ROME - SAN CARLO ALLE QUATTRO FONTANE
Publié le : 10 Juin 2012Vue générale de la façade et de l'une des quatre fontaines de Sixte Quint - (c) Cliché Achim BEDNORZ, éditions Könemann
Au croisement de la strada Pia (aujourd’hui via Venti Settembre), allant du Quirinal à la Porta Pia, et de la strada Felice (devenue strada delle quattro fontane), menant de la place Barberini à Sainte-Marie-Majeure, le pape Sixte Quint avait fait installé quatre fontaines, d’où le nom de la place. A l’angle sud-ouest de ces deux rues, les trinitaires déchaussés, ordre espagnol austère et pauvre, voué au rachat des chrétiens captifs des Barbaresques, achetèrent un petit terrain en 1611-1612, pour y construire leur couvent et leur église, qui prit le nom de Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines.

Le plan original de San Carlo par Francesco Borromini

Portrait de l'architecte Francesco Borromini conservé au sein de la communauté des Pères Trinitaires
En 1634, il chargèrent l’architecte Borromini de la construction. Aux origines de l’entreprise, le cardinal Francesco Barberini, dont le palais était proche, apporta une aide financière ; puis il s’en désintéressa. Le projet du monastère, prêt l’année même de la commande, comprenait le réfectoire au rez-de-chaussée, le dortoir au premier étage et la bibliothèque au second. Le cloître a été commencé en février 1635, l’église en 1638 et l’essentiel de son architecture terminé l’année suivante.

L'élévation du premier niveau de la façade - (c) Cliché Patrick RAYMOND
L’histoire de la façade est moins simple. Son début se place seulement en 1665 ; à la mort de l’artiste, en 1667, les travaux atteignaient sans doute l’étage supérieur, mais la sculpture manquait. Les travaux continuèrent jusqu’en 1682, sous la direction de Bernardo Borromini, neveu du maître. La tour actuelle a remplacé le campanile triangulaire dès le XVIIème siècle.

L'élévation du deuxième niveau de la façade - (c) Cliché Achim BEDNORZ, éditions Könemann
On remarquera la grande habileté de l’architecte qui répartit des éléments décoratifs originaux. Nous sommes véritablement au cœur de l’esprit baroque puisque Borromini utilise des formes classiques en les déformant et en cassant les codes traditionnels par de nouvelles combinaisons (cadres, médaillons, frontons, corniches, chapiteaux).

Détail de la façade - (c) Cliché FCL
Les deux niveaux d’élévation, encadrés et rythmés par de grandes colonnes, alternent les formes concaves et convexes selon les critères de la scénographie baroque. Il s’agit d’une façade tourmentée et pour tout dire « anti-monumentale ». Elle est conçue comme une entité. En choisissant un ordre colossal auquel répond un autre ordre, plus modeste, complété par une corniche horizontale, par des ouvertures ou des niches, le maître en revient au projet architectural de Michel-Ange mais en contradiction avec cette théorie selon laquelle une façade doit être cohérente et homogène, puisqu’il reproduit un même système sur deux niveaux et l’incurve à trois reprises.

Détail de la façade - (c) Cliché FCL
L’œil ne connaît aucun repos tant les colonnes, les sculptures, les niches et les corniches se pressent les unes contre les autres. Avec Borromini, l’architecture devient sculpture.

Le cloître - (c) Clichés FCL


Le cloître - (c) Cliché Achim BEDNORZ, éditions Könemann
Dans le cloître, le rythme du rez-de-chaussée, dans son principe, s’inspire de Palladio. Pourtant les angles sont concaves et les piliers de la balustrade alternent, en haut et en bas de chacun d’eux, leurs renflements.

Le sanctuaire - (c) Cliché FCL
Le plan de l’église (qui pourrait être contenu dans la surface d’un seul pilier de la coupole de la basilique Saint-Pierre !) montre l’habileté et le sens de l’harmonie avec lesquels Borromini a utilisé un terrain limité et, en outre, « écorné » par une fontaine de Sixte Quint.

Détails du décor - (c) Clichés FCL


Médaillon représentant une scène de la vie de saint Charles Borromée - (c) Cliché FCL

Détail de l'élévation intérieure : l'ordre colossal et l'une des croix de consécration - (c) Clichés FCL

Le regard ne peut, dans sa lecture, privilégier telle ou telle forme géométrique, car celle du rectangle et celle du losange ne se fondent pas, définitivement, dans un polygone : ce dernier aussi s’évade dans une symphonie ondulante que nous retrouvons dans les élévations de l’église et de la façade.

A l’intérieur de l’église, l’effet de concentration est obtenu par la combinaison d’une ellipse et d’une croix grecque rythmées par des colonnes aux proportions exagérées et qui conduise le regard vers un chœur réduit.

La coupole et la lanterne - (c) Clichés FCL

La décoration de la coupole ovale, illuminées par la lanterne et les quatre ouvertures nichées à sa base, est composée de l’imbrication de croix, d’hexagones et d’octogones, selon une conception originale et dynamique.

Détails du décor de la coupole - (c) Clichés FCL

Renseignements pratiques

San Carlo alle Quattro Fontane
Via del Quirinale, 23 - 00187 - Roma
Tel: 064883109
L’église est ouverte à la visite :
Du lundi au vendredi de 10h00 à 13h00 et de 15h00 à 18h00
Le samedi de 10h00 à 13h00 – fermée le samedi après-midi
Le dimanche de 12h00 à 13h00 – Messe à 11h00 – fermée le dimanche après-midi
Metro : Ligne A station Barberini
Bus 61 – 62 – 85 – 175 – 492 – 590
Position GPS : 41°54’6.6”N 12°29’26.7”E

Détail d'un confessionnal - (c) Cliché FCL




