VENISE - La Basilique SAINT-MARC (2/3)
Publié le : 15 Juillet 2012Nous traitons de l’exceptionnelle richesse du cycle des mosaïques de la basilique Saint Marc dans l'article suivant daté du 22 juillet 2012

La basilique Saint-Marc ne constitue pas le centre géographique de la ville. Son emplacement ne coïncide même pas avec le souvenir de l’umbilicus urbis, indiqué aux environs de San Luca ou de San Giocomo di Rialto. Ce n’est pas l’endroit où la ville vit le jour et sa fondation n’est pas liée, selon la tradition, aux apparitions miraculeuses du Christ, de la Vierge et des saints qui guidèrent le saint évêque Magnus dans son choix des sites des premières églises de la lagune et de la ville de Venise. De plus, ce n’est qu’au XIXème siècle que la basilique devint la cathédrale de la ville, rôle qui depuis le Moyen Age appartenait à l’église San Pietro, située à l’écart. Pourtant, Saint-Marc est le centre de la vie historique et culturelle de Venise.

Plan de la basilique Saint-Marc - 1. Narthex occidental ; 2. Narthex septentrional ; 3. Baptistère ; 4. Iconostase ; 5. Pala d'Oro ; 6. Chapelle Saint-Pierre ; 7. Chapelle Saint-Clément ; 8. Autel de la Vierge Nikopoïa ; 9. Chapelle Saint-Isidore ; 10. Chapelle des Mascoli ; 11. Sacristie ; 12. Trésor ; 13 Chapelle Zen
La basilique primitive vit le jour comme un lieu de culte étroitement lié à l’autorité du doge et comme châsse du corps de saint Marc. Les sources et les récits médiévaux semblent refléter une continuité et une transition : bien qu’elle voit le jour à côté de l'antique église San Teodoro – surmontée de coupoles, ornée de riches décorations et liée au souvenir de l’autorité impériale d’Orient à laquelle était soumise la province vénitienne -, la nouvelle construction ne reprend pas le modèle de celle-ci. Sa forme n’appartient qu’à elle, de manière à rappeler qu’elle abrite la dépouille d’un grand saint. En effet, l’église primitive ne reprenait même pas le plan basilical de la plupart des églises épiscopales, ou du siège du patriarche de Grado, la Nova Aquileia, elle aussi liée à la mémoire de saint Marc. Les chroniques insistent sur le fait qu’elle rappelle clairement le Saint-Sépulcre de Jérusalem : des symboles universels y ont été empruntés pour être transportés à Venise, donnant naissance à un pôle artistique autonome, étroitement lié à l’autorité du doge qui délègue aussi à l’édifice le rôle de représentation de la pietas et de l’autoritas. Ainsi, il s’agit d’un lieu décisif pour la mise au point de l’image de la ville-état, de la commune de l’époque médiévale jusqu’à la République de la Renaissance.
Après la rénovation due à Pietro Orseolo, à partir de 1063, l’église des doges est reconstruite et agrandie sous de nouvelles et splendides formes. Le souvenir de la première capella ducis est réinterprété sur le modèle de l’église des Saints Apôtres de Constantinople, église-reliquaire et sépulture impériale fondée par Justinien et très proche d’une autre église voulue par cet empereur, celle de Saint-Jean à Ephèse. On donne donc à la sépulture de Marc les mêmes formes architecturales que celle de l’évangéliste Luc – vénéré à l’Apostoleion – et de l’évangéliste Jean, enterré à Ephèse.

Icône de la Vierge de la Victoire (Panagia Nikopoïa, "qui donne la victoire") placée sur l'autel du bras septentrional du transept - (c) Archivio Fotografico SCALA - Cette icône de style byzantin est également dite Hodigitria ("qui montre la voie") car elle était portée dans les batailles à la tête de l'armée. Datée du Xème siècle, elle arrive à Venise avec le butin de la IVème Croisade (1204) et fut recouverte par les fidèles de bijoux votifs enlevés à la suite d'un vol en 1970. Elle a cependant gardé son cadre d'argent d'origine, modifié au XVIIème siècle. Cette icône était exposée lors des fêtes solennelles et lorsque Venise se trouvait en danger. Elle fait encore aujourd'hui l'objet d'une grande vénération.
L’icône de la Nikopoïa arrive elle-aussi à Saint-Marc ; vénérée comme la sainte effigie qui avait occupé une place centrale dans la liturgie impériale, protectrice des Romains et « condottiere des légions », elle était autrefois conservée dans une chapelle des palais impériaux. Ainsi, Venise revêt triomphalement la mémoire et la souveraineté de Byzance.
Le rapport entre l’église, le panorama urbain et la place se renouvelle. Le profil des coupoles fait émerger avec une force visuelle accrue le site sacré au cœur de la ville-état. Les marbres et les cycles de mosaïques qui, à l’extérieur annoncent le programme iconographique de l’intérieur (cf. l’article du 22 juillet 2012 sur ce même blog) font de la façade, non plus une simple séparation mais une surface éclatante mettant en communication l’extérieur et les profondeurs sacrées et liturgiques de la basilique.
Le narthex a été étendu aux deux côtés du bras occidental de l’église, les murs extérieurs et intérieurs étant revêtus de marbres précieux, de bas-reliefs et de colonnes sur deux niveaux. Sur le portail central, on adapte des battants de bronze de l’époque de Justinien provenant de Constantinople et au-dessus trouvent place les chevaux prélevés dans cette même capitale de l’Orient, tout comme le groupe sculpté des Tétrarques et les deux élégants piliers placés à quelques pas de là afin de renforcer la magnificence de l’entrée d’apparat au sud de la basilique (cf. article du 8 juillet 2012 sur ce même blog).

Entrons par le portail central : les portes sont en bois plein revêtu de bronze sur lesquelles sont appliquées deux grandes grilles du VIIème siècle et dix protomés de lions dont neuf sont d’origine persane (Xème – XIème siècle). Au sol, devant l’entrée, une grande dalle de marbre rouge de Vérone rappelle la rencontre entre le pape Alexandre III et Frédéric Barberousse, le 23 juillet 1177. Dans le narthex sont ensevelis d’illustres doges qui contribuèrent à la construction de la basilique : Ordelaffo Falier (doge de 1086 à 1096), à droite en entrant, présent lors de la consécration de 1094 et Felicita Michiel (+1101), épouse du doge Vitale 1er Michiel (doge de 1096 à 1102) qui, éloigné de Venise par de nombreuses campagnes militaires, confia à sa femme le soin de diriger l’achèvement de la basilique.
L’art se fait symbole puisqu’un groupe de colonnes du narthex a été identifié comme d’authentiques reliques du Temple de Salomon, transportées de Jérusalem à Byzance et de là à Venise, ce qui témoigne de la transmission à la ville du rôle de Nova Hierusalem. Et le rituel même de l’exposition de la Pala d’Oro derrière le maître-autel, les jours de fête, ainsi que les splendides objets sacrés du Trésor de Saint-Marc, apparaissent comme la réplique des offrandes au temple de Salomon.

Lorsque l’on pénètre à l’intérieur de l’édifice, on est frappé par la richesse des revêtements de marbre et de mosaïques et par les proportions d’une architecture sans égale. On admire la succession d’arcs, de voûtes et de coupoles, revêtus de mosaïques d’or qui renvoient à l’infini la lumière provenant des ouvertures. Ici règne une impression de profondeur et de mystère. On s’arrête quelques instants pour s’habituer à ces ombres et ces lumières. Il faut se laisser pénétrer d’émotion…
Le plan est régulier, en forme de croix grecque avec un transept allongé. La nef centrale se termine par un chœur surélevé. Cinq grandes coupoles surmontent les voûtes en plein cintre reposant sur quatre robustes piliers. L’église du XIème siècle n’était pas revêtue de marbres, et les corniches byzantines marquant le début des voûtes et des coupoles constituaient la limite inférieure de la primitive décoration de mosaïques. Le reste était en briques apparentes.

Détail des colonnes et chapiteaux de la nef de la basilique Saint-Marc - (c) FCL
Ce n’est que sous le doge Vitale II Michiel (1156-1172) que l’on commença le revêtement de marbres. Nombre de colonnes et les chapiteaux ont été réalisés entre le VIème et le XIème siècle. Ils sont byzantins, en forme de paniers, de pyramide tronquée, revêtus de motifs floraux ou ornés de figures d’animaux. On remarquera les six chapiteaux dorés à têtes de béliers de la nef centrale et les dix chapiteaux à feuilles d’acanthe au dessus des piliers du transept.

Antonio VISENTINI, Pavement de la basilique - dessin, 1725-1730 - (c) Procuratoria di San Marco - Il s'agit de la première représentation détaillée du pavement de la basilique, tracée à l'encre sepia à l'echelle 1/100 environ.
Nous trouvons à Saint-Marc le principe de l’opposition entre la zone terrestre (le pavement et les murs et la partie céleste (voûtes et coupoles) ; leur fonction et leur destination sont soulignées par l’emploi de différents matériaux de revêtement. Si la partie supérieure a un caractère ostensiblement céleste, et donc métaphysique, en raison de la luminosité des tesselles de verre, d’or ou de couleurs qui symbolisent la lumière paradisiaque et projettent à l’infini la richesse et l’éclat des figures, la partie inférieure est typiquement terrestre par la consistance même du marbre des murs et du pavement où cohabitent des mosaïques en opus sectile (obtenu par l’alliance de tesselles de marbres sciées, de différentes couleurs, formant d’infinies géométries) et d’autres en opus tessellatum (de minuscules pièces de marbres et d’émaux obtenus par de petits coups de marteau et formant des figures florales ou des animaux), avec une nette prédominance du premier type. Les deux techniques remontent à l’Antiquité et leur présence ici atteste des moyens financiers des doges qui, pour la réalisation de ce tapis de 2099 m2, commandèrent les marbres les plus précieux et firent appel à des artisans qu’ils firent venir de Constantinople ou de Grèce.

Pavement en opus sectile réalisé en porphyre rouge et en marbre serpentin vert, croisée du bras septentrional du transept et de la nef centrale - (c) Archivio Fotografico SCALA - Ces "roues" sont exécutées avec un talent particulier : le motif central est attribué au mosaïste Giacomo PASTERINI, qui la réalisa en dix ans dans la première moitié du XVIIème siècle.
Le pavement est formé par l’assemblage de différents panneaux de diverses dimensions, à motifs géométriques et figuratifs ; d’autres surfaces, dans les parties bien éclairées, sont revêtues de grandes dalles de marbre provenant de l’île de Marmara, l’ancienne Propontide.

Détail du pavement, partie gauche de la nef - XIXème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA - Des octogones reliés entre eux par des cercles ornent chaque côté de la nef (ce sont des originaux à droite). La paon est un symbole païen christianisé évoquant la Résurrection (sa chair était autrefois considérée comme imputrescible).
Les géométries sont disposées de façon régulière, selon les principes de la symétrie. Des oiseaux, des animaux symboliques et des éléments floraux y trouvent place et complètent et enrichissent ce tapis. L’itinéraire de foi tracé par ces allégories suit un programme iconographique qui peut nous sembler complexe mais qui était à la portée de l’homme du Moyen Age.

On est impressionné par la majesté de l’iconostase séparant le chœur de la nef, véritable chef-d’œuvre de l’architecture et de la sculpture vénitienne. Cette enceinte de marbre datant du XIVème siècle. Au-dessus de l’entablement, le grand Christ d’argent repoussé – réalisé par Jacopo et Marco Bennato - est flanqué des statues des apôtres précédées de celles de la Vierge et de saint Jean Baptiste – œuvres de Jacobello et Pierpaolo dalle Masegne (1394) -, comme pour établir une médiation entre les fidèles et le sanctuaire. Les marbres précieux des compartiments inférieurs et la brocatelle rouge de Vérone des colonnes sont un enchantement pour les yeux.
Sur la droite, l'Ambone dell'Epistola a été édifiée au début du XIVème siècle avec des panneaux byzantins des Xème et XIème siècle. C'est de cette tribune polygonale soutenue par neuf colonnes de marbre que se présentait au peuple le doge nouvellement élu. C'est à cet endroit qu'étaient également exposées les reliques, les jours de solennité, le Jeudi Saint et pour la fête de l'Ascension.

A gauche de l'iconostase se trouve ce double ambon formé de l'assemblage de portions d'anciens murs orientaux. Le niveau inférieur est utilisé pendant les célébrations eucharistique pour la lecture de l'Epître, l'étage supérieur étant réservé à la proclamation de l'Evangile.

Le cyborium, l'autel et la Pala d'Oro - (c) Archivio Fotografico SCALA
Au centre du chœur, le cyborium est soutenu par quatre colonnes d’albâtre oriental. Ses arcs revêtus de « verde antico » (agglomérat de roches) reposent sur des chapiteaux du XIIème siècle. Au sommet, tournés vers les fidèles, sont placées les statues du Christ - réalisé par Tullio Lombardo – entouré des représentations de saint Marc et saint Jean.

Détail de la sculpture de l'une des quatre colonnes du cyborium - VIIème siècle - albâtre - (c) Archivio Fotografico SCALA
A en croire la tradition, les colonnes proviendraient de Santa Maria in Canneto et auraient été apportées à Venise par le doge Pietro II Orseolo (991-1008) après une expédition en Dalmatie. Les historiens de l’art dignes de foi ont confirmé la tradition selon laquelle elles seraient du VIIème siècle. Elles sont ornées de quatre-vingt dix scènes, chacune commentée par une inscription gravée sur le bandeau séparant les compartiments. La colonne postérieure de gauche porte des épisodes de la Vie de la Vierge et de Jésus et les colonnes postérieures et antérieures de droite sont ornées d’épisodes de la Vie de Jésus, de l’entrée dans Jérusalem à la gloire dans les cieux.

L'autel et la Pala d'Oro vus depuis la base de l'iconostase - (c) Carolina VICTORY
Le maître-autel est ouvert pour laisser voir le sarcophage de marbre contenant le corps de saint Marc. Derrière, la Pala d’Oro, lorsqu’elle est tournée vers les fidèles à l’occasion des fêtes solennelles, est mise en valeur par les splendides colonnes que nous venons d'évoquer.

La Pala d'Oro est un retable de trois mètre de long et deux de haut, incrusté de pierres précieuses, d’or et d’émaux, est d’une richesse exceptionnelle. Il se compose de trois parties. Dans la partie inférieure, exécutée à Byzance (1102-1105), les prophètes annonçant la venue du Sauveur sont représentés sur trois registres à partir du bord inférieur. Au centre figurent la Vierge, la Mère de Dieu, la princesse Irène et le doge Ordelaffo Falier.

Le Christ Pantocrator entouré des quatre Evangélistes, détail de la partie centrale de la Pala d'Oro - (c) FCL
Dans le registre central, les Apôtres sont disposés autour du Christ trônant entourés des Evangélistes. Dans le registre supérieur, les Archanges chantent la gloire de Dieu avec au centre le trône de gloire.

L'archange Michel, détail de la Pala d'Oro - partie haute du registre inférieur - (c) Archivio Fotografico SCALA - Cette photographie rapprochée nous permet d'apprécier l'admirable facture de cette figure de l'archange dont les cheveux frisés se détachent sur un nimbe vert. il porte une tunique revêtue d'émail bleu par dessus un habit azur au col richement décoré. cette figure est encadrée par d'élégantes colonnettes torses en émail bleu.
La partie supérieure, datable du Xème siècle, compte les plus splendides émaux byzantins rapportés avec le butin de la IVème croisade et représentant six fêtes de l’Eglise (Vie du Christ et des Apôtres), avec au centre l’archange Michel, défenseur de l’Eglise.

Le Baptême du Christ, détail de la Pala d'Oro, deuxième registre - (c) Archivio Fotografico SCALA - Des émaux bleus et verts forment ici les eaux du Jourdain. En bas, à gauche, un vieillard nu tenant une amphore est la personnification du fleuve.
Sur les bords de ce retable, dans la partie inférieure et le long de la ligne de séparation des deux parties, une série d’émaux carrés représentent l’Histoire de l’Eglise et la Vie de saint Marc. Ces émaux cloisonnés sont réalisés sur un fond de feuille d’or ; dans de fins filaments d’or, la poussière de verre, fondue au four, forme une couche continue d’environ 5/10ème de millimètre d’épaisseur, à travers laquelle brille le fond d’or. Ils ont la même fonction abstraite que les vitraux des cathédrales, atteignant une harmonie parfaite entre un produit exclusivement byzantin (les émaux) et les formes gothiques.

La Crucifixion, partie supérieure de la Pala d'Oro
En 1345, le nouvel encadrement gothique, commandé par le procurateur et futur doge Andrea Dandolo, fut achevé par l’orfèvre Giovanni Paolo Boninsegna, qui ajouta 1927 pierres précieuses : 526 perles, 330 grenats, 320 émeraudes, 255 saphirs, 183 améthystes, 75 rubis, 175 agates, 34 topazes, 16 cornalines, 13 jaspes ! A la valeur métaphysique de la lumière des émaux vient s’ajouter le symbole de l’élévation de l’âme dans la contemplation mystique. L’image que nous offre le retable est celle de la Jérusalem céleste, devenue métaphore de Venise à une époque où elle semblait devoir hériter le pouvoir de l’Empire Romain transféré à Byzance.

Les chapelles votives et annexes jouent un rôle important. La chapelle Saint Pierre, située à gauche du chœur, comme celle de Saint Clément, à droite, faisait partie de l’église primitive mais n’est plus surmontée de sa voûte d’origine. L'autel et le retable masquent la porte de l'impressionante sacristie édifiée en 1486 par Giorgio Spavento (visite sur réservation).

Détail de la marqueterie des lambris de la sacristie - (c) Archivio Fotografico SCALA - Les vues de villes, basées sur les canons et les modèles de l'architecture de la Renaissance, sont l'oeuvre des frères mantouans Antonio et Paolo MOLA (1496-1506). Elles sont représentées en perspective dans des encadrements d'arcs, fenêtres imaginaires d'où le regard se perd dans les visions marquetées. Ici, nous voyons une vue du quai donnant sur la lagune, avec un navire de marchandises. Beaucoup de ces marqueteries comptent des représentations des Miracles de saint Marc.
Les marqueteries de bois de cette sacristie constituent l'une des plus intéressants cycle en perspective de la fin du Quattrocento vénitien et rappellent les représentations de Carpaccio.

Au fond du bras septentrional du transept, une porte de bois couvert de grilles de bronze à motifs de petits arcs donne accès à la chapelle saint Isidore, un espace simple et pittoresque aux murs couverts de marbre ; sur l’autel, dans une lunette ogivale, un sarcophage contient la dépouille du saint, apportée de Chio à Venise en 1125. L’architecture de la chapelle remonte au XIVème siècle. Cette chapelle est rarement accessible à la visite et accessible lors de certaines célébrations liturgiques.

La capella nova de la Vierge, également dite chapelle des Mascoli, fut édifiée en 1430 par le doge Francesco Foscari en signe d’action de grâces à la Vierge car il avait échappé à un attentat organisé par ses adversaires politiques. Le nom sous lequel cette chapelle est connue est celui de l’ancienne confrérie des Mascoli, qui eut tout d’abord son siège dans la crypte, devenue impraticable dans la seconde moitié du XVIème siècle. Le doge Foscari réaménage cet espace qui servait de vestibule à la chapelle Saint Isidore attenante. Cet espace de petites dimensions est entièrement ouvert sur un côté de la basilique. Le devant d’autel en marbre est orné de deux anges thuriféraires agenouillés de part et d’autre de la Croix. Sur le retable de marbre clair, qui présente des traces de dorures, on peut admirer trois splendides sculptures attestant des innovations de la Renaissance vénitienne, non sans une influence toscane : la Vierge à l’Enfant, saint Marc et saint Jean.

La transformation de l’ancien porche méridional donne naissance à la « giesia dei putti », la première chapelle baptismale. Celle-ci prit son aspect actuel sous le doge Giovanni Soranzo (1312-1328) dont on peut voir le tombeau ainsi que celui du doge Andrea Dandolo (+1354). Les fonts baptismaux ont été réalisés par Jacopo Sansovino. L’autel est aménagé sur un bloc de granit portant une inscription jamais traduite et qui selon la tradition serait la pierre depuis laquelle le Christ prononça les Béatitudes : les Vénitiens l’auraient apportée de Tyr.

La chapelle Zen fut aménagée pour accueillir le tombeau du cardinal Zen, conformément au testament par lequel il laissait un leg généreux à la République vénitienne à condition d’être enterré dans la basilique. Cette chapelle est constituée de la niche du porche de l’ancienne porta da mar, au cul-de-four orné d’une Vierge à l’Enfant et par une voûte, ajoutée dans un deuxième temps, dont les mosaïques illustrent les épisodes de la Vie de saint Marc. L’autel est dit de la « Madonna della scarpa », une sculpture d’Antonio Lombardo flanquée de saint Pierre et de saint Jean-Baptiste, et surmonté d’un baldaquin en bronze et en marbre de Paros.

Icône de l'archange Michel - (c) DR - Cette icône en émaux cloisonnés sur or et pierres précieuses est une réalisation byzantine de la fin du XIème siècle. De part et d'autre, dans des médaillons émaillés, on peut voir des paires de saints guerriers, identifiés par les inscriptions qui les accompagnent.

Icône de l'archange Michel (détail) - (c) Archivio Fotografico SCALA
Dans le Trésor de la basilique, outre les reliquaires précieux, on admirera une icône représentant l'archange saint Michel en tenue de guerrier, sur un fond d'émaux. L'orfèvre a donné libre court à son talent à travers la cuirasse, créant une représentation d'une lumineuse pureté. C'est la lumière et la couleur qui frappe sur l'autre précieuse icône représentant du même archange (Xème - XIème s.) dont le visage, les avant-bras et les mains sont en argent doré. les ailes, le nimbe et les manches sont en émail cloisonné, tandis que le loros (la cuirasse couvrant le buste) est serti de pierres précieuses.

Ortophoron - XIIème siècle - (c) Archivio Fotografico SCALA
Un autre objet précieux, exécuté au XIIème siècle à Byzance pour conserver le pain de l'eucharistie (ortophoron), est un petit temple d'argent doré ajouré, à plan carré à quatre lobes surmonté de cinq petites coupoles et de quatre pointes se terminant par des croix. On peut y voir la représentation du Jardin d'Eden et de l'Arbre de vie et dans la partie inférieure des animaux fantastiques symbolisant les Vices vaincus par le courage et la sagesse. Un M et un V entrelacés, gravés sous la base et sur le bord inférieur de la petite coupole centrale indique que cet objet apporté de Byzance était dédié à Marc (Votum Marcum).

Paolo VENEZIANO et ses fils, Pala Feriale - 1345 - (c) Archivio Fotografico SCALA - Egalement conservée dans le trésor de la basilique, cette oeuvre est la première et la plus importante "couverture" de la Pala d'Oro. Cette peinture sur bois compte deux registres : dans la partie supérieure, le Christ et la Vierge sont entourés des saints Théodore, Marc, Jean, Pierre et Nicolas. Dans la partie inférieure sont représentés les épisodes de la Vie de saint Marc.
Renseignements pratiques et conseils
La basilique Saint-Marc est certainement le monument vénitien le plus visité. Cela entraine de nombreux désagréments, en particulier pendant la saison estivale : jusqu'à 45 minutes d'attente avant de pouvoir pénétrer dans l'édifice, un nombre conséquent de groupes et un climat peu favorable à la méditation et à la contemplation paisible...
Vous n'êtes pas obligés d'imiter la majorité des touristes qui ne passent en moyenne que dix minutes à l'intérieur de la basilique ! Prenez le temps de découvrir et d'admirer et comptez au moins 90 minutes pour une visite complète (avec le cycle des mosaïques). Rien ne vous empêche de fractionner votre visite en revenant approfondir après une première "prise de contact".
Il est demandé aux visiteurs de respecter le caractère sacré du lieu (les vêtements doivent être appropriés : épaules couvertes pour les dames ; les tenues légères ou débraillées sont à proscrire : les gardiens à l'entrée ont plutôt sévères... Vous ne pouvez pas entrer dans la basilique avec des sacs ou des bagages volumineux : ceux-ci doivent être déposés dans l'Ateneo San Basso (Piazzetta dei Leoncini, face à la Porta dei Fiori, façade nord). Il est interdit de photographier et de filmer.
Le Bureau de la pastorale tourisme et des pèlerinages du diocèse de Venise, en collaboration avec la Procuratoria di San Marco, offre la possibilité d'une visite guidée de la basilique San Marco afin de mieux comprendre son message biblique et théologique. Les visites sont possibles pour les personnes individuelles (réservation nécessaire pour les groupes) tous les jours (dimanches et jours fériés exclus) d'avril à octobre à 11h00. Le rendez-vous est fixé dans l'atrium de la basilique à côté du portail central, côté droit. Pendant la période estivale, vous y trouverez le détail du calendrier pour les autres visites en italien et dans d'autres langues .
d'Octobre à Mars/Avril (Pâques)
Ouverture de la basilique : de 9h45 à 17.00 - Dimanche et jours fériés : de 14h00 à 16h00(entrée gratuite)
Musée de Saint-Marc : de 9h45 à 16h45 (entrée 5 €)
Pala d'Oro visible de 9h45 à 16.00 - jours fériés de 14h00 à 16h00 (entrée 2 €)
Trésor : de 9h45 à 16h00 - jours fériés : de 14h00 à 16h00 (entrée 3 €)
de Mars/Avril (Pâques) à Octobre
Ouverture de la basilique : de 9h45 à 17.00 - Dimanche et jours fériés : de 14h00 à 17h00(entrée gratuite)
Musée de Saint-Marc : de 9h45 à 16h45 (entrée 5 €)
Pala d'Oro visible de 9h45 à 17.00 - jours fériés de 14h00 à 16h00 (entrée 2 €)
Trésor : de 9h45 à 17h00 - jours fériés : de 14h00 à 17h00 (entrée 3 €)
Offices religieux :
Messes en semaine : 7h00 - 8h00 - 9h00 (Messe du chapitre précédée de l'office des Laudes) - 10h00 (au baptistère) - 11h00 - 12h00 (sauf en juillet et août) - 18h45 (précédée de l'office de Vêpres et du Rosaire - le samedi, messe anticipée du dimanche).
Le dimanche et jours de fête : Messe à 7h00 - 8h00 - 9h00 - 10h30 (avec le choeur de la Capella Marciana) - 12h00 - 18h45 (animée par les chorales étrangères de passage à Venise) - Vêpres à 17h30.
Accès par la porte dei Fiori (façade septentrionale), sur la Piazetta dei Leoncini.
Vaporetto :
Arrêt S. Marco - Vallaresso : lignes 1 - 2 - 10 - N - VA
Arrêt S. Marco - S. Zaccaria : lignes 1 - 2 - 4.1 - 4.2 - 7 - 14 - N
Pour aller plus loin :
Tudy SAMMARTINI, Gabriele CROZZOLI, Dominique FERNANDEZ, Pavements de Venise - ISBN 978-2-7335-0340-9 – Editions HERSCHER
Ettore VIO, La Basilique Saint Marc de Venise - ISBN 978-2-85088-177-0 – Editions Citadelles et Mazenod
Henry MAGUIRE, Robert S. NELSON, San Marco, Byzantium and the Myths of Venice - ISBN 0884023605, 97808884023609 - Harvard University Press (en Anglais)
Giulio LORENZETTI, Venezia e il suo estuario, ISBN 88-861179-24-3, Lint Edizioni, Trieste
Si vous pratiquez l'italien, je vous conseille le "Lorenzetti", le guide le plus complet, et que nombre de vénitiens possèdent. De petit format (17 x 12,5 cm), ce guide historique et artistique de 1000 pages propose, après trois chapitres historiques introductifs, douze itinéraires vous permettant de sortir des sentiers battus. Viennent ensuite les descriptions des collections d'art et celles des îles de la lagunes. Index et plans complètent cet ouvrage illustré en noir et blanc.

Détail du pavement en opus sectile, à la hauteur de la porte d'entrée de la basilique, dite porte de Saint-Pierre. Le dessin de cette mosaïque qui représente un icosaèdre est attribué à Paolo UCCELLO, actif dans la basilique de 1425 à 1433.




Saint-Pierre. Le dessin de cette mosaïque qui représente un icosaèdre est attribué à Paolo UCCELLO, actif dans la basilique de 1425 à 1433.