VENISE - La Basilique SAINT-MARC (3/3)
Publié le : 22 Juillet 2012Détail des mosaïques de l'intérieur de Saint-Marc - (c) Archivio Fotografico SCALA
Lorsque Venise décida de rénover l’église qui abritait la relique du corps de saint Marc, elle pensa construire une magna giesa (« grande église » en patois vénitien) témoignant de l’expansion que la ville et l’état connaissaient sous le gouvernement du doge Domenico Contarini (1043-1071), mais aussi de l’importance économique, civile et politique accrues de la République Sérénissime.
Comme nous le savons, le modèle de la nouvelle basilique fut trouvé à Constantinople, avec l’église des Douze Apôtres datant de l’époque de l’empereur Justinien (VIème siècle). Ce choix se justifiait par le fait que la tradition, en particulier orientale, comptaient les évangélistes Marc et Luc au nombre des douze apôtres. Les cinq coupoles, une pour chaque bras et une à la croisée du transept, surmontant des voûtes qui reposaient sur quatre piliers, formaient une grandiose architecture en forme de croix qui fut d’emblée revêtue de mosaïques dans sa partie supérieure. Ce revêtement est considéré comme d’origine byzantine car il présente des éléments figuratifs clairement influencés par l’art oriental. De plus, des documents attestent la présence à Venise de nombreux maîtres mosaïstes « grecs », c’est à dire de l’école byzantine.

L'"Inventio", la découverte du corps de saint Marc - Mosaïque du bras méridional du transept, mur ouest - deuxième quart du XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Lorsque la nouvelle basilique fut achevée en 1094, on décida de transporter les relique dans le nouvel édifice. Mais il fut impossible de les retrouver car elle auraient disparues lors de l'incendie de 976 ou à cause de l'oubli de l'endroit exact où elles avaient été ensevelies. Des prières et des jeûnes furent organisés. Enfin, le 25 juin, en présence du doge, de l'évêque, de la noblesse et du peupl recueillis en prière, un bras de saint Marc apparut à l'un des piliers du côté sud, indiquant l'emplacement où reposait son corps.
Le cycle des mosaïques de Saint-Marc est un document intéressant exécuté au fil des siècles en une sorte de chantier en activité durant huit siècles. La partie primitive de la décoration, réalisée au cours du XIIème siècle, suit un programme iconographique conçu par un théologien vénitien qui s’inspira librement de modèles byzantins. C’est le grand message du salut chrétien, concentré dans les trois coupoles de la nef centrale, dites des Prophètes, de l’Ascension et de la Pentecôte. Ce sont les chefs-d’œuvre de mosaïstes anonymes qui sur fond de tesselles d’or, traditionnel symbole de la divinité et du Royaume des cieux, ont créé trois précieuses symphonies mettant en scène des personnages selon les canons de l’iconographie orientale. Tout autour, les représentations sont liées à la dévotion vénitienne : la Vie de saint Marc dans les tribunes de part et d’autre du chœur, la Vie de la Vierge dans les deux bras du transept, et de nombreuses figures de saints sur les deux autres coupoles et les petites voûtes.

Le corps de saint Marc porté en procession dans la basilique - Mosaïque du cul de four du portail Sant'Alipio (façade occidentale) - XIIIème siècle - (c) FCL - Le doge, accompagné du clergé et du peuple, fait entrer dans l'église le cercueil contenant le corps de l'évangéliste. Il s'agit de la première représentation complète de la basilique resplendissante des marbres et des colonnes apportées d'Orient, avec ses coupoles et les quatre chevaux placés sur la terrasse. L'épisode se situe entre 1265 et 1270.
La décoration du narthex fut achevée au XIIIème siècle. Le vaste et complexe cycle de mosaïques inspirées par les miniatures paléochrétiennes qui représentent les épisodes des cinq premiers livre de l’Ancien Testament permet d’observer l’évolution du langage et du style des mosaïstes, désormais tous vénitiens : les figures ne sont plus isolées sur le fond d’or mais prennent place dans des décors naturels ou des architectures de plus en plus complexes. On trouve également de splendides mosaïques du XIIIème siècle à l’intérieur de l’église avec les panneaux – pinakes – représentant les prophètes aux murs de la nef centrale et les deux grandes scènes de la Prière dans le jardin des Oliviers et de la Découverte du corps de saint Marc ; sur la voûte de la chapelle Zen (Vie de saint Marc) et sur la façade avec Le corps de saint Marc porté en procession dans la basilique, au cul-de-four de la porte Sant’Alipio et seule mosaïque du XIIIème siècle à avoir subsister à l’extérieur.

Le Martyre de saint Jean Baptiste - Baptistère - Milieu du XIVème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Les artistes allient ici la tradition byzantine et la peinture venitienne du temps, comme le prouve l'élégance gothique des détails. Ci-dessous : Salomé.

C’est Andrea Dandolo (doge de 1343 à 1354) qui commanda les deux importants cycles de mosaïques du baptistère et de la chapelle Saint Isidore, alliant la tradition byzantine et les nouveautés stylistiques d’influence occidentale apportées par Paolo Veneziano, le grand initiateur de la peinture vénitienne.

Mosaïques de la voûte de la chapelle des Mascoli - Episodes de la Vie de la Vierge - (c) FCL - Cette élégante décoration gothico - Renaissance a été réalisée par l'école de Michele GIAMBONO qui place les divers épisodes dans des architectures de l'époque.
C’est au milieu du XVème siècle que date la décoration de la chapelle des Mascoli. Elles narrent, en cinq scènes, les épisodes de la Vie de la Vierge en suivant les évangiles canoniques et apocryphes et constituent un témoignage intéressant de l’évolution artistique à la Renaissance.
La dernière réalisation, dans les premières décennies du XVIème siècle, la réalisation du décor de la voûte de la sacristie, refaite d’après un projet établi entre 1486 et 1493. A cette occasion, la présence de Titien et de son atelier est attestée : ils conçurent les figures des prophètes et des apôtres entourant une grande croix centrale, représentés sur un fond de motifs végétaux comme l’exigeaient les canons de la Renaissance.
A compter du XVIème siècle, tous les grands noms de l’école vénitienne (Titien, le Tintoret, Véronèse, Palma le Jeune) travaillèrent pour les mosaïques de Saint-Marc. Les nombreux travaux exécutés entre le XVIème et le XVIIIème siècle furent des réfections. En effet, les mosaïques qui tombèrent ou furent endommagées par des incendies, des tremblements de terre ou d’autres causes violentes, furent refaites à la condition de respecter l’ancien programme iconographique, les inscriptions devant être identiques.

La Prière au Jardin des Oliviers - 1214-1220 - (c) Archivio Fotografico SCALA
En ce sens, le cas de la voûte située entre les coupoles des Prophètes et de l’Ascension (XIIème s.), restées en grande partie intactes en dépit de nombreuses restauration, est exemplaire : les scènes précédentes qui illustraient le début de la Vie de Jésus (Annonciation, Adoration des Mages, Présentation au Temple, Baptême, Transfiguration) furent refaites par Giannantonio Marini entre 1588 et 1589 d’après des cartons du Tintoret et présentent la richesse des couleurs et la fraicheur innovatrice des toiles de ce peintre.

Voûte entre la coupole de l'Ascension et la coupole de la Pentecôte - (c) Archivio Fotografico SCALA - Cette oeuvre du Maître de la Crucifixion date des dernières décénnies du XIIème siècle. Elle est d'une exceptionnelle qualité artistique au point que certains considèrent ces mosaïques comme les plus belles de la basilique. Seule la représentation des Femmes au Sépulcre a été remaniée au XIVème siècle.
Le programme iconographique des 8000 m2 de mosaïques ornant l’extérieur et l’intérieur de la basilique fut établi par un Vénitien, peut-être le théologien Iacobo Venetico Greco, chanoine de la basilique en 1136. Il se subdivise en thèmes bibliques et hagiographiques. Les mosaïques du narthex, disposées selon un ordre rigoureusement fidèle à l’Ancien Testament et commencées selon toute probabilité en 1230, après la reconstruction de cette partie de la basilique détruite par un séisme, obéissent à un schéma lié à la liturgie chorale selon le rite romain après la réforme mise en œuvre entre 1243 et 1244 par le franciscain Aimon de Faversham. Cette liturgie est documentée à Saint-Marc par l’Antiphonaire datant de la même époque. Ce programme liturgique commençait le dimanche de septuagésime et continuait les dimanches de sexagésime et de quinquagésime jusqu’aux dimanches de carême.

La coupole de la Création - Première des coupoles du narthex en partant de la droite - Première moitié du XIIIème siècle - (c) Helmuth Nils Loose - L'histoire de la Création est illustrée par 25 scènes tirées du livre de la Genèse. chaque journée est accompagnée de la présence des anges qui assistent Dieu. Nous reviendrons en détail sur ce remarquable cycle dans un futur article.

Détail de la coupole de la Création - Première moitié du XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA
Le dimanche de septuagésime (le premier des trois dimanches préparant le carême) commençait la lecture de la Création du monde. C’était ensuite le tour de la Vie de Noé lors du dimanche de sexagésime (deuxième dimanche avant le carême) et, le dimanche de quinquagésime, celui précédant le carême, de la Vie d’Abraham. Le premier dimanche de carême, la lecture biblique était remplacée par un texte patristique. La lecture biblique reprenait les dimanches suivants avec les Vies d’Isaac et de Jacob (deuxième dimanche), l’histoire de Joseph vendu par ses frères, devenu vice-roi d’Egypte et reconnu par eux (troisième dimanche), celle de Moïse libérant son peuple de l’esclavage (quatrième dimanche).

Coupole d'Abraham - Milieu du XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Tout comme les autres représentations de mosaïques du narthex, cette coupole, qui est la deuxième à partir de la droite, est accompagnée d'inscriptions commentant les différentes scènes et insérées dans la décoration

Coupole de Joseph - Narthex septentrional - XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Ci-dessous : Joseph devant Pharaon.


Coupole de Moïse - Narthex septentrional - XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA
Ces thèmes sont illustrés par les mosaïques commençant à l’extrémité droite du narthex et se poursuivent sur les coupoles et les murs, jusque dans le bras septentrional avec la Vie de Joseph et de Moïse. En général, chaque vie occupe une seule coupole, à l’exception de celle de Joseph qui en occupe trois. L’accent pourrait avoir été mis sur cette vie de Joseph, représentée de manière remarquable, pour honorer le vice-roi de l’Egypte pharaonique, terre christianisée par saint Marc.

Détails des scènes de la Vie de Noé - Mosaïque du narthex occidental - XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Noé fait entrer un couple de paons, symboles de l'empire persan et un couple de lions, représentant le royaume de Judas, l'évangéliste Marc et la République de Venise. Le nationalisme ne date pas d'aujourd'hui...

Dans certaines scènes on remarque le sentiment nationaliste vénitien : dans la Création des animaux, sur la coupole dite de la Genèse, une paire de lions, symbole de l’évangéliste et de la République de Venise, se prosterne devant le Créateur, avant les autres animaux. Dans le Déluge, si Noé sauve les paons, symboles de l’empire persan, et les aigles de l’empire byzantin, il ne manque pas de faire entrer dans l’arche les lions qui représentent à la fois le royaume de Juda et la République de Venise, son héritière idéale. En ce qui concerne les sources iconographiques, tous les spécialistes s’accordent pour dire que les mosaïstes travaillant dans le narthex s’inspirèrent plus ou moins librement de la Genèse Cotton (du nom de Sir Robert Cotton qui l’acheta au XVIIème siècle), un manuscrit d’époque constantinienne d’origine égyptienne, conservée actuellement à la British Library de Londres. Les représentations de la Vie de Moïse auraient été inspirées par la Bible de Gérone, postérieure à 1261.

Genèse Cotton, Abraham avec les anges - Vème ou VIème siècle, 105 mm x 85 mm (Cotton Otho B VI, f. 26v) – British Library, LONDRES – © British Library.

La coupole des Prophètes ou de l'Emmanuel - Première moitié du XIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - La mosaïque de cette coupole couvrant le choeur de la basilique est due à des artistes byzantins et marque le début de l'iconographie de la série des Prophètes rappelant la promesse faite par Dieu pour sauver l'humanité. Ils entourent la Vierge Marie que surplombe la figure de l'Emmanuel.
Le cycle du narthex fut achevé vers 1275. Celui de l’intérieur, entrepris dès que la basilique fut achevée, c’est-à-dire peu après 1094, ne s’acheva que vers le milieu du XIIIème siècle. Ces mosaïques, en raison de leur disposition, représenteraient l’Histoire du Salut (historia salutis) selon l’axe longitudinal à partir de la coupole du chœur dite coupole des Prophètes ou de l’Emmanuel, l’envoyé du Père éternel, pour les périodes de l’Avent, de Noël et de l’Epiphanie.

La coupole de la Pentecôte - Milieu XIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Oeuvre d'artistes byzantins, cette mosaïque a subi de nombreuses restaurations dans la partie occidentale entre le XVème et le XVIIIème siècle. Au centre, le trône de gloire et la colombe de l'Esprit Saint. Autour, on voit les douze Apôtres dans la série byzantine comprenant les quatre Evangélistes et saint Paul. Les Evangélistes se reconnaissent au livre qu'ils tiennent dans la main. Les visages sont empreints d'un esprit nouveau. Dessous, entre les ouvertures, les peuples qui écoutèrent la prédication, selon l'énumération qui est faite dans les Actes des Apôtres.
Dans la période après Pâques, la lecture principale était celle des Actes des Apôtres, représentés dans l’espace des tribunes latérales face à la coupole de la Pentecôte, où les épisodes des vies des douze apôtres sont basés tantôt sur des sources historiques sûres, tantôt sur des sources apocryphes.

La voûte de l'Apocalypse et du Jugement Dernier - XIXème siècle (c) FCL - Le mosaïste Giovanni MORO releva les dessins de l'ancienne mosaïque datant du XVIème siècle qui s'était fortement détériorée. Mais il fut licencié et l'on pensait utiliser des cartons du directeur de l'académie des Beaux-Arts de l'époque, l'autrichien Karl Von BLAAS. La sensibilité artistique d'un membre du conseil de fabrique empêcha cette réalisation et lors de l'annexion de Venise au Royaume d'Italie en octobre 1866, les relevés de MORO furent repris.
Le texte de l’Apocalypse de saint Jean, le dernier livre de la Bible, est illustré entre la troisième coupole (de la Pentecôte) et la sortie de la basilique.
Les autres cycles liturgiques représentés de manière synthétique ont trait à l’Eucharistie et à la Vierge. Le tabernacle contenant le Saint-Sacrement était placé, au moins à partir du XIVème siècle et jusqu’en 1517, sur le mur de gauche à l’entrée du chœur, conformément à l’usage de l’époque. Les mosaïques qui l’entouraient avaient donc trait au mystère de l’Eucharistie tel qu’il était annoncé et institué dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Les Tentations de Jésus - Arc du transept sud, côté est - début XIIème siècle avec restaurations du XIXème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA.
Le cycle ayant trait à la Vie de la Vierge commence en éventail sur les deux murs occidentaux du transept et se termine au centre du narthex. Les premières représentations illustrent les Episodes de la Naissance de la Vierge conformément aux textes apocryphes (Protévangile de Jacques), mettant l’accent sur l’histoire d’Anne et de Joachim, les parents de Marie, avec en pendant sur le mur d’en face les épisodes de l’Enfance de Marie, du Mariage de la Vierge et de l’Annonciation. Le thème marial est repris avec la Mort de la Vierge, au centre du narthex, dans ce que l’on appelle le Pozzo. Selon un schéma partiellement byzantin, l’épisode marial est disposé sur le côté du cycle christologique de l’Historia Salutis.

Coupole de saint Léonard - Bras sud du transept - XIIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Quatre saints vénérés à Venise : Nicolas, Clément, Biagio et Léonard. Sur les pendentifs, représentations de saint Erasme et les saintes Euphémie, Euphémie, Dorothée et Thècle.
C’est en relation avec ces thèmes liturgiques qu’il faut interpréter les deux représentations des sources de la Révélation, à savoir l’Ecriture sainte et la Tradition ecclésiastique qui se trouvent dans les pendentifs de la coupole de l’Ascension et de la coupole septentrionale, dite de Saint Jean. De nos jours, les théologiens, depuis Vatican II, admettent comme seule source de révélation divine l’union de l’Ecriture sainte et de la Tradition, tandis que dans la doctrine médiévale, les deux sources étaient distinctes.

Matthieu écrivant son Evangile - Pendentif nord-est de la coupole de l'Ascension - Dernier quart du XIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - A l'arrière plan, les architecture évoque les lieux où se déroula la vie du saint. A ses pieds coule le fleuve biblique Gihon, symbole de l'eau de la Vie nouvelle annoncée par l'Evangile.
En effet, dans les pendentifs de la coupole de l’Ascension, la présence des quatre Evangélistes et de leurs fleuves respectifs dans le Paradis terrestre veut souligner que la révélation divine est apportée à l’Eglise et à l’humanité par la parole de Dieu écrite (l’Ecriture), tandis que sur les pendentifs de la coupole de Saint Jean les effigies des quatre Docteurs de l’Eglise, à savoir Ambroise, augustin, Grégoire le Grand et Jérôme, symbolisent la Tradition. L’interaction de l’Ecriture et de la Tradition se retrouve également à l’extérieur de la basilique dans la décoration sculptée, avec les quatre Docteurs de l’Eglise au sommet de la façade septentrionale et les quatre Evangélistes sur la façade occidentale.

Les quatre saints patrons de Venise : Nicolo, Pierre, Marc et Ermagora - Abside du choeur de la basilique - Fin XIème, début XIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Il s'agit des restes de la première décoration de mosaïque de tradition byzantine initiée par le doge Domenico SELVO (1071-1085).
Il nous reste à évoquer les cycles hagiographiques (saint Marc, saint Pierre, saint Jean, le pape Clément Ier) ou les saint pris individuellement - pour un total de 181 figures - qui peuvent être mis en rapport avec les liens politiques et économiques existant entre Venise et les marchés d’Orient et d’Occident. C’est par exemple le cas de saint Léonard pour la France ou de saint Boniface pour les territoires allemands.

L'arbre de Jessé - Transept nord, mur septentrional - XVIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Connu également sous le nom d'arbre généalogique de la Vierge, laquelle figure avec son Enfant au sommet de l'arbre à la racine duquel se trouve Jessé. Le sommet de l'arbre est le lieu où le Christ s'unit à l'humanité. Cette mosaïque fut réalisée par Vincenzo BIANCHINI d'après un carton de Giuseppe PORTA, dit SALVIATI.
De nombreuses fêtes religieuses étaient célébrées dans la basilique. Quatre fêtes étaient consacrées au saint patron : le 31 janvier, en souvenir de la translation de son corps ; le 25 avril, jour de son martyre ; le 25 juin, jour de la découverte de ses reliques ; le 8 octobre, anniversaire de la consécration de la basilique. Le 31 janvier portait le nom de San Marco dei mezéni pour rappeler que les reliques du saint avaient été placées in mezzo, au milieu des morceaux de lard, ce qui rappelle une très ancienne technique culinaire en vigueur dans les campagnes de Vénétie depuis des temps immémoriaux et consistant à conserver les viandes en les alternant avec du lard et des feuilles de chou.

Le doge et sa cour honoraient de leur présence certains rites solennels célébrés dans la basilique. En effet, le doge se considérait comme le vicaire de l’évangéliste, avec un pouvoir de juridiction sur la basilique et certaines églises vénitiennes indépendantes de l’autorité papale ; il avait presque les pouvoirs d’un évêque, pouvoirs qu’il exerçait par l’intermédiaire du chanoine primicier, son délégué pour les affaires spirituelles. Lors des fêtes en l’honneur de saint Marc, le doge participait aux liturgies. Sa présence à la messe était régie par des règles liturgiques précises correspondant à celle de « l’assistance pontificale » de l’évêque dans le Caerimoniale episcoporum en vigueur jusqu’aux dernières réformes. Les chanoines faisaient bossolo, c’est à dire qu’ils se réunissaient en demi-cercle autour du doge pour réciter avec lui le Gloria, le Sanctus, l’Agnus Dei et d’autres prières. Dans les rites les plus solennels de la Semaine sainte, le doge participait chaque jour aux célébrations liturgiques.
Ajoutons que le rite dit patriarcal fut en vigueur dans la basilique jusqu’en 1807. On pourrait le comparer au rite romain de l’Eglise latine, mais avec certaines particularités dans l’utilisation des psaumes.

La Vierge entourée de saints - Narhex Occidental, portail d'entrée - XIème siècle - (c) FCL

Les principales représentations dans le cycle des mosaïques de la basilique Saint-Marc – 1. Porte Sant’Alipio 2. Chapelle Zen 3. Coupole de la Création 4. et 5. Histoire de Noé 6. Coupole d’Abraham 7. Première coupole de Joseph 8. Deuxième coupole de Joseph 9. Troisième coupole de Joseph 10. Coupole de Moïse 11. Inventio du corps de saint Marc 12. Pantocrator et coupole de l’Emmanuel 13. Pynakes 14. Pynakes 15. L’Annonciation 16. L’Arbre de Jessé 17. La Visitation 18. La Mission de Joseph 19. L’Epiphanie 20. Le Baptême de Jésus 21. Martyre de Jean-Baptiste et danse de Salomé 22. Les Tentations de Jésus 23. La Pêche miraculeuse et la Tempête apaisée 24. La Multiplication des pains 25. Jésus et la Samaritaine 26. Zachée 27. L’Entrée de Jésus à Jérusalem 28. La Cène 29. Le Lavement des pieds 30. La Prière au Jardin des Oliviers 31. L’Arrestation de Jésus 32. La Crucifixion 33. L’Annonce de la Résurrection 34. La Descente aux Enfers 35. Les Apparitions du Ressuscité 36. Coupole de l’Ascension 37. Coupole de la Pentecôte 38. Deesis
Renseignements pratiques et conseils
La basilique Saint-Marc est certainement le monument vénitien le plus visité. Cela entraine de nombreux désagréments, en particulier pendant la saison estivale : jusqu'à 45 minutes d'attente avant de pouvoir pénétrer dans l'édifice, un nombre conséquent de groupes et un climat peu favorable à la méditation et à la contemplation paisible...
La meilleure manière de contempler les mosaïques est de participer aux célébrations eucharistiques. En effet, les mosaïques sont illuminées lors des messes dominicales.
Vous n'êtes pas obligés d'imiter la majorité des touristes qui ne passent en moyenne que dix minutes à l'intérieur de la basilique ! Prenez le temps de découvrir et d'admirer et comptez au moins 90 minutes pour une visite complète (avec le cycle des mosaïques). Rien ne vous empêche de fractionner votre visite en revenant approfondir après une première "prise de contact". Vous pouvez vous munir de jumelles pour aprécier les détails des mosaïques et de petits miroirs afin d'éviter de trop lever la tête...
Il est demandé aux visiteurs de respecter le caractère sacré du lieu (les vêtements doivent être appropriés : épaules couvertes pour les dames ; les tenues légères ou débraillées sont à proscrire : les gardiens à l'entrée sont plutôt sévères... Vous ne pouvez pas entrer dans la basilique avec des sacs ou des bagages volumineux : ceux-ci doivent être déposés dans l'Ateneo San Basso (Piazzetta dei Leoncini, face à la Porta dei Fiori, façade nord). Il est interdit de photographier et de filmer.
Le Bureau de la pastorale tourisme et des pèlerinages du diocèse de Venise, en collaboration avec la Procuratoria di San Marco, offre la possibilité d'une visite guidée de la basilique San Marco afin de mieux comprendre son message biblique et théologique. Les visites sont possibles pour les personnes individuelles (réservation nécessaire pour les groupes) tous les jours (dimanches et jours fériés exclus) d'avril à octobre à 11h00. Le rendez-vous est fixé dans l'atrium de la basilique à côté du portail central, côté droit. Pendant la période estivale, vous y trouverez le détail du calendrier pour les autres visites en italien et dans d'autres langues .
d'Octobre à Mars/Avril (Pâques)
Ouverture de la basilique : de 9h45 à 17.00 - Dimanche et jours fériés : de 14h00 à 16h00(entrée gratuite)
Musée de Saint-Marc : de 9h45 à 16h45 (entrée 5 €)
Pala d'Oro visible de 9h45 à 16.00 - jours fériés de 14h00 à 16h00 (entrée 2 €)
Trésor : de 9h45 à 16h00 - jours fériés : de 14h00 à 16h00 (entrée 3 €)
de Mars/Avril (Pâques) à Octobre
Ouverture de la basilique : de 9h45 à 17.00 - Dimanche et jours fériés : de 14h00 à 17h00(entrée gratuite)
Musée de Saint-Marc : de 9h45 à 16h45 (entrée 5 €)
Pala d'Oro visible de 9h45 à 17.00 - jours fériés de 14h00 à 16h00 (entrée 2 €)
Trésor : de 9h45 à 17h00 - jours fériés : de 14h00 à 17h00 (entrée 3 €)
Offices religieux :
Messes en semaine : 7h00 - 8h00 - 9h00 (Messe du chapitre précédée de l'office des Laudes) - 10h00 (au baptistère) - 11h00 - 12h00 (sauf en juillet et août) - 18h45 (précédée de l'office de Vêpres et du Rosaire - le samedi, messe anticipée du dimanche).
Le dimanche et jours de fête : Messe à 7h00 - 8h00 - 9h00 - 10h30 (avec le choeur de la Capella Marciana) - 12h00 - 18h45 (animée par les chorales étrangères de passage à Venise) - Vêpres à 17h30.
Accès par la porte dei Fiori (façade septentrionale), sur la Piazetta dei Leoncini.
Vaporetto :
Arrêt S. Marco - Vallaresso : lignes 1 - 2 - 10 - N - VA
Arrêt S. Marco - S. Zaccaria : lignes 1 - 2 - 4.1 - 4.2 - 7 - 14 - N
Pour aller plus loin :
Ettore VIO, La Basilique Saint Marc de Venise - ISBN 978-2-85088-177-0 – Editions Citadelles et Mazenod
Gisela HELLENKEMPER, La Création du Monde - ISBN 2-204-02484-8 – Editions du CERF
Otto DEMUS, Herbert L. KESSLER, The Mosaïc Décoration of San Marco, Venice - ISBN 0226142914, 9780226142913 - University of Chicago Press (en anglais)
Bruno BERTOLI, Antonio NIERO, I Mosaici di San Marco, un itinario biblico – Editions Electa (en italien)
Giulio LORENZETTI, Venezia e il suo estuario, ISBN 88-861179-24-3, Lint Edizioni, Trieste
Si vous pratiquez l'italien, je vous conseille le "Lorenzetti", le guide le plus complet, et que nombre de vénitiens possèdent. De petit format (17 x 12,5 cm), ce guide historique et artistique de 1000 pages propose, après trois chapitres historiques introductifs, douze itinéraires vous permettant de sortir des sentiers battus. Viennent ensuite les descriptions des collections d'art et celles des îles de la lagunes. Index et plans complètent cet ouvrage illustré en noir et blanc.

La Descente aux Enfers - Façade occidentale, registre supérieur, deuxième lunette à gauche des arcs centraux - (c) FCL - Mosaïque réalisée par le mosaïste Luigi GAETANO en 1617-1618 d'après le carton de Maffeo da VERONA.




