens que Saint-Marcel entretenait avec la Sainte Patronne. Le culte de ces deux saints était lié puisqu’il semblerait que Saint-Marcel fut le prêtre qui consacra Sainte-Geneviève.
 

 

Procession actuelle de la Châsse Sainte-Geneviève à Paris, Premier dimanche de janvier © C.D

 

Des objets de dévotion : les reliquaires

 

De part leur fonction symbolique, les reliquaires sont les pièces maîtresses des processions dont la conception est en perpétuelle évolution.

Au sein de cette catégorie d’objets, deux types de reliquaires se côtoient. Un premier genre est dédié aux processions et date de la fin du XIIème siècle jusqu’au milieu du XIIIème siècle. Le deuxième groupe rassemble des objets dont la conception débute à partir de 1261 jusqu’à la fin des années 1300 et dont la fonction principale ne semble pas concerner les processions. Ce regroupement fait apparaître deux caractéristiques : de petites dimensions et une iconographie particulière que nous n’aborderons pas dans cet article.

 

 

Châsse de Saint-Romain, détail du socle, anneaux où se glissaient deux imposants manches en bois permettant de soulever l'objet © C.D


La structure du reliquaire lie l’architecture et l’orfèvrerie dans la mesure où l’objet intègre un certain nombre d’éléments architecturaux. Ces coffrets s’articulent autour de la châsse de Saint-Taurin, de celle de Saint-Romain, de Sainte-Geneviève et de Saint-Marcel.

L’ensemble de la structure prend la forme d’une église imposante possédant tous les éléments architecturaux comme des pinacles, trois ouvertures sur les façades, des gâbles et une flèche sur le toit. Le reliquaire intègre des bas-reliefs ponctués de statuettes se détachant légèrement du fond. Elles sont intégralement incluses dans l'œuvre dans la mesure où elles semblent reposer sur le plateau. Les deux façades latérales sont animées par trois ouvertures se composant de contreforts surmontés de pinacles pareillement aux édifices de pierre. Tous comme ces bâtisses, l’objet présente une orientation dû à la présence de personnage clé aux quatre points cardinaux soulignés par d’imposants arcs brisés. La matérialité est accentuée par la représentation, en gravure, des pierres de taille. Seuls les éléments détails essentiels sont repris dans le domaine de l’orfèvrerie, l’important dans ces objets est de montrer l’importance des reliques. De ce fait, le reliquaire est au service de la relique qu’il renferme.
 

 Une iconographie au service des processions

 

Châsse de Saint-Taurin, exemple d'iconographie courant sur les rampants du toit © C.D

 

Une iconographie particulière se développe dès le début des processions avec reliques. Les reliquaires à destination des processions sont davantage des réceptacles de reliques dans la mesure où sur ces plaques de métal la vie du saint est relatée. La représentation ne présente aucune individualisation, plastiquement leur rang dans la religion est marqué par des repoussés plus ou moins importants.

Le fait de porter à la vue de la population ses reliques et cette iconographie, le reliquaire rappelle que les saints sont des hommes qui ont fait le choix de sacrifier leur vie et de mourir en martyr. Et, qu’il est donc nécessaire de les considérer comme un exemple à suivre. De ce fait, le reliquaire offre un témoignage de « bonne conduite » sur Terre.

 

Le symbolisme dans les processions avec reliques

 

 
Cette préciosité est légitimée dès le XIIème siècle avec l’abbé Suger qui recommande l’emploi de l’or, des pierres précieuses et tout ce qu’il y a de plus rare. Il justifie leur utilisation, par la sacralité des reliques qu’il assimilait au soleil. Cette idée de rayonnement se retrouve reprise dans le déroulement des processions. Beaucoup de fidèles approchaient des miroirs près de ces objets dorés afin d’être touchés par la Grâce. Symboliquement, la couleur or traduit la beauté spirituelle et matérialise la lumière divine. Cette matérialisation de la « Vraie Lumière » permet à l’esprit des fidèles et à celui des religieux de se rapprocher de Dieu.


Au sein des communes, le déroulement des processions possède les mêmes codes que ceux en vigueur sur les « Routes de la foi » . Toutefois, des éléments usuels propres aux processions locales existent et notamment en ce qui concerne les causes d’organisation de processions. Ces justifications ont pour sources la protection de la ville ou de ses habitants.

Au sein du cortège un élément semble majeur : le reliquaire ou la châsse. Ces objets de dévotions sont extrêmement vénérés du fait de l’importance des contenus qu’ils renferment. Ils sont par conséquent, considérés comme des éléments intercesseurs entre le monde divin et le monde profane. Ceci peut sans doute expliquer la richesse iconographique et l’importance que revêt la couleur or au sein de ces coffrets.

 

 

L'abbé Suger, détail d'un vitrail, Basilique de Saint-Denis © Acoma


Ces innovations peuvent également s’expliquer par des mutations qui ont lieux au sein des villes durant la seconde moitié du XIIIème siècle du fait d’une structuration de plus en plus importante des corporations.

En dépit d’une stylisation extrême de l’iconographie, l’essentiel du message est présent dans la mesure où l’accent est mis sur les miracles et la dévotion envers les personnages sacrés. Dans le second groupe de reliquaires datant de la fin du XIIIème siècle, la narration fait son apparition. Dans le Reliquaire de Saint-François et de Sainte-Claire, ce cas de figure est présent : les deux personnages se tournent vers le Seigneur ce qui est relayé par leurs positions et leurs gestes. Ceci implique donc une nouvelle conception iconographique au sein des reliquaires.

Ainsi ces objets de dévotions sont des éléments essentiels dans les processions avec des reliques du fait de leur fonction symbolique.

 

Châsse de Sainte-Geneviève, reconstitution, Paris © C.D

 

Cécile Dufour

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Le 30 janvier 2013

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Cécile Dufour

Docteur en Histoire de l’art médiéval, ses travaux de recherche concernent l’orfèvrerie au service du culte et essentiellement les productions parisiennes de la fin du XIIème et du XIIIème siècle.

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