RAPHAËL au LOUVRE (2ème partie)
Publié le : 14 Octobre 2012

Saint Georges luttant avec le dragon
Vers 1504
Huile sur bois, 29 cm x 25 cm
Ce tableau et le Saint Michel constituèrent très tôt un diptyque. On les retrouve mentionnés ainsi à Milan chez un collectionneur inconnu, puis à Piacenza chez le comte Ascanio Sforza avant d’être acquis, probablement en Italie, par Mazarin et enfin par le roi.

Si le style des deux tableaux est nettement différent, il en est de même de leur apparence : leurs panneaux sont de dimensions et d’épaisseur voisines, mais la barbe réservée au pourtour n’est pas la même pour chaque panneau car elle est plus large et irrégulière sur le Saint Michel. Les deux panneaux n’ont pas été réalisés ensemble ni de la même façon. La préparation et la couche picturale sont aussi plus épaisses sur le Saint Michel.
" Un jour, sur son cheval blanc, saint Georges traverse une cité terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l’aide du Christ et après un signe de croix, il le transperce de sa lance. La princesse est délivrée et le dragon la suit comme un chien fidèle jusqu’à la cité. Les habitants de la ville ayant accepté de se convertir au christianisme et de recevoir le baptême, Georges tue le dragon d’un coup de cimeterre. "
Le combat de saint Georges et du dragon peut être vu comme une version chrétienne du mythe de Persée délivrant la princesse Andromède tuant le monstre marin auquel elle était offerte en sacrifice pour qu’il cesse de ravager le pays.

Saint Michel
Vers 1504
Huile sur bois – 31 cm x 27 cm
« Il y eut une guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent le dragon. Le dragon combattit, lui et ses anges […] Il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, […] sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. » Apocalypse 12, 7-9
Quelques détails prouvent que ce tableau est la première œuvre réalisée dans le temps : la figure lourde, la touche plus grasse et très apparente, les couleurs saturées, le dessin moins élégant et moins nerveux et les nombreuses reprises qui dénotent encore un certain manque d’habileté distinguent le saint Michel du saint Georges. Le visage offre encore des traits inspirés des portraits du Pérugin.

L’iconographie de ce tableau est intéressante. Les épisodes secondaires, à l’arrière-plan, sont tirés de la « Divine Comédie » de Dante (Enfer, XXIII, 57) où le poète décrit le châtiment des hypocrites et des voleurs. Les premiers, à gauche, vêtus de chapes de plomb doré, sortent de terre et défilent devant la ville de la colère livrée aux flammes. A droite, près d’un rocher, les voleurs nus sont tourmentés par des serpents et des oiseaux noirs. Nous trouvons aussi une référence aux passages de Dante relatifs à saint Michel victorieux (VII, 11) et au tumulte des éléments et de la ville en flammes. L’historien de l’art Slakes a parlé de Bosch et de l’influence qu’il a eu sur Raphaël, mais on ne sait exactement où il aurait pu voir les œuvres de l’artiste nordique ou les tableaux analogues qui commençaient à se répandre en Italie. En tout cas, le Saint Georges gravé de Dürer (daté entre 1500 et 1504) ou des gravures de Schongauer auraient pu fournir des modèles pour le dragon. Raphaël s’en inspire avec une ingénuité un peu naïve surtout dans les monstres.


Saint Michel porte un bouclier orné d’une croix rouge sur fond blanc. Ceci pourrait faire penser aux armes de Florence. Cependant, en l’absence d’un autre emblème spécifique à Florence, il doit s’agir d’une allusion à la croix de saint Michel, chevalier du Christ, dont la couleur varie selon les pays. Le choix du passage de Dante pourrait, aussi, ramener à Florence et fait penser aux imprécations de Savonarole (mort en 1498). La ville en feu n’a pas été identifiée.

Saint Michel terrassant le démon, dit Le Grand saint Michel
1518
Huile sur bois transposée sur toile, 268 cm x 160 cm
On ne sait rien de la destination première de ce tableau : fut-il d’abord envoyé à Amboise, où eut lieu le mariage de Laurent de Medicis et de Madeleine de la Tour d’Auvergne ? Il est tentant de penser qu’il était, peut-être, destiné à la chapelle Saint-Michel (aujourd’hui disparue) où Louis XI créa l’ordre de saint Michel le 1er août 1469 ?
L’historique du tableau est intimement lié aux événements politiques et aux rapports de François 1er avec la papauté : une série de lettres nous apprend la part prise par le pape dans la commande et le rôle joué par Laurent de Medicis qui offrit des tableaux au roi de France, exactement comme le cardinal Bibbiena offrit, de la part du pape, la Jeanne d’Aragon au roi. Raphaël dut peindre en hâte toutes ces œuvres car le pape désirait sans doute que les cadeaux arrivent en France à l’occasion du mariage de Laurent de Medicis. Ce mariage était l’heureuse conclusion d’une politique d’alliance entre la France et la papauté. Dans le Couronnement de Charlemagne, au Vatican (1514-1517) Raphaël avait introduit François 1er sous les traits de Charlemagne et Léon X sous ceux de Léon III. Le roi français aspirait à la couronne impériale ; au Concordat de Bologne il s’était engagé à défendre les droits de l’Eglise ; vainqueur de Marignan et de Milan, le souverain pouvait être assimilé à l’archange triomphant du démon, c’est-à-dire des ennemis de l’Eglise, bien que son étoile, dès 1518-1519, commençât à pâlir. Le choix du thème du Saint Michel par le pape et Laurent était donc particulièrement heureux. De plus, François 1er était le grand maître de l’Ordre royal auquel il redonna tout son éclat. On considérait l’archange comme le protecteur de la France, « bras droit de l’Eglise ».

La riche iconographie du chef des milices célestes s’était, à cette époque, renouvelée par des théories cabalistiques et par son assimilation au mythe solaire. Tel un Apollon, dont il possédait la beauté parfaite et la puissance, saint Michel avait vaincu le dragon comme le dieu triompha du serpent Python. Cette fusion d’éléments païens et chrétiens ne pouvait que séduire en France où le mythe d’Apollon fut très vite utilisé à la louange du roi dans les décors du château de Fontainebleau – en particuliers dans la galerie d’Ulysse.
Paré, costumé comme pour un ballet, l’archange, tel un danseur céleste, se pose un instant avec une détermination invincible et une grâce parfaite : sans effort, dans une pose d’une extrême simplicité, il accomplit le geste de mort mais c’est aussi un geste de vie. Les détails rares, l’éclat des ailes colorées, qui rappellent les statues chryséléphantines, ajoutent un charme fascinant de beauté. Pour les Français, le vaste paysage de montagnes et de mer semblait faire allusion à la devise de l’Ordre de saint Michel : « Immensi tremor oceani ». L’archange, sur un fond de paysage cosmique, précipite Lucifer dans l’abîme sans fond dont Vasari, dans ses Vies, décrit la sulfureuse beauté.

Ce tableau, d’une invention extraordinaire où classiques et maniéristes allaient se reconnaître, fut tout de suite jugé cosa rara. Ce Saint Michel fut immédiatement célèbre et il va inspirer un grand nombre d’œuvres d’art.
Renseignements pratiques
Le musée du Louvre est ouvert tous les jours de 9h00 à 18h00, sauf le mardi et le 1er janvier. La fermeture des salles commence à 17h30. Nocturnes jusqu'à 21h45 le mercredi et le vendredi (fermeture des salles à partir de 21h30).
Accès par la Pyramide et la galerie du Carrousel : ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h00 à 19h30 et jusqu'à 22h00 le mercredi et le vendredi).
Accès par le passage Richelieu : ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9h00 à 17h30 et jusqu’à 18h30 le mercredi et le vendredi.
La porte des Lions est fermée le mardi et le vendredi.



